X

À La Une

Une bétonnière... sur la côte de Amchit

Liban-Environnement L’installation d’une machine à fabriquer du ciment à même la plage rocheuse de Amchit (caza de Jbeil) pollue la mer et suscite une farouche opposition.
12/06/2013

La plage de Amchit fait quelque cinq kilomètres de côte encore quasiment intouchés. Une côte qui accueille des milliers de visiteurs chaque fin de semaine, assoiffés de proximité avec la mer. Or une surprise les y attend désormais : une énorme bétonnière (machine à fabriquer du ciment) installée à même la plage. Non loin de là, sur un grand terrain, sont stockés de grands blocs en béton, ceux qu’on utilise pour remblayer la mer. 


On peut, en toute légitimité, se demander ce que vient faire une bétonnière sur la plage. Le ministre sortant des Travaux publics et des Transports, Ghazi Aridi, confirme à L’Orient-Le Jour qu’un permis a bien été accordé à un entrepreneur pour installer « temporairement » une bétonnière à cet endroit, « afin d’être en mesure de mener les travaux de réhabilitation du port de pêche de Amchit ». L’entrepreneur a gagné un appel d’offres pour effectuer des travaux au port. 


Fifi Kallab, ancienne présidente de l’association Byblos Ecologia et consultante en sociologie de l’environnement, s’insurge contre l’emplacement de cette machine. « Cette bétonnière à même la plage cause de graves dégâts écologiques, dit-elle. Quand ils lavent la cuve de la machine, tous les déchets de ciment se retrouvent dans la mer. Ces déchets tuent les micro-organismes maritimes et polluent le littoral de Amchit, particulièrement riche en poissons. De plus, la côte est défigurée, la vue sur la mer est gâchée, les entreprises touristiques en souffrent. Enfin, le Liban a signé un grand nombre de conventions régionales et internationales sur la protection de la mer. N’ont-ils pas trouvé un autre emplacement que celui-là ? »
Depuis trois mois que le problème se pose, Mme Kallab dit avoir effectué des contacts avec de nombreux responsables politiques, jusqu’au président de la République, Michel Sleiman, qui lui a assuré, il y a plus de deux semaines, que la bétonnière cesserait de fonctionner. « C’est en effet ce qui est arrivé, à notre grand soulagement, dit-elle. Mais nous avons été surpris dimanche dernier de la voir redémarrer son activité. » De plus, ajoute-t-elle, citant le ministère de l’Environnement, aucune étude d’impact environnemental (une mesure devenue obligatoire depuis 2012) n’a été effectuée. 


M. Aridi insiste sur le caractère « temporaire » du projet, qui ne justifie pas, selon lui, une étude d’impact environnemental. Mais ce « temporaire » devrait durer deux ans et demi, selon le contrat des travaux... « Les deux ans et demi sont nécessaires pour la réhabilitation du port, la bétonnière ne fonctionnera peut-être pas tout ce temps-là », répond-il. Il confirme que l’activité de la bétonnière a été suspendue durant un certain temps. « Nous l’avons fait parce que nous avons reçu des plaintes, souligne-t-il. Nous avons contacté toutes les parties concernées. Mais il s’est avéré que nous n’avions pas d’autre solution. L’entrepreneur a bien essayé d’acheter du ciment du village, mais la différence du prix était trop importante, vu l’appât du gain. »
Et pourquoi ne pas l’éloigner de la plage tout simplement ? « Nous ne pouvons pas éloigner la bétonnière du chantier, sinon le coût augmentera considérablement, répond le ministre. Elle est aujourd’hui placée sur des biens-fonds publics, qui sont gérés par le ministère, et elle sera démantelée dès que possible. » 


Ce n’est pas du tout l’avis d’Antoine Issa, président du conseil municipal de Amchit. « Au Liban, il n’y a que le provisoire qui dure », dit-il. Il affirme ne pas avoir été consulté a priori. « Si le ministère communique avec nous, nous pourrons lui proposer d’autres emplacements pour la bétonnière, souligne M. Issa. Le littoral est très important pour notre localité, nous avons déjà déboursé quelque 700 000 dollars dans un projet d’amélioration. Et voilà qu’on y place une installation industrielle ! »
Le responsable municipal est résolument hostile au projet. Il assure que la municipalité « projette de fermer la route aux camions et de transformer la voie qui mène au littoral en rue piétonne, afin de faire pression sur les autorités pour déplacer le projet ailleurs ».


Fifi Kallab, quant à elle, compte poursuivre sa campagne. « Comme dernier recours, je suis prête à écrire à toutes les nations qui financent des projets de développement au Liban, elles doivent savoir comment nos autorités s’y prennent pour respecter les critères de protection de l’environnement », déclare-t-elle.

 

Pour mémoire

Au Liban, la dégradation environnementale coûte 800 millions de dollars


À Baabda, une vallée disparaît sous les remblais...

 

Polémique autour du sanctuaire des tortues de mer au Liban-Sud

 

Aïntoura : belle forêt privée cherche formule de protection


À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Avec le début de la prospection, le Liban face à de nouvelles perspectives

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Le magazine économique du groupe

À table

Quatre mouloukhyés à goûter

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants