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Nos lecteurs ont la parole

Le temps d’un petit exercice de style

Par Lina SINNO
Saviez-vous que presque chaque grande phrase en littérature française ou en poésie et même quelques-unes du parler ordinaire reposent sur une figure de style qui a chacune une appellation bien précise et souvent bien pédante ?
Depuis Cicéron et Quintilien, ces figures de style forment un monde tout de même fascinant dans la langue française, et il y eut un temps où toute une littérature fut écrite selon les critères de cette rhétorique. Certaines poétiques, d’autres ludiques, effrontées par moments, précieuses et pompeuses par d’autres. Bref, retournons un peu à l’école et revisitons les citations les plus célèbres de nos classiques, et réapprenons, juste pour l’insolite de la chose et surtout sans se prendre la tête, le nom de ces figures que nos grands linguistes ont attribuées à ses prouesses de la langue.
Vous vous rappelez ? Pour reproduire le sifflement d’un sinus de serpent, dans Andromaque, Racine le fait par redoublement de consonnes sifflantes dans une figure de style cynique, une allitération en l’occurrence, qui donne : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Par ailleurs, ne trouvez-vous pas appréciable le palindrome, cette magnifique figure de style qui se lit tout aussi bien de droite à gauche que de gauche à droite comme : « Esope reste ici et se repose » ? Et ce grand classique de Blaise Pascal que vous connaissez bien et qui comporte en lui deux homonymes du mot raison : « Le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas » ? Par contre, vous risquez d’achopper sur le disgracieux pléonasme qui, malgré tout, s’impose lui aussi arrogamment en figure de style : combien de fois par jour nous nous surprenons en train de dire gauchement : « Je monte en haut » ou « Je descends en bas », pour que cette redondance atteigne son summum avec le pléonasme parfait de Molière dans Tartuffe : « Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux, vu ! » La périphrase, quant à elle, est bavarde car elle utilise plusieurs mots pour n’en signifier qu’un : « Le pays du Soleil-Levant », pour designer le Japon, ou, plus platement, « Le roi de la forêt » pour parler du lion. N’est-il pas doux par ailleurs d’entendre ce vers de Verlaine où la même voyelle se répète en cette élégante assonance : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » ? Une autre figure de style que j’affectionne particulièrement, car délicieusement subtile, et qui sait dire le moins pour faire entendre le mieux, formulée en une litote enflammée : « Va, je ne te hais point », signée Chimène dans Le Cid de Corneille. Pour ce qui est des figures de style plus branchées, c’est le cas de le dire, vous avez ce que l’on appelle quelque peu savamment, je l’avoue, la synecdoque, lorsque l’on donne un code spécial à un mot banal comme par exemple « le téléphone rouge » pour designer celui qui reliait Moscou à Washington. Mais si je trouve fort sympathique ce que l’on appelle un peu lourdement une antonomase, c’est-à-dire le remplacement d’un nom commun par un nom propre, comme par exemple pour dire d’un avare que « c’est un Harpagon », les deux figures qui restent les plus éloquentes sont les euphémismes quand, au lieu de dire : « Il est mort », on dit qu’« il a vécu ». Enfin, une toute dernière coquettement versatile, qui est une juxtaposition de deux mots contraires, soit l’« oxymore » (très beau mot pour le scrabble, sept lettres, dont deux chères !),
comme pour dire : « Cet homme est un beau laid » ! Rien que ça ! ...
Depuis longtemps, la linguistique moderne renouvelle sans cesse l’étude de certains de ces procédés d’écriture et les académiciens les mettent constamment à l’épreuve. Mais le souci actuel de l’Académie française n’est pas seulement l’orthographe ou bien le vocabulaire et ses effets de style, mais aussi et surtout ceux à naître dans des domaines plus pointus, à savoir les sciences et les technologies. Monsieur Amin Maalouf qui siégez à la place 29, vous avez du pain sur la planche !
Saviez-vous que presque chaque grande phrase en littérature française ou en poésie et même quelques-unes du parler ordinaire reposent sur une figure de style qui a chacune une appellation bien précise et souvent bien pédante ? Depuis Cicéron et Quintilien, ces figures de style forment un monde tout de même fascinant dans la langue française, et il y eut un temps où toute une littérature fut écrite selon les critères de cette rhétorique. Certaines poétiques, d’autres ludiques, effrontées par moments, précieuses et pompeuses par d’autres. Bref, retournons un peu à l’école et revisitons les citations les plus célèbres de nos classiques, et réapprenons, juste pour l’insolite de la chose et surtout sans se prendre la tête, le nom de ces figures que nos grands linguistes ont attribuées à ses prouesses de la...
commentaires (1)

Si j’ai bien compris, le téléphone rouge n’a jamais existé et pour seule preuve qu'il n’était de toute façon pas rouge. Mais puisqu’on est à Moscou, quelle figure de style a cette phrase que les journalistes utilisent souvent : ""la place rouge était noire de monde"" ? Hein !

Charles Fayad

10 h 34, le 08 juillet 2013

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Commentaires (1)

  • Si j’ai bien compris, le téléphone rouge n’a jamais existé et pour seule preuve qu'il n’était de toute façon pas rouge. Mais puisqu’on est à Moscou, quelle figure de style a cette phrase que les journalistes utilisent souvent : ""la place rouge était noire de monde"" ? Hein !

    Charles Fayad

    10 h 34, le 08 juillet 2013

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