Les partisans de Morsi n’en démordent pas malgré les menaces du pouvoir. Fayez Nureldine/AFP
Alors que des épisodes particulièrement meurtriers sont survenus récemment aux abords des sit-in pro-Morsi sur les places Rabaa al-Adawiya (nord-est du Caire) et al-Nahda (près de l’université du Caire), où des milliers d’islamistes campent depuis un mois, le nouveau pouvoir a estimé que ces rassemblements n’étaient « plus acceptables ». Il a « chargé le ministre de l’Intérieur de prendre les décisions adéquates » face à ces sit-in, considérés comme une « menace pour la sécurité nationale », après l’appel de l’armée aux Égyptiens à descendre en masse vendredi dernier pour « donner mandat » aux autorités d’en finir avec le « terrorisme ». Cet appel fait craindre une intervention imminente, même si aucune échéance n’a été précisée.
Mais les partisans du président islamiste, déposé par les militaires après des manifestations massives contre lui et depuis retenu dans un lieu secret, ont immédiatement rejeté cette menace et retourné l’accusation de « terrorisme » contre les autorités. « Rien ne va changer », a déclaré un porte-parole de la coalition islamiste pro-Morsi, Gehad el-Haddad, interrogé pour savoir si ces rassemblements allaient cesser. Aucune tension particulière n’était perceptible en fin d’après-midi devant l’accès principal à Rabaa al-Adawiya, dans le faubourg de Nasr City, le plus important des deux rassemblements pro-Morsi.
Le nouveau pouvoir semble resserrer son étau autour des islamistes alors que les appels internationaux se multiplient en faveur d’une transition politique incluant toutes les parties, dont les Frères musulmans.
L’envoyé spécial de l’UE au Moyen-Orient, Bernardino Leon, était attendu hier au Caire, dans la foulée d’une visite de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton. En outre, Mme Ashton est prête à se rendre de nouveau en Égypte pour faciliter une sortie de crise, a indiqué son porte-parole Michael Mann. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, est arrivé lui dans la capitale égyptienne en soirée. M. Westerwelle entend plaider pour un « retour rapide à la démocratie » après le coup militaire qui a destitué M. Morsi et abouti à la mise en place d’un pouvoir intérimaire, dirigé par un président de transition, Adly Mansour, mais dont l’homme fort est le chef de l’armée et ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi. « Le message le plus important (de M. Westerwelle) c’est qu’il est crucial que toutes les parties s’engagent à coopérer et renoncent à la violence », selon son porte-parole. Le président américain Barack Obama va, quant à lui, dépêcher la semaine prochaine deux influents sénateurs, Lindsey Graham et John McCain, au Caire pour presser l’armée d’organiser des élections générales et d’accélérer un retour au pouvoir civil. Reflétant les craintes à l’étranger, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a appelé le général Sissi et l’a exhorté à la « retenue ».
Au Caire, une mission de l’Union africaine a pu rencontrer M. Morsi dans l’endroit toujours secret où il est détenu. Mme Ashton avait été mardi la première personne autorisée par les militaires à le voir. Les nouvelles autorités ont exclu que M. Morsi, sous le coup d’une demande de mise en détention préventive, puisse retrouver un rôle politique quelconque, récusant la demande de ses partisans de voir le premier président élu démocratiquement du pays reprendre ses fonctions. En revanche, le ministre des Affaires étrangères Nabil Fahmy a assuré que « les islamistes doivent prendre part à l’avenir » de l’Égypte. Il a estimé que les Frères musulmans, interdits pendant des décennies sous l’ancien régime de Hosni Moubarak, chassé du pouvoir en 2011 par une révolte populaire, pouvaient « participer à la rédaction de la Constitution et des lois électorales », conditionnant toutefois cette participation à l’arrêt des violences.
(Source : agences)

