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Liban - Sécurité

Cinquante jours après l’ignominieux assassinat de Hachem Salmane, la justice bougera-t-elle enfin ?

La victime a été abattue de sang-froid devant l’ambassade d’Iran, accuse Boutros Harb, qui a pris le risque de défendre la partie civile.

Le jeune Hachem Salmane, abattu le 9 juin dernier devant l’ambassade d’Iran.

Le député Boutros Harb a porté plainte contre inconnu, hier, en sa qualité d’avocat, dans l’affaire du meurtre de sang-froid d’un militant de l’Option libanaise, Hachem Salmane, devant le siège de l’ambassade d’Iran le 9 juin dernier. Il a décidé de saisir à ce sujet l’avocat général de la Cour de cassation et accompagné sa plainte de photos de l’assassin encore non identifié et de ses complices, tous membres présumés du Hezbollah.
Les faits remontent au 9 juin dernier, quand le parti de l’Option libanaise décide de manifester contre l’implication militaire du Hezbollah en Syrie. La décision est notifiée en bonne et due forme, un jour auparavant, au ministère de l’Intérieur.


« Avant la manifestation, précise M. Harb, des personnes circulant dans le périmètre de l’ambassade d’Iran dans des voitures aux vitres teintées chassent les représentants de la presse qui s’y trouvaient en leur interdisant, sous la menace, de prendre des photos. »
À l’arrivée des manifestants devant l’ambassade d’Iran, des dizaines de jeunes gens revêtus de chemises noires, identifiés par les brassards jaunes (du Hezbollah), et brandissant des bâtons se ruent sur les manifestants et les frappent aveuglément. Certains ont des talkies-walkies. « On est en présence d’une force portant un uniforme », précise M. Harb.


Sur place, se trouvaient des unités de l’armée libanaise. Hachem Salmane, en sa qualité de responsable de la section estudiantine de l’Option libanaise, demande leur intervention, poursuit le récit de M. Harb. Ces derniers restent totalement passifs. C’est en revenant vers les manifestants et manifestantes roués de coups que l’un des jeunes gens s’approche de lui, brandissant une arme à feu, et lui tire une balle en plein ventre. Hachem Salmane tombe à terre. Certains des jeunes s’acharnent sur lui à coups de pied, alors qu’il se tord de souffrance et perd son sang. Et toujours pas une réaction de l’unité militaire, pas même un réflexe humanitaire. Hachem Salmane expirera sous leurs yeux impassibles.
Une fois les manifestants terrorisés dispersés, le cadavre du malheureux sera transporté à l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri et remis à ses parents.

 


50 jours plus tard, rien...
« Encore plus grave que le crime, souligne la plainte de M. Harb, c’est que, cinquante jours après cet odieux assassinat et en dépit du fait que des photographes, surmontant leur peur, aient pris des clichés des agresseurs, et en particulier du meurtrier, et que ces photos aient été publiées, ni les forces de sécurité ni les autorités militaires n’ont procédé à l’arrestation de l’assassin et de ses complices qui ont abattu un jeune Libanais qui s’est cru dans un État de droit où il pouvait jouir du droit d’expression démocratique. »
M. Harb ajoute qu’en outre, « aucune enquête disciplinaire n’a été ouverte de la part du commandement militaire au sujet de la conduite suivie par l’unité déployée ou par les services de renseignements militaires postés sur place, qui ont assisté au meurtre de sang-froid d’un Libanais ».


Donc, pas d’enquête sérieuse. Aucune des proches de la victime n’a été interrogée, ni aucun des manifestants agressés. Le dossier n’a pas été transféré au parquet de la cour d’appel, comme il se doit, ni a fortiori à un juge d’instruction, enchaîne M. Harb. « Les parents de la victime qui osent relancer la justice se voient répondre que l’enquête est exclusivement aux mains du poste de gendarmerie d’Ouzaï et se demandent s’il y a une justice au Liban, en constatant que la vie ordinaire suit son cours comme si de rien n’était. »
Pour M. Harb, ce sont ces anomalies qui ont poussé les proches de Hachem Salmane à se porter partie civile et à relancer le parquet de la Cour de cassation en demandant au procureur général de prendre directement l’initiative de conduire l’enquête ou d’en charger ses adjoints. Il invoque notamment « l’incapacité des agents du poste à Ouzaï à procéder à une enquête », leur « refus » de mener une enquête ou même « la crainte » qui le leur interdit.

 


Le cadavre pourchassé
La plainte de M. Harb insiste sur le fait que le meurtre « a été exécuté dans le cadre d’un plan préétabli visant à terroriser tout opposant à la politique suivie ».
Le meurtrier, précise en substance la plainte, est facilement identifiable sur les photos prises et porte une chemise noire marquée d’un cercle blanc au col. L’intention criminelle peut être déduite de la conduite des agresseurs, qui ont tenté d’écarter les photographes. Le comble, souligne M. Harb, c’est que la plupart des agresseurs ont suivi le véhicule transportant le corps de leur victime « pour, d’une part, s’assurer qu’il est mort, d’autre part empêcher quiconque de réagir, allant jusqu’à tenter de tuer le frère de la victime, Fady Salmane, en l’entendant invectiver le parti et son chef ».


Enfin, des chemises noires à moto devaient empêcher les femmes venues lire la Fatiha du Coran, le jour des obsèques du jeune homme, de s’approcher de la tombe.
Le document de M. Harb rappelle enfin qu’en date du 14 juin, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a reconnu les faits, déploré l’incident et déclaré qu’une enquête devait être ouverte, « ce qui prouve que des militants du Hezbollah ont commis le crime, alors qu’ils étaient dans l’exercice de leurs activités partisanes sous la supervision de leurs supérieurs militaires et sécuritaires ».
Rappelons que M. Harb a lui-même failli être la victime d’un attentat, vraisemblablement monté dans la banlieue sud et dont l’un des exécutants, pourtant identifié par une caméra de surveillance, n’a jamais été inquiété par la police.

 

 

Pour mémoire

Ahmad el-Assaad : Nasrallah est responsable de l’assassinat de Hachem Salman

 

Lettre ouverte posthume de Hachem Salman au chef de l’État

 

Le député Boutros Harb a porté plainte contre inconnu, hier, en sa qualité d’avocat, dans l’affaire du meurtre de sang-froid d’un militant de l’Option libanaise, Hachem Salmane, devant le siège de l’ambassade d’Iran le 9 juin dernier. Il a décidé de saisir à ce sujet l’avocat général de la Cour de cassation et accompagné sa plainte de photos de l’assassin encore non identifié et de ses complices, tous membres présumés du Hezbollah.Les faits remontent au 9 juin dernier, quand le parti de l’Option libanaise décide de manifester contre l’implication militaire du Hezbollah en Syrie. La décision est notifiée en bonne et due forme, un jour auparavant, au ministère de l’Intérieur.
« Avant la manifestation, précise M. Harb, des personnes circulant dans le périmètre de l’ambassade d’Iran dans des...
commentaires (1)

""…accompagné sa plainte de photos de l’assassin encore non identifié et de ses complices, tous membres présumés du Hezbollah."" Ne vaut-il mieux écrire : l’assassin présumé encore non identifié et de ses complices tous membres du Hezbollah…

Charles Fayad

11 h 32, le 07 août 2013

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Commentaires (1)

  • ""…accompagné sa plainte de photos de l’assassin encore non identifié et de ses complices, tous membres présumés du Hezbollah."" Ne vaut-il mieux écrire : l’assassin présumé encore non identifié et de ses complices tous membres du Hezbollah…

    Charles Fayad

    11 h 32, le 07 août 2013

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