Le Conseil des évêques maronites a critiqué la prolifération des armes illégales et la participation du Hezbollah à la guerre en Syrie. Photo Émile Eid
Ce sont des positions tranchées que les évêques ont adoptées dans le communiqué qu’ils ont fait paraître au terme de leur réunion mensuelle, hier à Bkerké. Le ton est donné dès les premières lignes. « Tout le monde réalise que le Liban traverse une période critique dont l’issue sera incertaine si les Libanais ne consolident pas leur coexistence et leur attachement aux institutions constitutionnelles pour préserver l’entité libanaise et le rôle du pays en tant que facteur de paix et de stabilité dans la région », ont-ils commenté, avant de souligner que « le peuple libanais est indisposé par la provocation communautaire et sectaire et par les manifestations qui l’accompagnent – d’autant que celles-ci sont étrangères à notre culture et à nos traditions –, ainsi que par la prolifération des armes illégales et par les incidents de sécurité itinérants ». « Les Libanais redoutent que ces éléments n’ébranlent la coexistence et ne portent un coup à l’État et à ses institutions », ont-il relevé, pressant les différentes parties politiques de se retrouver pour un dialogue et une réunion de franche explication « avec, pour lignes rouges, la coexistence, l’État et ses institutions, l’armée et les services de sécurité ».
Les prélats ont poursuivi en abordant le problème de la prolifération des armes illégales, estimant que ce dialogue « devrait donner lieu à une remise de l’arsenal des organisations armées aux forces légales qui ont, seules, le droit de porter et d’utiliser les armes, comme elles sont seules garantes de la paix civile ». Invitant les Libanais à soutenir ces forces et jugeant nécessaire qu’une couverture politique leur soit assurée, les évêques maronites ont averti que des armes illégales « en entraîneront d’autres, ce qui fera prévaloir la loi de la jungle, une chose que les Libanais rejettent ». « L’action partisane et politique ne peut pas être associée au port d’armes visant à atteindre des objectifs privés, de gagner en influence et d’imposer sa volonté. Elle doit se fonder sur la concurrence démocratique sur base de choix qui sont en concordance avec les principes constitutionnels et les constantes nationales », ont-ils ajouté.
Les prélats ont ensuite critiqué l’inaptitude du Parlement à adopter une nouvelle loi électorale, ainsi que la prorogation « injustifiée et anticonstitutionnelle de son mandat », qu’ils ont présentée comme « une couverture de cette inaptitude » et le défaut de quorum du Conseil constitutionnel qui était supposé examiner le recours en invalidation de la loi portant prolongation du mandat parlementaire, présentée par le chef de l’État. « Ces trois graves violations de la Constitution ouvrent grand la porte devant davantage de despotisme et d’hégémonie. Il est nécessaire de mettre fin à cette situation anormale, en commençant par former rapidement un nouveau gouvernement », ont-ils insisté.
Le Conseil des évêques maronites s’est par ailleurs arrêté sur la guerre en Syrie, invitant la communauté internationale, ainsi que les pays arabes à « privilégier la solution politique » pour ce pays, et les Syriens à s’engager dans des négociations pour parvenir à un règlement pacifique de leur crise.
Dans le même temps, ils ont critiqué sans le nommer le rôle militaire assumé par le Hezbollah aux côtés des forces du régime Assad. « Le Liban tient à la Syrie autant qu’à sa formule unique et refuse sous n’importe quel prétexte de se mêler au conflit en cours. Depuis la déclaration de Baabda, il s’est engagé à ne dépendre d’aucun pays de la région et à entretenir des relations fraternelles avec tous les pays voisins. Il lui est aujourd’hui impossible de se contredire. Aussi, les prélats stigmatisent toute immixtion libanaise dans la crise syrienne, que ce soit à travers la provocation, l’appui ou l’intervention sur le terrain. Il s’agit d’une atteinte flagrante aux usages libanais, à la Constitution et au principe de souveraineté », ont-ils martelé, soulignant que « les Libanais qui ont souffert des interventions étrangères dans leurs affaires sont tenus de ne pas violer la souveraineté d’un autre État, en l’occurrence la Syrie et d’éviter ainsi à leur propre pays les conséquences de cette intervention ».
Le Conseil des évêques maronites a ensuite abordé la crise économique, s’interrogeant sur « l’utilité de l’action politique si ce n’est pour assurer le bien-être de la population ». Il s’est enfin arrêté sur le dossier des réfugiés syriens et le problème qu’il pose à tous les niveaux pour le pays, invitant la communauté internationale et les pays arabes à « aider le Liban à alléger ce fardeau ». Ils ont notamment demandé aux pays de la région de leur ouvrir leurs frontières et à la communauté internationale de les transférer vers des secteurs sûrs en Syrie.


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C'EST BIEN. ENFIN !
09 h 26, le 04 juillet 2013