Au cours de ces combats, les mises peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars. Massoud Hossaini/AFP
Plus loin, des cris s’élèvent d’un attroupement d’une centaine d’hommes : un combat va commencer. Au milieu d’un petit carré de terre, deux perdrix, maintenues dans leur cage, se font face. Tout autour, des spectateurs surexcités : les uns hurlent des encouragements, gesticulent, d’autres agitent des liasses de billets, commencent à parier. Un homme asperge d’eau le terrain pour rafraîchir la température de cette arène improvisée, et ménager les oiseaux soumis au stress et à une chaleur étouffante. Les cages sont enfin soulevées, le combat va commencer et... rien, ou presque. Malgré les efforts de leurs « entraîneurs » qui les rabattent constamment l’une vers l’autre, les perdrix s’ignorent superbement. Le premier round s’achève sans prise de bec, les oiseaux regagnent leurs cages. Rien d’anormal toutefois, explique Hafizullah, un grand homme d’une cinquantaine d’années. « Ce sont de très bons oiseaux. Le combat peut durer de dix minutes à deux heures », affirme-t-il.
Le deuxième round commence sur un rythme plus élevé. Une des perdrix a saisi l’autre par le cou et tente de l’immobiliser, mais son adversaire finit par se dégager. Retour dans les cages. Les rounds s’enchaînent et les oiseaux, couverts de boue, perdent des plumes, deviennent de plus en plus nerveux et agressifs. Et les paris grimpent. « Au début, on était sur des mises à 200 dollars. Mais là, on en est à 800. Le combat va continuer jusqu’à ce que l’un soit épuisé », prédit Hafizullah, assurant que les morts d’oiseau sont exceptionnelles. Après plus d’une heure, une des perdrix refuse tout combat, le vainqueur est désigné. Les spectateurs envahissent le terrain, les billets changent de mains.
Pour acheter l’une de ces perdrix à Kaboul, il faut se rendre au marché aux oiseaux, une rue étroite en pente douce, dans la vieille ville, où résonnent les cris de centaines de volatiles en tout genre. L’échoppe de Shokrullah est à peine plus large qu’un placard, des cages sont installées sur de vieilles planches de bois. Le vendeur au sourire malicieux est incollable sur le sujet : pour donner aux oiseaux puissance et endurance, « on leur donne à manger un pain à base de lentilles, graines, amande, crème, pistache et safran », explique-t-il. Ici, une perdrix se négocie jusqu’à « plusieurs milliers de dollars ». « Avant, les oiseaux provenaient de Mazar-i-Sharif, dans le nord de l’Afghanistan. Mais maintenant, les bons combattants se trouvent à Quetta », capitale de la province pakistanaise instable du Baloutchistan, révèle le vendeur.
Toutefois, ces combats d’oiseaux, leur commerce et l’inévitable cruauté qui en découle ne sont pas du goût de tous. « Nous condamnons ce genre de combats », lance Aziz Gul Saqeb, directeur du zoo de Kaboul. « On a essayé de faire ce qu’on pouvait pour que ça s’arrête », avec des campagnes de sensibilisation, « mais les combats d’oiseaux ou de chiens, qu’on voyait surtout à la campagne, sont en train de se banaliser », déplore-t-il. La perspective de voir ces combats cesser semble en effet lointaine : d’abord parce que les autorités ont d’autres préoccupations dans un pays en guerre, ensuite parce que cette pratique relève d’une tradition ancrée dans la culture afghane. Dans le parc de Kaboul, le public se délasse. Autour de l’arène, des hommes discutent sur de grands tapis, fument des cigarettes, du hachisch, dégustent des grillades en écoutant le chant des perdrix. La fièvre est retombée. Jusqu’au prochain combat.
(Source : AFP)


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