Rien de mieux qu’un curriculum vitae fourni au lieu d’un blind date. On aime rarement l’inconnu. Particulièrement au Liban. Au Liban, tout le monde a un peu d’hémoglobine de mokhtar dans les veines. Il y a les rois de l’arbre généalogique, les pros des aïeuls. Ceux qui savent qui a épousé qui il y a trois générations et qui dans leur trip vous ramènent au temps du Mir Bachir. Il y a les reines du potin qui salslo les conquêtes et les maîtresses. Il y a les petits princes des réseaux sociaux qui vous expliquent qui est qui. Le Liban est un grand bottin, un gros Who’s Who intéressant. Parce que ce qui est fascinant dans cette quête d’origine, ce n’est pas seulement son but. Savoir qui est qui pour mieux cerner l’autre. Pour ne pas avoir de mauvaises surprises, pour ne pas se planter. Ce qui est également curieux, c’est pourquoi a-t-on cette habitude ancrée en nous ? Pourquoi ce besoin de toujours savoir d’où vient quoi, d’où vient qui. Pourquoi toujours demander où a été achetée cette robe, si elle existe à Beyrouth, où on peut trouver la même. Parce que la robe est bien plus belle si on en connaît la marque. Pourquoi toujours demander d’où vient ce gâteau ? Pas forcément d’où, mais aussi de chez qui. Comme si le gâteau allait être meilleur si on en connaissait la provenance. C’est d’ailleurs un peu de ça dont il s’agit. Dites à quelqu’un que le Bahamas qu’il est en train de déguster vient de chez l’obscur dekken du coin alors qu’il vient d’une des meilleures pâtisseries d’Achrafieh, il aura du mal à l’avaler. Subjectivement, il n’aimera pas ce combo chocolat banane. Et inversement. On aura éternellement besoin d’étiqueter les gens pour mieux les définir, pour mieux les expliquer. Pour mieux comprendre, mais aussi pour s’assurer qu’on est au bon endroit avec les bonnes gens. Comme ça, pas de quiproquo, pas de malentendu. On a labellisé l’autre et notre désir d’appartenance est réconforté. Notre peur du nouveau aussi. On ose quand même parfois sortir des sentiers battus. On ose parler à des étrangers. On pose quelques questions, mais on ne s’aventure pas plus loin. Sauf si on a réussi à en savoir un peu plus. Grâce à des amis communs, grâce à Facebook, grâce à. Sinon, non. Comme si il y avait un soupçon de discrimination qui ne serait réconforté que par un écriteau avec le pedigree bien complet de la personne en face. C’est comme ça que nous sommes. C’est comme ça que nous fonctionnons. On a besoin de posséder des informations sur les autres pour mieux les appréhender. Peut-être parce que nous avons été phéniciens. Parce qu’on a toujours été des voyageurs, des marchands. C’est peut-être pour cela qu’on a besoin de mettre une étiquette sur les gens et les choses. De savoir d’où ils viennent, pas pour savoir où ils vont, mais plutôt où on va.


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