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Nos lecteurs ont la parole

Allez-vous en !

Georges TYAN
« Qu’est devenu le Liban ? Terre de fanatisme et d’extrémisme de tout bord, terre d’intolérance, d’endoctrinement, terre de haine et de violence...
L’exil, ce n’est pas de quitter son pays, mais de ne plus se reconnaître dans sa propre nation. »               Lara K. H.                                    

C’est le cri du cœur d’une personne relevé sur l’un des réseaux sociaux que je fréquente. Il traduit on ne peut mieux l’état d’esprit dans lequel nous pataugeons. En filigrane, la crainte, l’abattement qui vous prend à la gorge, noue vos tripes. Pesante attente de lendemains incertains.
Désabusés, les Libanais auraient-ils baissé les bras, et advienne que pourra ?
Je reste perplexe. Le climat ambiant est annonciateur d’un été d’une lourdeur exceptionnelle. Un site d’information affirme que 81 pour cent des Libanais s’attendent à une conflagration générale imminente. Personnellement je me tiens du côté des 19 pour cent restants, compte tenu de ceux qui ne se prononcent pas, résolument optimiste.
Nous ne sommes pas à Guantanamo, comme disait l’autre croyant placer un bon mot, dans des circonstances qui ne s’y prêtaient guère. Nous sommes au Liban, à Beyrouth, à Saïda, à Tripoli, à Baalbeck, au Hermel. Ne jouez pas sur les antagonismes sectaires et religieux.
Il n’a jamais été dans les habitudes des habitants de ce pays, au sortir des mosquées ou des églises, juste après avoir écouté la parole de Dieu, de se répandre dans les rues en semant la haine et la terreur.
Si toutes ces personnes et personnalités qui ont accaparé le pouvoir ou s’y sont succédé s’étaient donné la peine une seule et unique fois de quitter leur tour d’ivoire, marcher dans la rue, frayer avec le bon peuple de notre pays, sentir sa sueur, écouter sa misère, essuyer les larmes d’une mère, il en aurait été tout autrement.
Mais comment voulez-vous que des gens retranchés derrière une bonne dizaine de gardes du corps aux mines patibulaires, une flopée bien choisie de flatteurs émérites, habitant des domiciles en forme de bunker, circulant dans d’interminables convois de véhicules blindés aux vitres noires, se rendent compte qu’outre leur petite personne, de simples humains existent dans ce pays ?
De grâce, n’invoquez surtout pas leur sécurité personnelle. Ils se sont dévoués et portés volontaires en toute connaissance de cause pour représenter un peuple qu’ils ignorent superbement à compter de la fermeture des bureaux de vote jusqu’à leur réouverture en principe, quatre ans plus tard.
Ce sont les risques du métier, quoiqu’ils disposent de quelques privilèges – c’est tout à fait normal, vu leurs responsabilités –, leur vie ou leur survie ne saurait être plus précieuse que celle de n’importe lequel des mortels.
Je ne reprendrai pas non plus la triste réponse de ce féodal aux doléances des petits paysans de sa région, insistant pour avoir une école dans le patelin : « Mais mon fils étudie pour vous à Beyrouth... » Ils mangent bien eux aussi, ont l’électricité à profusion, l’eau, les soins médicaux, l’école, le tout quoi, allant du simple au superflu. Le peuple, lui, commence à manquer de matières de base.
Je tranquillise tout de go ceux qui, éventuellement, s’inquiéteraient de ces mots, disons quelque peu gauchisants. Eh bien non, même dans ma jeunesse, je n’ai jamais pris ce tournant.
Mais il est révoltant que des personnes disposant d’un mandat populaire, et partant censés veiller au bien-être de leurs électeurs, divisent le pays en deux camps irrémédiablement antagonistes, ressuscitent à travers des manigances cousues de fil blanc les vieux démons d’un passé que l’on croyait définitivement révolu, se complaisant à contempler la dèche où ils nous enfoncent chaque jour encore plus.
Plus révoltant encore est le fait de vouloir une chose et son contraire. Ils applaudissent l’armée pour avoir mis fin à un cancer qui aurait gangrené le pays en entier, puis d’applaudisseurs, ils se transforment en critiques, et lui tombent dessus à bras raccourcis. C’est à en perdre son latin. Toujours est-il qu’il est inadmissible que la nation soit laissée à la merci de courants, qu’ils soient religieux ou politiques, qui s’entre-déchirent lamentablement, encouragés en sous-main par des personnes – il ne faut plus prendre les Libanais pour des demeurés mentaux – qui se croient assez futées pour tirer les marrons du feu sans se brûler les doigts.
Je suis las de ressasser à chaque fois les mêmes antiennes, tout périclite. Comme le dit si bien la jeune dame en préambule, de terre d’accueil, de beauté, de joie, de sourire, de convivialité, la Croix et le Croissant s’embrassant, le Liban est devenu un repaire d’intolérance, de fanatisme, d’extrémisme, de haine et de violence, dans toute leur abjecte laideur.
Tant et si bien que, du coup, nous avons perdu nos repères. Nous errons comme des exilés dans notre propre patrie.
Ah, j’aurais tant aimé que mon pays se transpose pour quelques instants à la place Tahrir au Caire, pour crier à pleins poumons, jusqu’à m’érailler la voix, de concert avec la foule, comme au 14 mars 2005, à la face de chacun de ceux qui ont volé mon rêve d’indépendance, de souveraineté, de liberté et de prospérité : « Vas-t’en ! »

Georges TYAN
« Qu’est devenu le Liban ? Terre de fanatisme et d’extrémisme de tout bord, terre d’intolérance, d’endoctrinement, terre de haine et de violence...L’exil, ce n’est pas de quitter son pays, mais de ne plus se reconnaître dans sa propre nation. »               Lara K. H.                                     C’est le cri du cœur d’une personne relevé sur l’un des réseaux sociaux que je fréquente. Il traduit on ne peut mieux l’état d’esprit dans lequel nous pataugeons. En filigrane, la crainte, l’abattement qui vous prend à la gorge, noue vos tripes. Pesante attente de lendemains incertains.Désabusés, les Libanais auraient-ils baissé les bras, et advienne que pourra ? Je reste perplexe. Le climat ambiant est annonciateur d’un été d’une lourdeur exceptionnelle....
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