Pourtant, ma mémoire d’enfant n’a rien retenu, ni de l’époque ni de la ville.
Fort heureusement, il me reste, pour témoigner de ce qui fut, des photos qui me ramènent à un bambin joyeux, batifolant sur le balcon joliment fleuri d’une maison alépine.
Une photo parmi tant d’autres, figée dans le passé, jalousement conservée dans un album de famille. La photo a jauni. L’album tombe en poussière. Qu’importe! En des jours comme celui-ci où le «spleen» vous envahit, j’aime à me souvenir que j’ai été heureux, dans une ville heureuse: Alep.
Alep, aujourd’hui souillée, martyrisée, humiliée! Alep vandalisée, défigurée, violée! Alep écartelée, ravagée,
massacrée!
Car, jusqu’à ce déferlement d’une violence aveugle, jusqu’au déchaînement de cette barbarie qui ne dit pas son nom, il y avait une ville fière de son passé glorieux, de ses traditions millénaires, des coutumes, de ses grandes familles. Il y avait tout cet héritage des civilisations qui s’y sont succédé, comme autant de miroirs dans lesquelles l’humanité pouvait se reconnaître.
Alep, qu’ont-ils fait de toi?
La grande mosquée transformée en arsenal, et son minaret datant de 1090 décapité par les obus. Des souks, les plus anciens, les plus beaux de toute la région, classés au patrimoine mondial de l’humanité, partis en fumée. Même la citadelle, dont l’histoire se confond avec celle de la cité qu’elle domine et protège, n’a pas été épargnée.
Que sont devenus les joyaux de la grande époque des Omeyyades, dont Alep regorge: les mosquées des XIIIe et XIVe siècles, les madrassats, les khans, les caravansérails, les hammams?
Que reste-t-il des quartiers de la vielle ville avec ses ruelles étroites et secrètes qui cachaient des vestiges inestimables? Rien que des ruines, un indicible amas de gravats.
Que sont devenues les demeures de ces grandes familles alépines, les maisons Antaki, Ghazal, Brahimchah, Poche, parmi tant d’autres et qui étaient de véritables musées?
Et plus prosaïquement, qu’en est-il de l’hôtel Baron qui accueillit Winston Churchill, le général de Gaulle, Laurence d’Arabie, et... Agatha Christie? Et le Club d’Alep, haut lieu de la vie sociale et mondaine?
Quid du musée des Arts et des Traditions populaires, du palais Joumblatt, et surtout du musée de la ville avec tous ses objets de fouilles de l’époque sumérienne? Connaîtront-ils le même sort que les trésors du musée de Bagdad où tous ceux qui n’avaient pas pu être volés furent détruits sur place?
Nous avons aussi un autre exemple: la plaie béante dans la falaise de Bamiyan où trônèrent jadis des siècles durant deux bouddhas géants que les talibans, dans leur aveuglement fanatique, détruisirent en 2001 à coups de canon.
Aujourd’hui, je porte moi aussi une plaie béante: Alep, ma déchirure!
Alain PLISSON
L’Alépin


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Je comprends votre dechirure.... N'ont-ils pas fait la meme chose avec Beyrouth, les Americains? Et l'Irak? Et la Palestine? Tout ca pour Israel! Ils sont ignobles et cruels et ce qui leur importe, c'est seulement leurs interets... Ils vont raser toute la region pour les beaux yeux d'Israel. Et l'Europe les suit aveuglement, pour avoir son morceau du gateau. Degoutant! Aucun humanisme et aucun brin de conscience!
19 h 59, le 10 août 2013