Ce point constitue une source de conflit entre Nabih Berry et Tammam Salam; le Premier ministre avait d’ailleurs refusé la proposition transmise par le président de la Chambre via son émissaire, le ministre Ali Hassan Khalil, d’un cabinet politique rejetant la formule dite des « 3 x 8 », au sein duquel Aoun et le tandem chiite seraient représentés en vertu de leur poids parlementaire et où le Hezbollah et Amal choisiraient eux-mêmes les cinq ministres représentant la communauté chiite. La proposition Berry réclamait également le portefeuille de l’Énergie pour le 8 Mars, l’inclusion du fameux triptyque « peuple-armée-résistance » dans la déclaration ministérielle, le refus d’une rotation au niveau des portefeuilles...
Au ministre Ali Hassan Khalil, le Premier ministre désigné a répondu qu’il restait attaché aux critères qu’il s’est posés dès le départ : la formation d’un cabinet politique de « 3 x 8 » sans tiers de blocage, avec rotation au niveau des portefeuilles, et l’intégration de la déclaration de Baabda dans la déclaration ministérielle, un retour à la politique de dissociation, ce qui signifie, en pratique, la fin de la formule « peuple-armée-résistance », et la réinstauration de la table de dialogue pour discuter de l’avenir des armes du Hezbollah sur base de la proposition de stratégie nationale de défense mise sur le tapis par le président de la République et qui attend d’être débattue par toutes les parties.
Les résultats de la rencontre Khalil-Salam n’ont pas plu au président de la Chambre, qui a aussitôt lancé une nouvelle initiative, appelant le chef du courant du Futur Saad Hariri à regagner le Liban et à se porter candidat pour former le nouveau cabinet. Pour le 14 Mars, il s’agit là d’une nouvelle manœuvre visant à faire pression sur le Premier ministre désigné pour le pousser à revoir ses positions et à modifier ses critères. En d’autres termes, une tentative de jeter le froid entre Tammam Salam et le 14 Mars. Et le 8 Mars ne s’est pas arrêté en si bon chemin, mais a poussé au contraire la manœuvre encore plus loin en propageant la rumeur selon laquelle le chef du bloc du Futur Fouad Siniora souhaiterait mettre des bâtons dans les roues de Salam pour l’empêcher d’accéder au club sélect des Premiers ministres, et que ce serait donc... le 14 Mars qui empêche le Premier ministre désigné de mener à bien sa mission ! Une visite menée par une délégation du Futur présidée par Fouad Siniora pour s’entretenir avec Saad Hariri a été récupérée dans ce cadre par les milieux du 8 Mars qui en font tout un plat pour vérifier leurs théories... En fait, ce genre de réunions a lieu périodiquement et n’a rien d’exceptionnel. Cela, le 8 Mars le sait. Mais à la guerre psychologique comme à la guerre... tout est bon pour déstabiliser l’adversaire, surtout lorsque, par-dessus le marché, la manœuvre vise à lui faire assumer la responsabilité du blocage... dont il est lui-même victime !
De toute évidence, les milieux du courant du Futur démentent toutes ces rumeurs et continuent d’exprimer leur soutien au Premier ministre désigné, tout en réclamant un cabinet neutre, sans 14 ou 8 Mars, mais formé de jeunes qui pourraient enfin s’occuper des préoccupations des citoyens, à mille lieues des résultats médiocres du cabinet Mikati. Les discussions entre la délégation présidée par Fouad Siniora et Saad Hariri ont porté sur les développements locaux et régionaux, notamment sur la crise syrienne, la question des réfugiés syriens et la formation du nouveau cabinet. Mais elle n’avait rien de bien exceptionnel. Avant de prendre l’avion pour Boston pour subir une opération à l’œil, Fouad Siniora a d’ailleurs exprimé les mêmes positions de principe du courant du Futur au chef de l’État, concernant le cabinet. Partant, tout ce que le 8 Mars raconte n’est que pure invention. Siniora a entre autres transmis à Michel Sleiman son attachement à empêcher le vide à la tête des institutions sécuritaires, soulignant qu’il est en faveur de n’importe quelle formule qui assurerait que ce vide n’ait pas lieu. Hariri a également contacté le commandant en chef de l’armée pour lui exprimer son soutien. Et, au sujet du gouvernement, Siniora a confié au président Sleiman que son parti est en faveur d’un cabinet neutre, qu’il est contre le tiers de blocage et qu’il laisse au chef de l’État et au Premier ministre désigné le soin de choisir le timing de la formation d’un cabinet neutre. De plus, Fouad Siniora a transmis l’accueil positif par Saad Hariri de l’initiative de dialogue lancée par Michel Sleiman, à condition qu’elle démarre après la formation du cabinet, sans quoi le dialogue se focalisera sur la question des quotas au gouvernement. Rappelant combien de fois le Hezbollah s’est engagé à respecter les résolutions du dialogue avant de violer son serment, Fouad Siniora a souhaité que le dialogue envoie une recommandation au cabinet d’en appliquer les résolutions. Il a également réclamé que le dialogue porte sur les armes du Hezbollah dans le cadre de l’élaboration d’une stratégie nationale. Quant à Saad Hariri, il a contacté tour à tour directement Michel Sleiman et Tammam Salam pour remettre les points sur les i et couper court aux rumeurs propagées par les milieux du 8 Mars sur ses positions et celles de Siniora. Pour contrer Nabih Berry, il a même souligné à Tammam Salam qu’il n’accepterait de cabinet que sous sa présidence à lui.
En fait, le Hezbollah ne veut pas de cabinet, tant il est satisfait par le vide rampant. Cela lui permet d’éviter toute reddition de comptes concernant son aventure syrienne. Malgré les nouvelles sanctions européennes, il semble que le parti chiite ne soit pas du tout disposé ni à reculer en Syrie ni à jeter du lest au Liban. Ainsi fait-il passer le temps, en confiant à Nabih Berry le soin de multiplier les initiatives stériles, en attendant que vienne l’heure de l’échéance présidentielle...
Le Liban vit tout entier à l’heure de l’agenda du Hezbollah, c’est-à-dire de l’agenda iranien. Ce qui veut dire, pour l’instant, dans un état de catatonie avancée à tous les niveaux.


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10 h 28, le 26 juillet 2013