Au Liban, plus qu’ailleurs, parce que le pays est tout petit et que tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a essayé tel régime, qui a acheté ces shoes, qui a été à telle soirée, qui a tenté la taboulé de quinoa ou le macaron au roquefort.
Petit pays, grandes manies et moutons de Panurge. Et même si on refuse d’acheter le même sac Birkin ou le Love de Cartier, on tentera quand même le régime de Dr Hollywood ou la détox jus de fruits. On se mettra au kalé, ce nouveau légume qui sera supplanté par le chou rave l’année prochaine. Comme on s’est mis un jour aux tomates cerises, à l’iceberg ou aux sushis. Il y a vingt ans, on n’aurait jamais imaginé manger du poisson cru ou leurs œufs calés dans un rouleau d’algues. Du cru, on ne connaissait que la kebbé ou la asbé. Et bien, aujourd’hui, il y a des restos japonais un peu partout, comme il y a des trattorias (parfois de luxe) à tous les coins de rue. Et maintenant, depuis 2 ans, c’est le burger qui a la cote, talonné de près par le shawarma nouvelle génération. King of Shawarma, Shawarmademocracy, Shawarmanga, bref, c’est le sacre du tarator. Tout comme celui du quinoa qu’on retrouve à toutes les sauces (c’est le cas de le dire), celui des produits sans gluten, du oat bran ou celui du raifort qui arrive en force pour remplacer la moutarde. Et comme tout le monde s’est mis à la healthy life, faut se mettre au sport. Il y a eu le powerplate, l’elleptical et, dorénavant, le PT. L’entraîneur personnel pour les intimes. Celui qui fait suer, celui qui a fait maigrir X, celui qui a rendu sa taille de guêpe à Y. Ces bonnes femmes (et ces bons hommes) qui ont fait Dukan il y a 3 ans, Montignac il y a 20 ans, Atkins chaque quelques mois, le régime hyperprotéiné de Hariri il y a une quinzaine d’années. Ah ben oui, au Liban il y a aussi la mode des médecins. Des gynécos, des pédiatres et même des dermatos. Mais c’est le plasticien qui remporte la palme du IT doctor. C’est qu’il a fait les seins, le lifting, les nez du tout Beyrouth, on va donc chez lui. On y va en Toms. Ces espadrilles qui ont envahi le marché libanais cet été. L’année dernière, seuls quelques happy few en avaient rapporté de l’étranger, cet été, tout Beyrouth en a aux pieds. Sans vraiment savoir que le concept de cette chaussure est à but caritatif. Qui ramènera les Dr Martens (tiens encore un doc) l’hiver prochain puisque c’est la (re)tendance chez les ados ? C’est qu’on a besoin de ces chaussures de marche pour arpenter ces forêts qu’on veut préserver et ces vieilles maisons qu’on veut sauver. L’écologie est ultratrendy. Ce grand combat pour le dernier héritage que l’on léguera à nos enfants est mené tambour battant par plein de Libanais qui roulent en 4x4 polluants. D’ailleurs les combats, c’est bien. Grâce aux réseaux sociaux, on fait partie d’ONG, de groupes de soutiens ou d’œuvres caritatives. Et on s’emballe pour des causes dont on ne sait pas grand-chose. Mais c’est sympa et puis ça ne prend pas trop de temps de pondre un status sur FB. Facebook ou le nouveau salon littéraire et politique version 2.0 où tout le monde se veut analyste. Comme tout le monde se prend pour Helmut Newton via Instagram. Et que je t’inonde avec des portraits (de moi), mes plats du jour, mes fringues parce que je suis une modeuse (ça ne s’invente pas) ou mes mioches sous toutes les coutures façon Anne Geddes. Idem pour les nouveaux Zidane du vélo, les Lance Armstrong en devenir. On croise de plus en plus de cyclistes en cycliste accompagnés de leurs gamins en maillots de foot estampillés Barça ou Manchester. Ces gamins qui font des activités en vogue. Un coup ce sont les échecs, un coup le kali, la méditation transcendantale, la lévitation, l’hypnose. Et les camps de vacances à l’étranger. C’est à la mode quoi. Comme Mykonos, la seule île grecque que les Libanais connaissent. Comme le Liban aussi. Le Liban qui revient à la mode. Le Liban, sa nourriture (c’est très branché de servir de l’arak à la mûre lors d’un dîner), ses traditions, sa musique et même ses régions. Mais ça, c’est une mode qu’on aime.


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