Les cancres, contrairement aux premiers de classe, les yeux cerclés de lunettes à hublots qui ont le tableau noir comme unique horizon, disposent de toute la profondeur de la salle et d’une immense panoplie d’arguments que leur imagination fertile sécrète pour couvrir leur échec.
Nos cent vingt-huit lumières n’ont pas dérogé à cette règle. Sauf que si l’année scolaire compte neuf mois, ils disposaient, eux, de quarante-huit. Le temps de leur législature pour, cent fois sur le métier, remettre leur ouvrage, présenter un projet de loi électorale un tant soit peu crédible qui verrait leur retour dans l’hémicycle ou leur mise en congé de la République.
Nous sommes habitués aux amendements constitutionnels à répétition « pour une fois seulement et à titre exceptionnel ». Ils font désormais partie de notre patrimoine juridique. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que Beyrouth est la mère des lois. C’est dire que, si nous n’avons plus de tourisme, plus d’industrie, une économie qui bat gravement de l’aile, nous avons gardé un esprit inventif.
Le hic dans cette affaire est que le jury est également partie. Je ne lasserai pas le lecteur en reprenant les explications oiseuses des tenants de la prorogation, et encore moins les propos acerbes – mais mérités – de toute une frange de la population qui, en plus d’être appauvrie, fut spoliée de son droit le plus élémentaire en démocratie.
Avec un peu de recul, je suis convaincu qu’à ce cas précis, le malheur fut bénéfique. Des législatives tenues sous l’égide de la loi de 1960, c’était kif-kif bourricot. On aurait pris les mêmes et chevauché le rail de la spirale vers l’enfer. Mais à une vitesse vertigineuse cette fois-ci.
Ayant rejeté dès ses premiers instants le projet grec-orthodoxe, j’affirme en toute candeur ne rien avoir compris à celui dit mixte, comportant dans une même circonscription un suffrage à la majorité simple et un autre à la proportionnelle, alors que tout le monde est égal au regard de la loi.
On ne peut avoir sous un même toit la pluie et le beau temps. Nos élus ayant usé et abusé d’entourloupes, contre un peuple asservi et crédule, marchant dans l’ombre de la faim, ont pensé qu’en prenant cette direction, ils s’en tireraient à bon compte. Certain partis s’étant, comme larrons en foire, entendus à l’issue d’un âpre marchandage, sur la répartition des sièges.
C’est de bonne guerre. Chacun fait son lit comme il veut se coucher. Toutefois, l’avenir d’un pays comme le Liban n’est pas une coucherie, bien que son histoire actuelle soit des plus polissonnes. À bien examiner le fond des choses, il ne s’agit de rien d’autre que cela.
Une partie, au nom de je-ne-sais-quoi, se met au service d’un régime qui nous en a fait voir de toutes les couleurs, s’alliant en plus avec un État si, sur les bords, elle en partage les croyances religieuses alors qu’elle ne connaît pas un traître mot de la langue. Pour ma part, c’est un peu comme coucher avec l’ennemi.
L’autre partie ne demeure pas en reste. Elle prend tout ce qui lui tombe sous la main, et même le premier venu qui lui susurre de belles paroles, l’encourage, la caresse, lui fait miroiter monts et merveilles, lui promet les étoiles, les puits de pétrole. Tout cela en photo bien sûr, car au moment crucial, il s’en va, la laissant alanguie.
De là à dire que le Liban est devenu un lupanar géant est un pas que je franchis allègrement. Les dirigeants prennent du bon temps, pour ne pas dire leur pied, et le peuple – si un moment il s’est complu à jouer les voyeurs – n’en peut plus de payer le prix de leur légèreté et de leur désinvolture.
La plaisanterie n’a que trop duré. Le coup de semonce a été donné par les lanceurs de tomates pourries à qui je tire mon chapeau. Attention, le printemps que vous avez tant galvaudé ne tardera pas à vous emporter.
Georges TYAN


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef