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À La Une - Reportage

À Damas, la guerre a ressuscité la vie de quartier

Certains affluent dans les salles de sport de proximité ou les cafés autrefois désertés, et les voisins se retrouvent à nouveau.

Des milliers de Damascènes s’efforcent de poursuivre leur quotidien en limitant leurs déplacements à leur quartier. Goran Tomasevic/archives/Reuters

Malgré la guerre qui fait rage, Rouba tient à célébrer son mariage. Mais plutôt que de donner une splendide réception dans une grande salle, elle a invité ses proches à déjeuner dans un petit restaurant près de chez elle, au centre de Damas. Dans sa robe blanche, elle ressent un mélange de joie et de peine, alors que le conflit gronde à quelques kilomètres de là. « Toutes les filles rêvent du jour de leur mariage, de faire la fête avec leurs familles et tous leurs amis. J’ai dû m’adapter et n’inviter que les plus proches à déjeuner », explique-t-elle. Les invités rentrent tôt chez eux, y compris la famille du marié, qui habite dans un quartier peu sûr. Certains de ses amis, vivant dans une région instable hors de la capitale, se sont décommandés « à cause de tous les points de contrôle et les combats qui rendent difficile tout déplacement », dit la jeune mariée.

 

Bien que le cœur de la capitale soit relativement épargné, Rouba sent le danger autour d’elle. Alors, comme des milliers de Damascènes, elle s’efforce de poursuivre son quotidien en limitant ses déplacements à son quartier.

Traditionnellement, les jeunes mariés syriens, accompagnés de leur famille et de leurs amis, faisaient le tour de la ville en klaxonnant sur le chemin les conduisant à la salle de réception, et la bringue durait jusqu’à l’aube. Mais pour Rouba, « il n’y avait pas de musique. Ce n’est pas le bon moment » pour une vraie réception, dit-elle.


Talal, un ingénieur de 52 ans, qui habite avec sa famille à Doummar, un quartier nord-ouest de la capitale, se plaint du manque de mobilité. Avant la guerre, il sortait avec des amis presque tous les soirs et rendait visite à sa mère « tous les vendredis ». Elle habite Qoudsaya, une banlieue proche, mais la route qui y mène est désormais coupée par deux points de contrôle et il lui faut deux heures pour les franchir. Depuis le début du conflit, Damas s’est morcelée en zones de sécurité distinctes et quasi autarciques, « où les habitants sont maintenant confinés », peste Talal.


Finies les excursions chaque fin de semaine en famille dans la campagne des environs de Damas, regrette Mounira, une femme au foyer. L’été venu, en raison de la chaleur, les Damascènes allaient prendre le frais à Bloudane, Zabadani ou la Ghouta. Ces localités bucoliques sont devenues des champs de bataille, où se sont déroulés des combats particulièrement féroces entre armée et rebelles. « On ne peut plus sortir à cause de l’insécurité et aujourd’hui on se promène uniquement au sein de son quartier », déplore Mounira.


Après une série d’attentats à la voiture piégée, les points de contrôle établis par l’armée et ses supplétifs se sont multipliés à Damas et à ses entrées, créant des embouteillages monstres qui découragent les déplacements. Certains se sont adaptés à ce nouveau style de vie, affluant dans les salles de sport de proximité ou les cafés de quartier, autrefois désertés l’été. À quelques centaines de mètres du quartier de Jobar, où s’affrontent soldats et insurgés, le café de Ghassan ne désemplit pas. « À cause des difficultés à se déplacer, et parce que les gens cherchent un endroit où se détendre, ils choisissent le café le plus proche », confie Ghassan, manifestement heureux que son commerce marche bien.


Paradoxalement, la vie de quartier a retrouvé l’intensité d’antan et les voisins se retrouvent à nouveau, « pour siroter un café dans l’après-midi et parler de la crise », raconte Fadwa. Cette retraitée de 72 ans se réjouit d’avoir découvert ses voisines qu’elle connaissait à peine « à cause de la vie moderne ». « Ces retrouvailles me rappellent les rencontres que ma mère organisait à la maison entre voisines pour parler de la vie quotidienne et préparer un plat ensemble », poursuit Fadwa.

 

 

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