Et c’est effectivement dans le chaos que nous nous trouvons aujourd’hui.
Les chrétiens n’ont-il pas fait le mauvais choix à l’ époque en empêchant son élection à la présidence de la République ?
La Constitution issue de Taëf et qui a rendu le Liban ingouvernable n’aurait peut-être jamais existé, du moins tel quelle.
Durant ces 25 ans nous sommes allés d’échec en échec et avons raté le coche plusieurs fois.
Il fallait probablement un Mikhaïl Daher, politicien chevronné, pour gérer, à ce tournant crucial, tant la crise que l’occupation syrienne, lui qui avait eu le courage, aux côtés du Bloc national de Raymond Eddé et d’Albert Moukheiber, de voter contre le tribunal militaire mixte imposé par les Syriens au tout début de la guerre, après les incidents entre les deux armées libanaise et syrienne, à Fayadié.
Du chaos, on a cru sortir quand, suite à l’assassinat de Rafic Hariri, il y a eu un rare sursaut national le 14 mars 2005, quand tout le Liban était dans la rue pour dire d’une seule voix “Ça suffit”. Depuis, le départ des troupes syriennes de notre pays passe inaperçu dans l’agenda des Libanais depuis 2005.
La gueule de bois, c’est ce qu’ont ressenti les Libanais après ces événements. Aujourd’hui, ce n’est plus le chaos mais le néant, la déception de n’avoir rien accompli.
Au lieu de s’atteler à rebâtir l’État, maintenant qu’on est entre Libanais, de convoquer un congrès national pour prendre les grandes décisions, nécessaires après toutes ces années d’occupation, nos dirigeants, pourtant élus par le peuple, se sont majoritairement montrés, certains incapables, d’autres de mauvaise foi, ne pensant qu’à leurs intérêts personnels et jamais à l’intérêt supérieur du pays. Combien de nos grands leaders disparus doivent se retourner dans leur tombe devant ce spectacle désolant, ce gâchis.
L’histoire ne pardonne pas... Mais reste l’espérance, celle de ce peuple extraordinaire qui a tant supporté, avalé tant de couleuvres, mais continue de résister, de vouloir forcer le destin qu’on essaye de lui imposer. Ce peuple qui aime la vie, fait la fête bon gré, mal gré, reste attaché à sa terre.
Mais va-t-il rebondir et se révolter contre l’immobilisme et le laxisme ? Pourquoi, par exemple, n’être pas descendu dans la rue en masse pour dire non à la prorogation du mandat des députés ou bien en faveur de l’unique loi électorale votée en commission parlementaire, aussi controversée qu’elle soit ? Ou pour soutenir notre armée tellement malmenée par ceux-là mêmes qui criaient “liberté, souveraineté, indépendance” ? Il est certain qu’il existe encore beaucoup d’autres raisons pour manifester, mais la déception de l’après-14 mars 2005 était-elle à ce point grande pour que les Libanais ne se mobilisent plus à nouveau ? Le Liban aura-t-il un jour un De Gaulle ?
Le chaos, disait Murphy... Saurons-nous le démentir ? Il n’est jamais trop tard pour sauver son pays.

