En vertu de ce compromis, affirment-ils, le Conseil constitutionnel (CC) aurait dû se réunir et prendre la décision de rejeter le recours en invalidation présenté par le chef de l’État, sous prétexte de craintes liées à la situation sécuritaire justifiant la prorogation en question. Suite à quoi, la Chambre aurait mis en évidence sa volonté de revoir la durée de la prorogation à la baisse. Toujours selon ce compromis, le président de la Chambre, Nabih Berry, prendrait l’initiative de convoquer la Chambre et réduire la durée de la prorogation de 17 à 8 mois, et non à 6 mois de « report technique » comme le souhaite le président Sleiman.
Selon le 8 Mars, Fouad Siniora aurait donc dû demander aux magistrats sunnites membres du CC, Toufic Soubra et Tarek Ziadé, de rejeter le recours en invalidation et d’accepter la décision de proroger le mandat de la Chambre, en vertu de la première étape de ce compromis. Nabih Berry, lui, se serait ensuite chargé de mettre en application la phase deux du compromis. L’ancien Premier ministre est donc accusé de ne pas avoir fait pression sur les juges sunnites, qui ont donc pris position, au sein du CC, avec les juges favorables à l’acceptation du recours présidentiel.
Les milieux du 8 Mars établissent le lien entre l’attitude de Fouad Siniora et les rencontres effectuées par l’un des députés du courant du Futur avec un certain nombre de diplomates occidentaux, notamment l’ambassadrice des États-Unis. Ce député serait revenu avec l’impression que les capitales occidentales, notamment Washington, sont fort attachées à la tenue des élections et qu’elles rejettent une prorogation de longue durée du mandat de la Chambre, mais pas l’idée d’un report technique éventuel de six mois. L’Occident craint en effet qu’au bout de 17 mois, et toujours pour des prétextes sécuritaires, la Chambre ne procède à une nouvelle prorogation de son mandat afin que la reconduction devienne une habitude à tous les niveaux. Un diplomate occidental ayant servi à Beyrouth aurait dit un jour à ce sujet que « le Liban est le seul pays démocratique du monde qui cherche, à l’approche de chaque échéance institutionnelle, à reporter cette échéance sous n’importe quel prétexte plutôt que de rechercher les moyens de son déroulement dans le respect de la Constitution ».
C’est donc sous « l’influence occidentale », soutient le 8 Mars, que l’équipe sunnite du CC s’est alignée sur les magistrats favorables à l’examen du recours du chef de l’État. En guise de représailles, Nabih Berry et le député Walid Joumblatt ont aussitôt demandé respectivement aux deux magistrats chiites du Conseil, Mohammad Mourtada et Ahmad Takieddine, et au magistrat druze, Souhail Abdel Samad, de s’absenter des réunions pour torpiller le quorum, et empêcher ainsi MM. Soubra et Ziadé de rejoindre les magistrats chrétiens Issam Sleiman, Antoine Khair, Salah Moukheiber, Zaghloul Attieh et Antoine Messarra sur leur position. Nabih Berry a affirmé devant un cercle privé avoir privilégié le boycott par « peur de pressions éventuelles des capitales occidentales sur les membres de l’instance ». Le défaut de quorum, par contre, vise à épuiser les délais de possibilité d’examen du recours, de manière à ce que la prorogation de 17 mois entre effectivement en vigueur.
Les milieux berrystes en veulent donc au 14 Mars, mais aussi à Michel Sleiman, accusé de « faire pression » sur les membres du CC pour que son recours soit accepté... Les milieux du 14 Mars estiment quant à eux que ce sont « certaines composantes du 8 Mars qui ont laissé filtrer des informations selon lesquelles Sleiman aurait fait pression sur le CC en signe de vindicte pour punir Berry ». Le 8 Mars tenterait ainsi de justifier ses propres pressions sur le CC en faisant porter le chapeau au chef de l’État. C’est pourquoi le président de l’instance, Issam Sleiman, a menacé de dévoiler certains faits à l’opinion publique si le 8 Mars ne met pas fin à sa campagne contre le président de la République. Ce dernier a d’ailleurs pris la décision de refuser de recevoir les membres du CC ou même de s’entretenir avec eux de peur que cela soit interprété comme une ingérence quelconque de sa part. Cependant, des milieux proches de Baabda ne cachent pas la surprise du chef de l’État face à cette campagne de désinformation menée par le 8 Mars contre lui, qu’il perçoit comme une tentative de la part de ce camp de justifier la prorogation du mandat de la Chambre.
Pour le 14 Mars, il est désormais clair que le tandem chiite ne veut pas d’élections en raison de l’engagement militaire du Hezbollah en Syrie, notamment à cause du risque d’émergence d’une contestation de sa suprématie et de la tutelle iranienne dans la rue chiite même. Mais il faut tirer une autre leçon de la crise autour du CC : la fin du compromis entre le 8 et le 14 Mars sur le report des élections aurait poussé Walid Joumblatt, selon les milieux chiites, à consolider encore plus ses relations avec Berry... en vue, plus tard, de jouer le rôle de médiateur avec le courant du Futur, malgré que la confrontation soit à son paroxysme entre les deux camps actuellement sur fond de crise syrienne.
La paire Berry-Joumblatt parviendra-t-elle à ressusciter le fameux compromis? Encore faudra-t-il, pour ce faire, que le Hezbollah satisfasse aux revendications du 14 Mars, à commencer par la formation d’un cabinet neutre formé de ministres non partisans...


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