Pour analyser un problème, trouver les solutions, faire les choix, décider et appliquer, il faut avant tout « prioritiser » (le mot vient de l’anglais et veut dire « définir les priorités »). Tout n’est pas de la même importance. Voler un millier, un million ou 1 milliard n’a pas le même poids, même si les trois auteurs sont des voleurs.
Au Liban, nous n’avons jamais osé accuser quelqu’un d’être un traître. Cela ne se fait pas ! Et ne se dit pas ! Pourtant, un très grand nombre de responsables, chefs et leaders politiques sont des traîtres, car ils reçoivent argent et directives (et armes) de l’étranger. Imaginez cela en France. Imaginez un million de Français recevant argent et directives de l’étranger !
Il y aurait eu immédiatement une réaction intense pour résister et éliminer ce genre d’individus. Mais au Liban, il n’y a que ça ! On ne le voit pas ! Et surtout on ne le dit pas !
Voyez-vous, le reste a peu d’importance. Tous nos problèmes ont une seule source : nos leaders sont des vendus. Les sujets d’actualité n’ont guère d’intérêt, car ils ne sont pas une priorité. Lorsque la maison brûle, on n’a plus de maison. Les incendiaires sont des gens bel et bien de chez nous : ils brûlent à la demande. Aujourd’hui, je sais que notre pays est en train de foutre le camp.
Qu’est-ce qui a fait que 60 millions d’Allemands, sensés, éduqués, artistes, poètes, architectes, médecins et agriculteurs, avaient tous suivi un fou ? Dans le Mécanisme des foules, on peut noter ceci : « C’est surtout par le mécanisme de la contagion, jamais par celui du raisonnement, que se propagent les opinions et les croyances des foules. » Lorsque le cerveau s’occupe de problèmes quotidiens et récurrents, il ne s’occupe plus des autres problèmes. Le cerveau ne les voit plus, même s’ils sont beaucoup plus graves. Le cerveau – qui est l’organe le plus délicat du corps humain – fonctionne ainsi.
Pitié pour cet arbre qui cache la forêt. Pitié pour ceux qui continuent de crier dans le désert.
Le jour où les Libanais auront une seule et unique loyauté, celle envers leur pays, nous commencerons à pouvoir bâtir un État, et des institutions. Tant qu’il y aura des traîtres et des corrompus, tant qu’ils ne seront pas dénoncés publiquement (car nous n’avons pas les tripes pour le faire), et tant que notre cerveau rationalisera pour « justifier » que « tout le monde est comme ça », alors les vrais responsables : c’est nous.
Samir NASSIF, Ph.D.


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