Mais dans la réalité, à part ces rares fois où on a la douce impression qu’il y a une musique à l’intérieur de nous, c’est une autre paire de manches. Les scènes romantiques sont sonorisées, mais plutôt par le bruit des voitures, les voix des collègues ou la sonnerie du téléphone. Moins glam, ça c’est sûr. Et surtout plus compliqué à vivre ce moment-là qu’on a toujours rêvé parfait. Une partie de jambes en l’air avec orgasmes garantis de part et d’autre, réveils le matin l’haleine fraîche, l’œil éclairé et le teint lumineux, et cette détestation qui finit en grande histoire d’amour avec trompettes et fanfare.
Ouais... mais non. Dans la vraie vie, c’est pas vraiment ça. Pas vraiment comme ça. Parce que les clichés ça existe quand même. Ça existe beaucoup. Et on y croit. On y croit tellement que neuf fois sur dix, on se plante. Parce qu’on a vu des signes, enfin parce qu’on a voulu en voir. On a tripé sur ce coucher de soleil, sur cette soirée accoudé(s) au bar d’un hôtel, sur cet amour du lycée qu’on croise au coin d’une rue, sur ces deux caddies qui s’entrechoquent au supermarché. Évidemment que parfois certaines histoires d’amour débutent ainsi. Par hasard. Un hasard qui n’en est pas un. Par un accident de voiture, par un dîner auquel on n’avait pas envie d’aller, par une danse lors du mariage d’une petite cousine. Mais souvent, alors que le décor est là, que la musique est là, que le timing semble magique, que la mise en scène semble parfaite, on a tout faux. C’est juste que si le scénario est super bien ficelé, les acteurs ne sont pas les bons. Le personnage peut-être mais pas l’acteur/l’actrice principal(e). Comme dans ces périlleuses amours de vacances. On est beau, on sent bon le sable chaud, les corps sont dorés, le vin frais coule à flots, l’eau est fraîche. Il/elle est là en vacances. Il/elle est venu(e) voir ses parents. Il/elle vit à l’étranger, comme beaucoup de Libanais. On passe du bon temps. Les sunset se vivent sur des rooftops, les soirées finissent à l’aube. On rit, on s’aime, le sel dans les cheveux, l’iode qui caresse la peau. Et puis (quand) vient la fin de l’été sur la plage. On se sépare à l’aéroport, on verse une larme, on se promet des lettres (des e-mails quoi), on projette de se voir aux vacances de la Toussaint. On s’écrit, on correspond. On fantasme ces amours épistolaires en écoutant La Javanaise. Et puis arrive le mois de novembre. Et là, ça fait mal. Le teint est plus gris et l’embonpoint dû à trop de vin a fait son apparition sous le col roulé parisien. Finies les amours légères. Finie la symphonie de violon qui a rythmé l’été. Fini le cliché estival de l’histoire qui perdure au-delà des frontières. Le charme n’opère plus. Le cliché est solide. Il est coriace. On est seule dans un hôtel au fin fond de l’Andalousie. Pour du boulot. Il monte dans l’ascenseur. Il est beau. Eye contact. Quelques mots échangés. On prend un verre ? Avec plaisir. On est tipsy, on rigole, on se trouve des affinités. Et puis l’homme devient pressant. Tellement, que ça en devient flippant. On prétexte un fiancé et on s’enferme à double tour en feignant de dormir quand il revient à la charge. C’est que le type est marié et conclure rapidement fait partie de sa stratégie. Cliché. On ne peut plus cliché. Comme la copine qu’un ami nous envoie de l’étranger. Fais-la visiter Beyrouth. Elle est mignonne ? Pas mal. Scénario presque parfait. Le crime aussi. Ladite bonne femme est d’un âge avancé et elle n’a rien de mignon, si ce n’est le filet. Idem avec cette bombe qui s’assoit à la place E11 dans l’avion qui nous ramène à l’AIB. On s’attendait au gras monsieur qui allait s’endormir sur notre épaule. Et la bombe est là. Mais la bombe n’en est pas vraiment une. C’est une horreur de vulgarité et de bêtise. La musique était bien présente lors de l’atterrissage mais là, Feyrouz nous donne envie de pleurer. Tout comme ce sublime voisin qui ouvre la porte torse nu et qui, une fois habillé pour nous aider à changer la bonbonne de gaz, s’avère être un plouc fini. Niveau musique, c’est la cata. Ya ma7la Clayderman.


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