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Liban - La Situation

Gouvernement : la démocratie plus que jamais otage du terrain

Combien sont-ils ceux qui trouvent la bonne réponse à la question suivante : pourquoi faut-il toujours plusieurs mois pour former des gouvernements au Liban ?
Objectivement, il doit exister des données tangibles qui font que les choses se passent dans ce pays de cette façon-là et pas autrement. Il n’empêche qu’en pratique, quelle que soit la réponse à la question, elle sera invariablement bonne pour les uns et mauvaise pour les autres.
Car au Liban, tout est question de point de vue. On aime ou on n’aime pas. L’erreur de diagnostic, tout bêtement, n’existe pas.


Pourtant, sans remonter au Déluge, si l’on observe les données de la gestation des deux ou trois derniers gouvernements, on constate que ce sont grosso modo toujours les mêmes qui prennent leur temps, posent des conditions rédhibitoires et finissent par entraver les efforts et les prérogatives des responsables concernés. Et cela joue autant pour ce qui est de la détermination de la nature du cabinet et des grands équilibres en son sein qu’en ce qui a trait, dans une seconde phase, à la délicate opération de répartition des portefeuilles ministériels.
Si le chef du CPL, le général Michel Aoun, est l’indétrônable champion de la seconde phase, la première est incontestablement le domaine réservé du Hezbollah (et, naturellement, de ses sponsors régionaux). Il est vrai que le parti chiite ne se met pas toujours en première ligne, mais cela tient principalement à sa capacité à déléguer.


Cependant, le problème n’est pas tant chez les individus ou les formations politiques. Il réside dans le fait que les Libanais se sont habitués à ce que le processus institutionnel, censé, comme dans toute démocratie, être le régulateur exclusif de l’exercice du pouvoir et de son alternance, se trouve en permanence concurrencé par ce qu’on appelle « la réalité sur le terrain », autrement dit le rapport de force, au sens militaire du terme.


En 2009, au moment de la campagne pour les législatives, le numéro deux du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, avait appelé à considérer les résultats du scrutin comme un référendum sur la « résistance », les armes, etc. : un appel tout à fait conforme à ce que doit être une démocratie apaisée. Que le Hezb n’ait pas honoré cet engagement au lendemain du vote n’a rien de surprenant en soi, étant donné la nature et les références historiques, politiques et idéologiques de ce parti.
Ce qui était plus grave à l’époque, c’est que, par crainte de la force militaire que représentait le Hezbollah, tout le monde ait jugé normal de ne pas tenir compte des résultats des élections et, du coup, d’associer le Hezb et ses alliés à un gouvernement dit d’« union nationale ». Il est vrai qu’on avait déniché à cette fin un prétexte institutionnel, la « démocratie consensuelle ». Mais cette fumisterie – car c’en est une, au même titre que la sécurité consensuelle, la justice consensuelle, etc. – n’aurait été invoquée par personne si le rapport de force sur le terrain avait été différent.
Deux ans plus tard, rebelote : ce que d’honorables députés du 8 Mars appelèrent pudiquement « un renversement démocratique de majorité » en janvier 2011 fut le fruit direct de la concurrence du terrain avec le jeu institutionnel. Combinées ensemble, l’apparition des fameuses « chemises noires » et la décision « réaliste » du 8 Mars de ne pas imposer un Premier ministre issu de ses propres rangs réussirent à l’époque à « retourner » Walid Joumblatt et à faire le lit du gouvernement Mikati.


