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Liban

« La rescapée de Beyrouth », une exceptionnelle maison à cour de 1820

Patrimoine C’est un miracle qu’elle n’ait pas été vendue à un promoteur et fauchée par les bulldozers : posée sur un terrain de 700 m2, l’unique et seule maison à cour de la ville de Beyrouth a été rachetée par Mark et Hala Cochrane, et sa restauration confiée à Fadlallah Dagher, architecte attaché à l’histoire des vieilles pierres.
May MAKAREM | OLJ
03/08/2013

Située à la rue Mar Maroun, secteur Saïfi, la propriété dispose de deux étages conservés quasiment dans leur état d’origine : au niveau de la rue, une maison à cour datant de 1820 au-dessus de laquelle est venue se greffer, vers la fin du XIXe siècle, une demeure bourgeoise dotée de galeries latérales. L’ensemble représente un capital considérable par sa valeur culturelle et ses qualités esthétiques indéniables.
Avec son arc appelé iwan, la maison à cour ou « dar » était le type d’habitation le plus fréquent, jusqu’à la moitié du XIXe siècle. Mais la guerre de 1975-1990, suivie de l’expansion tentaculaire de la capitale et de la politique de destruction de l’héritage architectural, a fait qu’elle n’existe plus aujourd’hui, ni au centre-ville ni dans le périmètre du Beyrouth administratif. L’architecte Fadlallah Dagher, qui a fait partie, en 1996, de la commission chargée par le ministre Michel Eddé d’établir un rapport sur les bâtiments traditionnels à préserver à Beyrouth, affirme en connaissance de cause qu’ « elle est la seule maison à cour répertoriée qui reste debout. Il y en avait une à proximité de l’USJ, mais elle a été démolie il y a une quinzaine d’années. Beaucoup d’autres aussi ont disparu. Il reste certes des maisons à galeries, mais elles sont dépourvues de cour intérieure. Seule l’école des Trois Docteurs à Gemmayzé en est dotée ; mais ce n’est pas une résidence ». 

 

L’entrée de la vieille demeure et les escaliers extérieurs menant au deuxième niveau.



Une maison « paysanne »
Les sources concernant l’historique de la maison sont inexistantes. Cependant, les travaux de restauration ont permis de mettre en évidence les différentes étapes de sa construction. Il s’agit à l’origine d’une maison « paysanne » bâtie extra-muros vers 1820, indique l’architecte. Édifiée en pierre ramlé, orientée plein nord, elle comprend deux pièces et un iwan à petit arc donnant directement sur la cour. Dans son livre Maisons traditionnelles de Beyrouth : typologie, culture domestique, valeur patrimoniale, May Davie la décrit comme étant « un système d’habitat évolutif apte à s’agrandir, sans changer de logique, par ajout de pièces au gré de l’accroissement de la famille. C’est la maison patricienne par excellence, celle qui loge les ménages d’un même lignage et qui en porte le patronyme ». De fait, la maison de Saïfi s’est agrandie pour mieux répondre aux besoins de l’habitant. « La cour à ciel ouvert a été fermée par trois arcades en pierre et transformée en un hall central bordé de deux salles, avec des passages latéraux organisés autour d’un espace à l’air libre », explique Fadlallah Dagher. Il ajoute que le hall conserve jusqu’à aujourd’hui le carrelage de la cour originelle et que « les arcades en pierre, qui précèdent l’introduction des arcades en marbre, ont permis de situer l’extension de la maison aux alentours de 1840-1850 ». Ensuite, la construction s’est encore développée « le long de deux pièces latérales bordant la cour actuelle du bâtiment ».

 

Maison à cour coiffée d’un étage érigé sur le modèle classique de la demeure bourgeoise à hall central.



