J’ai noté, en particulier, le défi que le parlementaire lance aux membres du Conseil constitutionnel, les avisant qu’une acceptation du principe de cette prorogation risquerait de menacer l’existence et la légitimité dudit Conseil.
Les arguments qu’il avance en faveur du refus de la prorogation sont, sans conteste, valides et pourraient certainement influer sur la décision de cette institution. Qu’il me soit permis cependant d’avancer un argument en faveur d’une prorogation de six à huit mois que ni son parti, ni le président de la République, ni les députés qui ont voté pour la prorogation n’ont songé à invoquer. Et pourtant, je suis convaincu que ce point de vue demeure probablemen le plus valable car il vise essentiellement à protéger l’intérêt de la nation tout entière.
Je me permets de l’exposer ci-après et j’espère que l’impartialité dont M. Alain Aoun a fait preuve tout au long de son mandat le conduira à reconnaître son bien-fondé.
Mon argumentation se base essentiellement sur la définition du rôle du député telle que décrite dans Wikipedia et dont voici la teneur : « La fonction du député est de représenter la nation tout entière. Son travail s’exerce à la fois à l’Assemblée et dans sa circonscription. Dans sa circonscription, le député est à l’écoute de ses concitoyens qu’il peut recevoir et également visiter. Il se fait l’écho de leurs préoccupations à l’Assemblée pour critiquer et faire progresser la législation et améliorer son application. ».
En base d’une telle définition, il ne fait nul doute que la préoccupation essentielle du député est d’œuvrer à promouvoir l’intérêt de ses concitoyens. Si l’on poursuit ce raisonnement, on est amené à se demander comment le député peut déterminer, au jour le jour, les mesures qui sont dans l’intérêt des citoyens de sa circonscription.
À mon avis, la tâche du député pourrait être grandement facilitée s’il existait au départ, c’est-à-dire lors de sa prise en charge de ses fonctions, un accord tacite, convenu entre lui-même et les citoyens qui auraient voté pour lui, sur les demandes et les besoins essentiels de ces derniers, ainsi que sur les moyens à utiliser pour les satisfaire. Et là, nous parlons de politiques sociale, économique, infrastructurelle, financière et fiscale, ainsi que de nos relations avec la diaspora.
Chacune de ces politiques englobe à son tour un nombre de plans sectoriels différents. Dans chaque secteur, l’administration publique fait face a des problèmes qu’elle est tenue de résoudre afin de promouvoir et de protéger l’intérêt des citoyens. Le rôle du député est donc de s’assurer que tous ces problèmes sont effectivement résolus dans les délais impartis et au moindre coût pour la nation.
Les prises de décision auxquelles le député est amené à faire face durant les quatre années de l’exercice de ses fonctions pourraient être grandement facilitées s’il existait au départ un accord tacite entre lui et ses concitoyens au sujet des différentes politiques à suivre et même des approches individuelles à adopter.
Si l’on prend pour exemple le cas de l’électricité, j’estime que le travail du député pourrait être singulièrement facilité si ses concitoyens étaient préalablement d’accord avec lui au sujet des principales initiatives à adopter au sein de ce secteur. Que de temps perdu et de récriminations inutiles pourraient être évités de la sorte !
Nous en arrivons là au cœur du sujet et à ma suggestion de proroger le mandat parlementaire actuel de six à huit mois afin de permettre à l’administration actuelle, au Parlement et aux citoyens de s’entendre communément sur les grandes lignes, ainsi que sur les détails de base d’un plan de développement socio-économique durant les quatre prochaines années.
Une fois le plan établi et agréé, le candidat aux futures élections serait en mesure de présenter ses vues sur ces différents aspects et d’amener les électeurs à voter pour lui/elle en fonction de ces vues.
Outre que la tâche du député élu serait de la sorte grandement facilitée durant les quatre années à venir, il ne fait nul doute que la valeur intrinsèque du processus électoral se serait de la sorte énormément améliorée, le citoyen étant amené à voter pour des idées et des programmes plutôt que pour des idéologies étroites ou des incitations financières comme c’est le cas actuellement.
Arriver à un tel résultat ne mérite-t-il pas que l’on proroge la tenue des élections de six à huit mois pour l’atteindre ? N’était-ce pas là, en fait, le but déclaré du dialogue national qui n’a pas encore abouti ?
George SABAT
ACMA


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