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Culture - Livre

« Couturière de Mme Lincoln » et activiste avant-gardiste

Après un « Lincoln » oscarisé pour 2013, on revisite aujourd’hui, en librairie et sur les planches, son épouse Mary par le biais de sa couturière noire.

Une scène de la pièce de théâtre.

Quand Elizabeth Keckley, esclave libérée et devenue célèbre couturière et confidente de Mary Tod Lincoln, avait publié ses Mémoires en 1868, sous le titre Dans les coulisses, la critique l’avait traitée de « traîtresse ». Et l’on s’était demandé jusqu’à quand on pourrait encore employer des « négresses ». Cela se passait il y a 145 ans. Alors qu’actuellement, il est des plus politiquement incorrect de prononcer les mots « nègre », « négresse » et même Noir : on doit dire Afro-américain.
Dans ce contexte, la romancière historienne Jennifer Chiaverini vient de publier un ouvrage intitulé La Couturière de Mme Lincoln dans lequel elle trace un portrait de cette héroïne de l’émancipation dont la vie lui a permis, ainsi qu’à plusieurs autres chercheurs, d’explorer les intersections si complexes entre les problèmes de race et du pouvoir dans l’Amérique des années 1860. À noter qu’elle figure dans une scène courte du film Lincoln de Steven Spielberg qui, à travers elle, a voulu marquer le début de la fin de l’esclavagisme initié par ce président.
Née en 1818 en Virginie d’une esclave et de son maître, Elizabeth Keckley avait pu acheter sa liberté et celle de son fils. Le roman débute en 1860 au moment où elle ouvre un atelier à Washington et où viennent s’habiller les épouses de grands leaders sudistes, dont celles des généraux Lee et Jefferson Davis. Puis, juste après l’élection du président Abraham Lincoln, elle devient la « créatrice de mode » et la couturière de la First Lady, au caractère quelque peu difficile. On peut lire à ce sujet : « Elizabeth avait passé 38 ans comme esclave et avait appris à traiter avec les femmes blanches, souvent exigeantes. » Néanmoins, elle avait pu gagner la confiance de Mme Lincoln et accéder à l’intimité de la première famille. Jusqu’au jour où, dans ses Mémoires, elle a révélé ce qui se passait entre leurs murs.

Esclave libérée
et libératrice
Tout en tirant l’aiguille, cette couturière pas comme les autres était doublée d’une grande activiste. Parallèlement à sa fonction d’habiller de pied en cap l’épouse du 16e président des États-Unis, elle avait en tête et au cœur le sort de ses semblables, toujours sous le joug de ceux qui les avaient achetés. À leur intention, elle avait créé, en 1862, la Contreband Relief Association qui aidait les esclaves nouvellement libérés à se loger, se nourrir, accéder à des soins médicaux et autres nécessités de la vie. Son principe était le suivant : « Si certains organisent des levers de fonds en faveur des soldats souffrants, pourquoi les gens de couleur à l’existence aisée ne devraient-ils pas faire quelque chose pour les Noirs qui souffrent également ? » Elle n’avait pas manqué de promouvoir leur cause auprès du président Lincoln qui avait ratifié le XIIIe amendement de la Constitution des États-Unis et aboli l’esclavage. Il devait être assassiné suite à un complot ourdi par les confédérés.
Elizabeth Keckley n’a jamais failli à son combat, refusant notamment de travailler pour l’épouse de Jefferson Davis qui menait les confédérés. Pour elle aussi, les Noirs devaient prendre en main leur destin sans attendre que les Blancs le fassent. Son côté artistique est mis en valeur dans une pièce de théâtre à l’affiche du célèbre Arena Staga à Washington sous le titre Mary T. & Lizzy K. Ici, place au visuel avec reproduction de vêtements portant sa griffe, telle cette spectaculaire robe en velours mauve arborée par Mary Tod Lincoln et dont l’originale se trouve au Smithonian. À cette époque, les First Ladies, quoique épouses de grands hommes, devaient faire un effort pour se faire remarquer, contrairement au temps présent où chacune de leur tenue est passée au microscope. Ce qu’avait compris cette couturière avant-gardiste et l’une des premières femmes noires à revendiquer ses droits civils et ceux de ses semblables. Esclave libérée et libératrice.
Quand Elizabeth Keckley, esclave libérée et devenue célèbre couturière et confidente de Mary Tod Lincoln, avait publié ses Mémoires en 1868, sous le titre Dans les coulisses, la critique l’avait traitée de « traîtresse ». Et l’on s’était demandé jusqu’à quand on pourrait encore employer des « négresses ». Cela se passait il y a 145 ans. Alors qu’actuellement, il est des plus politiquement incorrect de prononcer les mots « nègre », « négresse » et même Noir : on doit dire Afro-américain.Dans ce contexte, la romancière historienne Jennifer Chiaverini vient de publier un ouvrage intitulé La Couturière de Mme Lincoln dans lequel elle trace un portrait de cette héroïne de l’émancipation dont la vie lui a permis, ainsi qu’à plusieurs autres chercheurs, d’explorer les intersections si...
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