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Moyen Orient et Monde - Russie

La justice remet l’opposant Navalny en liberté surveillée

Alexeï Navalny dans les bras de son épouse, à l’annonce de sa libération surveillée. Yevgeny Feldman/AFP

La justice russe a remis hier en liberté surveillée l’opposant Alexeï Navalny, dont la condamnation à cinq ans de camp a été vivement critiquée en Occident, envenimant des relations déjà difficiles avec Moscou.
Le tribunal de Kirov (où la peine avait été prononcée et où l’opposant et candidat à l’élection du maire de Moscou avait été immédiatement incarcéré) a accédé à la demande formulée à la surprise générale jeudi soir par le parquet. 


La remise en liberté d’Alexeï Navalny a clairement été liée par le tribunal à des questions électorales, M. Navalny étant officiellement candidat à l’élection municipale de Moscou le 8 septembre. Le juge a souligné que son incarcération le plaçait « en situation inégale face aux autres candidats ».
S’il maintenait sa candidature, Alexeï Navalny affronterait lors de ce scrutin le maire sortant Sergueï Sobianine, un proche de Vladimir Poutine nommé par décret en 2010, qui compte asseoir sa légitimité. L’état-major de campagne de l’opposant avait cependant annoncé jeudi après la condamnation qu’il appellerait au boycott de l’élection.

 

Alexeï Navalny ne s’est pas prononcé immédiatement sur ce point après sa libération. « Je ne suis pas un chaton ou un chiot pour que d’abord on me jette, puis qu’on me dise après que je vais participer », a-t-il déclaré à la presse. Il a indiqué qu’il allait de toute façon faire campagne. « Sous quelle forme, boycott ou participation au scrutin, nous allons le décider », a-t-il dit.
Dans un message posté sur son blog dans l’après-midi depuis Kirov, il a salué les milliers de partisans descendus dans la rue la veille au soir pour exiger sa libération. « Merci à vous tous, pour avoir obtenu ma libération et celle de Piotr (Ofitserov) grâce à votre détermination », a-t-il écrit.


Interrogé sur cette manifestation non autorisée à Moscou qui s’est soldée par 200 interpellations, M. Peskov a souligné que le Kremlin ne pouvait « pas approuver de tels attroupements ». Des milliers de personnes ont manifesté jeudi soir à Moscou, Saint-Pétersbourg et dans d’autres villes. La demande du parquet de remettre en liberté surveillée Navalny jusqu’à l’examen de sa condamnation en appel avait provoqué la surprise générale.


La plupart des observateurs estiment que l’opposant sera débouté en appel, les divergences portant généralement sur la date de l’examen, et donc de son retour en prison : avant, ou après l’élection. « Je voudrais croire qu’il a été libéré du fait de la correction juridique d’une mauvaise décision politique. Mais je pense qu’il s’agit de l’affrontement de différents groupes au sein du pouvoir avec des stratégies différentes », a déclaré le politologue Gleb Pavlovski, cité par Interfax.


« La demande du parquet doit être satisfaite », a déclaré le juge. Alexeï Navalny et son coaccusé Piotr Ofitserov, qui assistaient à l’audience dans une cabine vitrée, ont été libérés immédiatement, après une nuit en détention.
Interrogé sur cette situation, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a répondu que toutes les décisions avaient été prises « en conformité avec la loi ». « Le président n’a pas le droit de commenter une décision de justice. Les décisions de justice doivent être respectées », a-t-il ainsi souligné.
Alexeï Navalny doit revenir à Moscou ce matin par le train de nuit. Il sera en liberté surveillée jusqu’à l’entrée en vigueur définitive de sa peine, c’est-à-dire l’examen en appel, dont la date n’a pas été fixée.


Les États-Unis s’étaient dit la veille « profondément déçus » par sa condamnation, y voyant des « motifs politiques », alors que les relations sont déjà tendues entre Moscou et Washington, notamment en raison du refuge accordé par la Russie à l’ex-consultant du renseignement américain Edward Snowden. Le New York Times a affirmé qu’une visite du président Barack Obama à Moscou, annoncée pour les 3 et 4 septembre, en marge du G20, pourrait être remise en question. Le Kremlin a indiqué n’avoir « aucune information » à ce sujet. « Nous continuons de préparer la visite », a déclaré M. Peskov, cité par l’agence Interfax.
Après l’annonce de la condamnation d’Alexeï Navalny, l’UE a déclaré qu’elle mettait en doute la notion d’État de droit en Russie.

 

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