Rarissimes, les galeries latérales
Entre 1890 et 1905, le rez-de-chaussée s’est coiffé d’un étage conçu selon le modèle classique de la maison bourgeoise à hall central, aux très beaux volumes et sous-plafonds grandes hauteurs avec murs et plafonds peints et autres décors. Mais cette demeure, dont l’entrée se fait par un escalier extérieur, est exceptionnelle en raison de ses galeries latérales qui lui confèrent une étonnante profondeur. « Aujourd’hui, il est très rare de trouver un bâtiment similaire, alors que c’était un type d’architecture très courant à l’époque », précise l’architecte.
Deux puits alimentant en eau la propriété ont été découverts dans la cour et dans une des galeries du rez-de-chaussée. En suivant le chemin des canaux, le spécialiste a relevé la présence d’espaces voûtés dans les soubassements. S’agit-il de l’extension des vestiges des thermes découverts sur la parcelle mitoyenne (Saïfi 616 ) où fut mis au jour un labrum, grande vasque circulaire en marbre blanc ? On ne le saura pas, car aucune exploration archéologique n’a été menée pour voir ce que le sous-sol cachait en réserve. La boîte de Pandore est restée close. Et c’est peut-être mieux ainsi : les vestiges seront davantage sauvegardés!

Une ruine (presque)
Longtemps abandonné, le vieux bâtiment était dans un état de délabrement avancé. La structure fatiguée était soumise à des tassements ; les carrelages étaient entièrement défoncés ; les plafonds en plancher de bois étaient usés ; les vitres cassées ; de grosses fissures tatouaient les murs ; l’eau de pluie coulait de la toiture, et les plafonds peints du premier étage étaient sérieusement endommagés. Outre l’usure du temps et de l’eau, le bâtiment avait reçu aussi des obus pendant la guerre. L’ensemble était dans un état piteux, et nécessitait de gros travaux et un important investissement, relève l’architecte. Mais rien ne pouvait décourager Marc et Hala Cochrane d’acquérir ce joyau du patrimoine architectural et de lui donner une nouvelle jeunesse. 

 

Une vue de la construction avant sa restauration.



Une restauration conforme à l’origine
L’opération de remise à neuf de la propriété a duré trois ans, dont « une année de relevés presque archéologiques et d’établissement de plans », précise Fadlallah Dagher. « Nous avons pratiquement épluché la maison, démontant méthodiquement toutes les tuiles ; décollant et numérotant soigneusement tous les carrelages pour pouvoir les réutiliser. Nous avons décapé systématiquement tous les murs pour traiter les fissures. Les travaux de consolidation menés pour renforcer les fondations ont été réalisés selon les techniques ancestrales », raconte en résumé l’architecte. Il ajoute qu’aucune modification n’a été apportée au corps de l’édifice. Et afin de lui conserver le charme de sa patine, aucun nouveau matériau n’a été utilisé : les éléments détériorés ou manquants ont été remplacés par des matériaux d’origine récupérés chez des spécialistes ; et le bois pourri troqué contre du qotrane, bois de cèdre importé de Turquie. Les infrastructures modernes, tels l’électricité, la climatisation, le chauffage, la cuisine, les salles de bains, ainsi que l’ascenseur et les escaliers reliant de l’intérieur les deux niveaux, ont été installées « dans le respect de la structure et de l’âme du bâtiment ».
Mieux, au second étage, l’artiste peintre Nathalie Yared dégageait de sous une tonne de badigeons accumulés au cours d’un siècle les éléments décoratifs qui ornaient les murs et les plafonds à l’origine. L’ensemble a été l’objet d’une restauration très délicate....
Il y a ainsi des lieux qui ne peuvent pas, qui ne doivent pas mourir. Car ils laissent une trace de la mémoire de la ville et jettent une lumière réconfortante sur son histoire architecturale.

 

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Sabbagha A.Nazira

Tant que la rescapée de Beyrouth est aux mains des Cochrane, elle sera bel et bien sauvée et conservée.




Nazira.A.Sabbagha

M.V.

Dommage... ,que les mafieux de la construction bétonnée banale et sans charme ..! ont détruit grâce à des complicités des comparses politiciens ...du bakchichs système.... une grande partie de notre patrimoine ,cela pour quelques dollars stupides de plus...

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