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Nos lecteurs ont la parole

La folie au menu

Joe ACOURY
À regarder de loin, faute d’observer de près la situation de notre pays et se perdre, de nombreuses personnes changent progressivement de perception. Ce qui se passe inlassablement dans le cadre d’une routine basée sur l’individualisme fortuit, l’humeur labile, le mépris, l’obscurantisme, le chaos – non organisé –, la nonchalance et l’irresponsabilité ne choque plus que de rares individus. Une population dégoûtée, ouvertement et profondément, se révolte. Cependant, des spécimens humains forts, résistants par amour pour cette terre, ont choisi de servir l’humain, cette image unique de Dieu sur terre. Ils ne s’interrogent désormais plus sur la validité de la pensée rationnelle, logique et cohérente, bafouée au nom de la négligence et du clientélisme. Abandonnant ce stérile exercice solitaire de cogitation, ils vont reconnaître une désolante réalité quotidienne : les concepts de sécurité, souveraineté, droit, obligations n’existent plus que dans les têtes, rarement sur le terrain.
Les admirables sacrifices de notre vaillante armée et la bonne volonté – increvable – de certains confirment encore que le Liban peut sortir de sa léthargie par la priorité du facteur humain. Sans lui, tout autre critère de valeur risque d’être vidé des nécessaires substances suivantes : le réel respect de la présence de l’autre et de sa différence.
Ainsi, à cause du fossé entre les politiciens et le peuple, certains citoyens désabusés n’espèrent plus comprendre : ils savent. La santé, mentale et émotionnelle, est devenue le salut ultime à leurs tristes échelles individuelles. Elle permet d’espérer, d’essayer – même en vain – de poursuivre une voie consciencieuse dans un quotidien branlant à tous les niveaux, de substituer la mémoire du bon temps passé au marasme dodécaphonique du présent, de fantasmer une république qui autorise ses concitoyens à vivre dans un État avec des responsables qui seraient disposés à écouter et de considérer les enfants de la patrie comme la prunelle de leurs yeux.
Que restera-t-il donc du Libanais s’il ferme les yeux, étouffe son souffle vital, privilégie le suivisme, la soumission au fait accompli, l’irrationnel au nom de quelques personnes, les stratégies importées et les opportunismes étroits ? Est-ce sa disposition à la sauvegarde ou à un menu macabre, celui de la conscience qui perdrait la saveur de la raison pour une table où l’on servirait la folie d’une identité perdue ?

Joe ACOURY
À regarder de loin, faute d’observer de près la situation de notre pays et se perdre, de nombreuses personnes changent progressivement de perception. Ce qui se passe inlassablement dans le cadre d’une routine basée sur l’individualisme fortuit, l’humeur labile, le mépris, l’obscurantisme, le chaos – non organisé –, la nonchalance et l’irresponsabilité ne choque plus que de rares individus. Une population dégoûtée, ouvertement et profondément, se révolte. Cependant, des spécimens humains forts, résistants par amour pour cette terre, ont choisi de servir l’humain, cette image unique de Dieu sur terre. Ils ne s’interrogent désormais plus sur la validité de la pensée rationnelle, logique et cohérente, bafouée au nom de la négligence et du clientélisme. Abandonnant ce stérile exercice solitaire de...
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