La mise hors-jeu du 14 Mars n’allait pas pour autant faciliter la mise en place de ce cabinet. Six mois pleins se révélèrent nécessaires afin que le partage du gâteau – entre alliés – fût enfin jugé satisfaisant.
Aujourd’hui, le pays et le Premier ministre désigné se retrouvent une fois de plus confrontés à la très forte concurrence qu’exerce la situation sur le terrain sur le processus démocratique. Sauf que cette fois-ci, le terrain libanais ne suffit plus. On y a adjoint le terrain syrien.
Or, voici comment les choses se présentent : visiblement impressionné par la victoire du Hezbollah dans la bataille de Qousseir, le chef du PSP – toujours lui – s’est préparé à un « énième retournement », consistant à accepter de redonner au Hezbollah ce qu’il exige depuis toujours lorsqu’il ne domine pas un gouvernement, à savoir le tiers de blocage.
C’est dans cette optique que son émissaire, Waël Bou Faour, s’est rendu en Arabie saoudite ces derniers jours afin de tenter de persuader à la fois les dirigeants saoudiens et le chef du courant du Futur, Saad Hariri, de la nécessité de se montrer conciliants.
Face à M. Hariri, M. Bou Faour se heurte à une fin de non-recevoir. Les Saoudiens, quant à eux, ne le reçoivent même pas. Saoud el-Fayçal, chef de la diplomatie, saisira même l’occasion pour se livrer à de sévères critiques à l’encontre du Hezbollah et de son implication dans la guerre syrienne.
Tammam Salam, à Beyrouth, a entendu le prince Saoud. Tout comme il entend, naturellement, les rumeurs de la frustration grandissante ressentie par la communauté sunnite et attribuée par elle à la politique du Hezbollah.
Ce vendredi, M. Salam doit se rendre au palais de Baabda pour se concerter avec le chef de l’État. Il aura devant lui deux options : soit il se récuse, soit il passe outre les conditions du Hezbollah et les éternels retournements de M. Joumblatt, et forme un cabinet à son goût, à savoir quatorze ministres peu impliqués sur le plan politique et professionnellement éminents.


Mais le succès d’une telle option n’est pas garanti. D’une part, il est vrai, l’engagement militaire du Hezbollah en Syrie le rend plus vulnérable au Liban. Quelles que soient les intimidations auxquelles il se livre, il ne lui serait pas facile d’ouvrir un « second front » au Liban, étant entendu que le front syrien est pour lui stratégique, donc prioritaire. Ensuite, des voix s’élèvent, y compris au sein du 8 Mars, pour appeler le Hezb à ménager davantage les susceptibilités de la communauté sunnite, à se montrer moins arrogant à son égard.
Ces deux éléments font pencher la balance dans le sens souhaité par le 14 Mars et par M. Salam. Mais il y a un troisième qui va dans le sens contraire : si la mouture concoctée par le Premier ministre désigné n’obtenait pas le vote de confiance de la Chambre, le risque serait grand de voir l’ex-majorité parlementaire se reformer autour de... Nagib Mikati.
Pour Walid Joumblatt, ce ne serait qu’un retournement de plus.

 

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Combien sont-ils ceux qui trouvent la bonne réponse à la question suivante : pourquoi faut-il toujours plusieurs mois pour former des gouvernements au Liban ? Objectivement, il doit exister des données tangibles qui font que les choses se passent dans ce pays de cette façon-là et pas autrement. Il n’empêche qu’en pratique, quelle que soit la réponse à la question, elle sera invariablement bonne pour les uns et mauvaise pour les autres.Car au Liban, tout est question de point de vue. On aime ou on n’aime pas. L’erreur de diagnostic, tout bêtement, n’existe pas.
Pourtant, sans remonter au Déluge, si l’on observe les données de la gestation des deux ou trois derniers gouvernements, on constate que ce sont grosso modo toujours les mêmes qui prennent leur temps, posent des conditions rédhibitoires et finissent par...
commentaires (1)

Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c'est le citoyen qui fait la république, et quand on n'a pas les deux on n'a pas de pays . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

14 h 25, le 28 juin 2013

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Commentaires (1)

  • Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c'est le citoyen qui fait la république, et quand on n'a pas les deux on n'a pas de pays . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    14 h 25, le 28 juin 2013

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