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Nos lecteurs ont la parole

II.- La liberté religieuse entre universalisme et communautarisme

Par Marianne MOUFARREJ
Les libertés politiques ne peuvent être exercées uniquement dans le cadre de la citoyenneté et de l’appartenance à l’État mais par le biais de l’appartenance confessionnelle. Tel est le dilemme politique le plus important auquel le Liban fait face depuis l’indépendance (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 10 juillet 2013).
Cette liberté constitutionnellement protégée a abouti sur le plan pratique à une mainmise des confessions sur la vie politique libanaise. Le système communautaire du Liban s’est retrouvé renforcé par le pacte conclu en 1943 par Béchara el-Khoury et Riad el-Solh, et qui a scellé l’idée de la coexistence (« al-aïch almouchtarak ») entre chrétiens et musulmans. C’est ainsi que la participation des communautés religieuses à la vie politique s’exprime au sommet de l’État en vertu du partage des trois principales fonctions entre maronites, chiites et sunnites, ainsi que par le principe du « 6 et 6-bis », ce qui s’est traduit dernièrement sur le plan pratique de la vie politique par les difficultés et conflits dans les nominations aux
postes-clés de l’État.
Le constituant de 1990, intervenant sur le fondement des accords de Taëf, signés en 1989, a posé la « suppression du confessionnalisme politique » comme un « but national essentiel » et, d’autre part, constitutionnalisé la confessionnalisation de la représentation nationale « jusqu’à ce que la Chambre des députés mette en place une loi électorale exempte de tout confessionnalisme, les sièges parlementaires seront répartis à parité entre chrétiens et musulmans et proportionnellement entre les diverses confessions » (art. 24). Mais vingt-trois ans après la signature de l’accord, l’objectif constitutionnel reste purement illusoire et se heurte toujours aux principes du sentiment d’appartenance communautaire et identitaire.
L’isolement d’une communauté ou sa sous/surreprésentation par rapport à une autre romprait le pacte de la coexistence. C’est actuellement un des arguments utilisés par les opposants du projet dit orthodoxe, ce projet qui prévoit l’élection par chaque communautés de ses députés. Ce projet a suscité et continue encore de susciter de nombreuses controverses entre ceux qui soutiennent cette proposition et considèrent que le projet orthodoxe garantirait une meilleure représentation des chrétiens, dissiperait leur inquiétude et rendrait justice au autres communautés ; quant à ceux qui s’opposent à ce projet au motif qu’il contredirait l’esprit de l’accord national ainsi que les articles de la Constitution qui prônent la vie en commun entre chrétiens et musulmans. Cela laisse beaucoup de questions en suspens : est-ce que ce projet dit orthodoxe ou tout autre projet dissipera ce sentiment ? Ce projet est-il compatible avec le principe de la représentation par les députés de toute la nation ? Qu’en est il des personnes qui ont choisi de ne pas avoir d’appartenance communautaire ? Qu’en est-il des citoyens libanais dont la communauté n’est pas représentée au Parlement libanais ?
De nombreux observateurs se sont arrêtés sur la hâte mise par les parlementaires chrétiens à adopter le projet malgré leurs rivalités qui n’ont jamais cessé. Alors que certains en ont profité pour accroître leur popularité au sein de la communauté à la veille des élections, d’autres ont estimé que ce phénomène exprime l’état d’anxiété et de crainte que ressentent les chrétiens. Peut-être qu’il y aurait du vrai dans chacune de ces deux théories... Si chacun des dirigeants chrétiens a trouvé dans l’adoption de cette loi un moyen d’accroître sa popularité, c’est parce que ce texte paraissait rassurer des chrétiens qui en ont besoin. Mais peut-il aboutir à cette coexistence à laquelle aspire la majorité des Libanais? Autant de questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponse.
Les Libanais devront dépasser leurs conflits et rejeter tout fanatisme pour vivre dans un pays laïc qui assure à tous les citoyens l’opportunité d’accéder aux postes auxquels ils aspirent grâce à leurs compétences propres et non à leur appartenance communautaire.

Marianne MOUFARREJ
Étudiante en droit
Les libertés politiques ne peuvent être exercées uniquement dans le cadre de la citoyenneté et de l’appartenance à l’État mais par le biais de l’appartenance confessionnelle. Tel est le dilemme politique le plus important auquel le Liban fait face depuis l’indépendance (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 10 juillet 2013). Cette liberté constitutionnellement protégée a abouti sur le plan pratique à une mainmise des confessions sur la vie politique libanaise. Le système communautaire du Liban s’est retrouvé renforcé par le pacte conclu en 1943 par Béchara el-Khoury et Riad el-Solh, et qui a scellé l’idée de la coexistence (« al-aïch almouchtarak ») entre chrétiens et musulmans. C’est ainsi que la participation des communautés religieuses à la vie politique s’exprime au sommet de l’État en vertu...
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