Une scène du spectacle.
Les joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare, dont est tiré l’opéra, cèdent ici la place à Milan de nos jours : le metteur en scène italien Damiano Michieletto s’est inspiré de la maison de repos ouverte par Verdi à Milan pour les vieux artistes dans la dèche, la « Casa Verdi Milano », qui existe bel et bien, et où Verdi a souhaité être enterré.
Exit Windsor, les costumes élisabéthains et les chapeaux à plumes : nous voici dans le cadre un peu désuet d’une pension à l’italienne, avec ses murs verts défraîchis, ses frises et son lustre rococo.
Délivré de la lourdeur des mises en scène d’époque, ce Falstaff pétille de malice. Damiano Michieletto fait ressortir le caractère singulier du dernier opéra de Verdi : une comédie, alors qu’il a composé des tragédies pendant 50 ans, un opéra quasiment sans aria, mais avec beaucoup de numéros d’ensemble, porté par une musique scintillante d’une grande diversité.
Les personnages sont sur scène du début à la fin : cela donne un plateau virevoltant, où les réparties fusent et où volent les objets de toute sorte, bref, une comédie « à l’italienne ».
Verdi, qui compose Falstaff juste après son sombre Otello, se défendait d’avoir écrit un « opera buffa », mais disait plutôt avoir fait le portrait d’un personnage : « énorme Falstaff », baudruche gonflée de sa propre importance, mais aussi attendrissant, grand enfant naïf tout triste lorsqu’on le tourne en ridicule.
Un Falstaff pas très catholique
Le baryton italien Ambrogio Maestri, qui chante Falstaff depuis 2001, sait à merveille incarner les deux faces du personnage, outré et sympathique. C’est sa 20e nouvelle composition du rôle! On le voit ici, clin d’œil du metteur en scène, feuilleter l’album photo de ses rôles passés sur le canapé de la maison de repos...
Mais qu’on ne s’y fie pas : il garde une puissance et une faconde réjouissante et on sent que sa retraite à lui n’est pas pour demain.
Le final, où les bourgeois de Windsor tournent le malheureux Falstaff en ridicule, est ici figuré par un châtiment de Dieu, où prêtres et fidèles éplorés défilent en dispersant des cendres sur le corps d’un Falstaff pas très catholique et pas du tout macchabée. Un pied de nez à l’Église du metteur en scène italien, avant la fameuse fugue finale : « Tout au monde n’est que farce, et l’homme est né bouffon. »
Exécutée avec énergie par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la baguette de Zubin Mehta, la partition sert une distribution à la hauteur, où on distingue particulièrement la sensuelle Alice (Fiorenza Cedolins) et le duo d’amoureux formé par Fenton (voix de velours du ténor mexicain Javier Camarena) et Nannetta (Eleonora Buratto).
Le Festival de Salzbourg donne aussi, toujours de Verdi, Don Carlo (13 au 28 août) ainsi que les versions de concert de Giovanna d’Arco (Jeanne d’Arc) et Nabucco.


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