Huilé à l’ancienne par un flacon de Baby Oil où flottent quelques gouttes de mercurochrome, on végète. Les yeux fermés, on essaye de dormir, bercé par les cris des enfants qui courent les uns après les autres. Et là, sans iPod dans les oreilles, sans la mauvaise musique électro et criarde de certaines plages, on prend plaisir à surprendre les conversations de nos voisins de transat. Wlik hiiii ! Tu es là ? (non c’est une illusion d’optique). Tu restes jusqu’à quand ? L’éternelle question posée aux expats venus passer quelque temps sous le soleil libanais. Tu as embelli ma chérie. Avec ce « r » roulé, que seuls nous pouvons reconnaître. On parle des enfants, du boulot, de Paris qui devient de plus en plus difficile à vivre. On parle des enfants qui vont eux aussi tenter leur chance ailleurs. À la fin du mois, je vais installer ma fille à Londres. Mon bébé (de 21 ans) va vivre seule, mais que veux-tu, Beyrouth est invivable pour les jeunes qui ont de l’ambition.
On écoute en se disant qu’un jour peut-être, nous aussi on se retrouvera face à cette situation. Et on imagine l’avenir. On n’arrive pas à l’imaginer d’ailleurs. Puis ces deux femmes se disent au revoir. L’une va faire ses longueurs, l’autre se dirige vers le snack pour manger une salade du chef avec vinaigrette, comme toutes les fois où elle vient ici, depuis plus de 20 ans.
Le silence revient, interrompu quelques instants plus tard par une bande de jeunes d’une vingtaine d’années. On fait quoi ce soir ? Skybar ? Nooon, on va plutôt au Sporting, il y a les soirées Decks on the Beach. C’est vachement sympa. Oui, enfin, on sait pourquoi tu y vas, c’est pour voir Karim, ton ex. On ouvre les yeux, la fille rougit. Elle tortille ses cheveux dans ses doigts. On connaît ça. Le Liban est petit et les ex sont partout. Surtout depuis qu’ils sont des ex. La jeune fille dit que non, ses amis gloussent. Son meilleur copain la comprend, il lui dit qu’ils vont y aller, mais qu’elle va en baver. Ses copines, quant à elles, parlent de leurs tenues du soir. Elles porteront probablement un short très court comme toutes les filles de leur génération. Elles auront au bras un sac hors de prix et iront là où elles iront au volant d’un coupé. Jeunes filles et jeunes garçons blasés qui dépensent des fortunes pour aller s’emmerder sur un roof top où ils ne danseront même pas, trop occupés à zyeuter les autres.
Loin derrière ces jeunes, deux vieux messieurs – des habitués bronzés depuis les premiers rayons de l’hiver – parlent politique. Ils sont désemparés par la situation. On n’a jamais vu ça, c’est la pire période qu’on ait vécue. On n’aurait jamais dû demander l’indépendance. Pas con comme raisonnement. Ça aurait été comment si on était tous un peu français ? C’est vrai, ça aurait été comment ? On tourne la tête pour faire bronzer son profil gauche.
Assis à côté de nous, un trio de mecs en short. La quarantaine peut-être. Ils parlent sport. Je cours tous les matins à 6h30 sur la Corniche et j’enchaîne la muscu à l’Olympic. Ils parlent régime protéiné. Je ne mange plus d’huile ni de féculents. Tu as déjà essayé l’omelette de blancs d’œufs ? C’est top pour les muscles. Ils seraient pas mal s’ils ôtaient leur cigare de la bouche, arrêtaient de parler aussi fort et se faisaient faire un implant sur leur calvitie naissante. Faudrait aussi qu’ils stoppent de mater les minettes qui n’ont toujours pas décidé où aller ce soir. On commence à sentir les bras de Morphée s’emparer de nous. Les paupières encore mi-closes, on voit des gamins de 8 ans se prendre pour Superman et rire aux éclats, les lèvres pleines de merry cream. C’est beau l’insouciance.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Excellente description des Libanais a la plage! Bravo Mme Azouri! Chaque samedi, il y a au moins un article qui nous fait sortir de notre grisaille et qui declenche nos fous rires...
14 h 54, le 17 août 2013