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Nos lecteurs ont la parole

III.- Croire pour comprendre

Serge GÉLALIAN
Encore une fois, il serait fastidieux d’entrer dans des détails linguistiques qui dépasseraient le cadre de cet article. Contentons-nous de dire qu’il existe en arabe des racines trilitères doublons portant le même sens mais où la consonne médiane est voisée dans l’une et sourde dans l’autre. Ainsi en est-il justement du doublon najara/nachara qui fait référence à la notion de scier/travailler le bois (voir L’Orient-Le Jour des mercredi 31 juillet et jeudi 1er août ).
Le terme Nazareth pourrait donc faire référence à un village de charpentiers. Quant à la dénomination Nazaréen, nous pourrions y voir l’araméen nazrân (charpentier), forme nominale araméenne avec le suffixe de substantivation – ân comme dans l’arabe libanais keslân, chabaân, fehmân, terchân, etc. (resp. fainéant, repu, sage, dur d’oreille).
Ce volet linguistique sur Nazareth doit être étayé par le volet symbolique. Dans certains mythes de création du monde, le Créateur est assimilé à un artisan : c’est le Deus Faber. Ainsi, dans les mythes égyptiens et polynésiens, le Créateur est un potier. Chez les indiens Yuki (Californie), le Créateur est un fabricant de tentes. Dans les plus anciens textes de la cosmogonie hindoue, le Créateur, qui est le Grand Architecte, est un charpentier, le plus ancien des matériaux de construction ayant été le bois avant d’être remplacé par la pierre. Dans la symbolique grecque, le mot hylé, signifiant bois, représente le principe substantiel de la matière première du cosmos. Ce symbolisme est général selon lequel le monde est assimilé au bois, et son Créateur à un grand architecte charpentier, du moins dans notre région eurasienne. Rappelons que le temple de Salomon avait été construit avec du bois des cèdres du Liban et que le charpentier de l’Antiquité était aussi menuisier, ébéniste et parfois même sculpteur (Esaïe 44:13 à 17, entre autres). Notons également que l’on disait de Jésus qu’il était fils de charpentier, le fils du charpentier, le charpentier (Matthieu 13:55, Marc 6:3, mais aussi Jean 5:19/20). Au sens propre, c’est une expression araméenne signifiant « appartenant à la communauté des charpentiers », un peu comme on dit en arabe libanais ibn halél, ibn bayyo, ibn harâm, etc., ou aussi aboul-leyl, abou rasâs, aboul-howl, etc., autant d’expressions métonymiques brossant la personnalité d’un individu par un trait de caractère saillant. Au sens figuré, fils de charpentier signifiait « le sage » en hébreu.
Venons-en brièvement à l’axe dit quasi scientifique, ainsi nommé car, bien que relevant du mystère divin, l’acte par lequel Jésus est né, le mystère de l’Incarnation pourrait être éclairci de manière grossière par une « explication » scientifique : le Verbe s’est fait chair. Comment diable cela est-il arrivé ? Pour nous en tenir à du pur terre à terre – ne pouvant faire autrement à notre niveau –, la science nous enseigne que toute opération survenant dans le domaine du vivant ou du matériel (physique et/ou chimique) nécessite un apport d’énergie. En prenant un (gros) raccourci, nous pouvons avancer que l’Incarnation serait intervenue avec un apport d’énergie d’origine inconnue, mais divine. D’aucuns ont nommé cela l’opération du Saint-Esprit. Car après tout – pour schématiser –, le verbe, c’est de l’information, voire même l’information. Pour qu’il prenne corps, pour qu’il fasse sens, il lui faut l’énergie. Ce serait même de cette façon que l’univers serait né : une interaction (explosive) entre information et énergie (donc rien de matériel au départ, que de l’immatériel, d’où notre vision d’une création à partir de rien). Cela semble logique puisque la matière compte pour à peine 5 % de la masse totale de l’univers ; elle aurait émergé ultérieurement. Le reste, nous disent les savants, est composé de matière noire et d’énergie noire. Le mystère s’épaissit.
Il n’est certes pas facile d’appréhender tout Jésus par la raison. Or Jésus ne s’adresse pas à notre raison. Car il y a plus fort que l’intelligence de la raison. Il y a l’intelligence de la foi. Saint Albert le Grand disait : « Je ne tente pas de comprendre pour croire ; je crois pour comprendre. » Et c’est là toute la différence.

Serge GÉLALIAN
Encore une fois, il serait fastidieux d’entrer dans des détails linguistiques qui dépasseraient le cadre de cet article. Contentons-nous de dire qu’il existe en arabe des racines trilitères doublons portant le même sens mais où la consonne médiane est voisée dans l’une et sourde dans l’autre. Ainsi en est-il justement du doublon najara/nachara qui fait référence à la notion de scier/travailler le bois (voir L’Orient-Le Jour des mercredi 31 juillet et jeudi 1er août ). Le terme Nazareth pourrait donc faire référence à un village de charpentiers. Quant à la dénomination Nazaréen, nous pourrions y voir l’araméen nazrân (charpentier), forme nominale araméenne avec le suffixe de substantivation – ân comme dans l’arabe libanais keslân, chabaân, fehmân, terchân, etc. (resp. fainéant, repu, sage, dur...
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