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À La Une - Crise

Les Egyptiens s'enlisent dans « la guerre des millions »

Catherine Ashton joue les médiateurs au Caire.

Catherine Ashton a rencontré hier les leaders du mouvement Tamarrod Mahmoud Badr (à gauche) et Mohammad Abdel Aziz.Handout/Reuters

Les partisans de Mohammad Morsi ont appelé à de nouvelles manifestations massives aujourd’hui réunissant « un million de manifestants » en mémoire des « martyrs du coup d’État » de samedi, dont les heurts, les plus meurtriers depuis le 3 juillet, ont ravivé les tensions entre les deux camps qui se rejettent la responsabilité des violences. Hier en fin d’après-midi, une cinquantaine d’enfants sont venus à l’initiative des islamistes sur le site de la tuerie pour une prière, selon un journaliste de l’AFP. Ils sont repartis en scandant : « Le ministre de l’Intérieur est un terroriste. » Toutefois, des partisans des Frères musulmans ont renoncé hier à marcher sur le QG des renseignements militaires égyptiens au Caire. Le cortège, constitué de plusieurs milliers de personnes selon un journaliste de Reuters présent sur place, était parti de la mosquée Rabaa al-Adawiyya, dans le nord-est du Caire, où les partisans de Mohammad Morsi observent un sit-in de protestation depuis le 3 juillet, jour de la destitution du président issu des Frères musulmans. Les manifestants ont rebroussé chemin par la suite, après une mise en garde de l’armée leur enjoignant de rester à l’écart des installations stratégiques. L’armée, disant être au courant du projet de manifestation, avait distribué des tracts adressés aux « honorables fils de la nation » lancés depuis des hélicoptères survolant le campement des pro-Morsi au Caire : « Nous vous appelons à ne pas vous approcher des installations ou unités militaires, aidez-nous à protéger votre sécurité. »


Mais les pro-Morsi semblent néanmoins déterminés. « Descendez (aujourd’hui) dans la rue et sur les places pour reconquérir votre liberté, votre dignité – usurpées par un coup d’État sanglant – et pour les droits des martyrs assassinés par les balles » du nouveau pouvoir, a exhorté la coalition islamiste. Cet appel à manifester fait donc craindre une nouvelle flambée de violences alors que plus de 300 personnes sont mortes dans les troubles en Égypte en un peu plus d’un mois. Car outre l’attaque de samedi, les violences politiques ont fait deux morts et une trentaine de blessés dimanche parmi les pro-Morsi. Dans la région du Nord-Sinaï, en proie à une rébellion larvée, un policier a été tué hier à al-Arich et un autre blessé à Cheikh Zouweid. Un soldat a quant à lui été tué dans la nuit de dimanche à lundi. Et selon des sources de sécurité, quinze vendeurs ambulants ont été tués lors d’une dispute au Caire.

 


Entretiens tous azimuts
L’impasse politique dans laquelle se trouve l’Égypte, bientôt quatre semaines après la destitution du président Mohammad Morsi, a décidé la haute représentante européenne des Affaires étrangères Catherine Ashton à revenir au Caire où elle a rencontré hier des membres du nouveau pouvoir comme des partisans de M. Morsi. À l’issue de cette dernière rencontre, un responsable islamiste a demandé hier au nouveau pouvoir d’envoyer des « messages de calme ». La rencontre « a permis d’avoir un bon échange de vues », a-t-il ajouté en s’exprimant au nom du groupe devant la presse. Mme Ashton, arrivée dimanche soir, a décidé de prolonger sa visite aujourd’hui pour de nouveaux entretiens, a-t-on d’ailleurs indiqué de source diplomatique. Il s’agit de sa deuxième visite au Caire en moins de deux semaines. Catherine Ashton a eu de premiers entretiens avec les nouvelles autorités, notamment le vice-président aux Affaires internationales, Mohammad el-Baradei. Elle devait également rencontrer des responsables des Frères musulmans dont est issu M. Morsi ainsi que des responsables du mouvement Tamarrod (rébellion), à l’origine des manifestations monstres du 30 juin qui ont précédé le coup militaire ayant destitué M. Morsi. Mme Ashton a en outre affirmé dans un communiqué qu’elle appellerait « à une transition (...) englobant les Frères musulmans », qui refusent tout dialogue avec le nouveau pouvoir qu’ils jugent illégitime.


Les partisans de M. Morsi ont affirmé, par l’intermédiaire d’un porte-parole des Frères musulmans, qu’ils accepteraient « toute initiative, pourvu qu’elle soit fondée sur la restauration de la légitimité et annule le coup d’État » contre M. Morsi. La coalition islamiste et une source de la sécurité ont par ailleurs fait part de l’arrestation d’Aboul Ala Mady et Essam Soultan, président et vice-président du parti Wasat, dimanche matin par les autorités. Selon l’agence officielle MENA, les deux dirigeants du Wasat faisaient l’objet d’une enquête pour incitation à la violence et au meurtre.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a pour sa part averti que chaque mort rendrait plus difficile la sortie de crise et le secrétaire d’État américain John Kerry s’est déclaré « très inquiet ». Enfin, plusieurs ONG égyptiennes ont par ailleurs appelé hier au départ du ministre de l’Intérieur après la mort samedi de 72 civils et un policier – décédé hier des suites de ses blessures – dans les violences ayant opposé des partisans de M. Morsi aux forces de l’ordre au Caire. Elles ont également appelé les Frères musulmans, qui mènent le mouvement réclamant le retour du président islamiste, à renoncer à la violence.

 

 

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