Le salaire moyen en Turquie, il est utile de le rappeler, a triplé ces dernières années, ce qui a eu pour effet de grossir sa classe moyenne. Les rues arabes, elles, vivent dans une indigence économique grave, et se rebellent contre la faim et les privations abyssales.
Nous ne pouvons pas comparer ce qui se passe en Turquie avec le printemps arabe. Les uns se battent pour les libertés individuelles et foncièrement laïques. Les Arabes se révoltent contre la privation et le chômage lancinant dans lesquels leurs dirigeants ont plongé sciemment leur pays, et plombé l’économie et le moral collectif.
À titre d’exemple, en Syrie, aussi bien l’eau que l’électricité sont rationnées, les produits alimentaires de base comme le sucre et le pain sont fournis au compte-gouttes, et pour se réchauffer, le pétrole est hors de prix. Quant au salaire de base, il ne dépasse pas les 100 euros.
Les arrestations arbitraires frappent de plein fouet la jeunesse et les élites. Pour une opinion de ras-le-bol exprimée dans un moment de colère, les kamikazes de la liberté d’expression sont arrêtés et incarcérés sans jugement et probablement sont morts sous la torture.
En quarante ans de tutelle de la famille Assad, les Syriens sont devenus les nouveaux esclaves des temps modernes. Pour ceux qui ont pris les armes, il n’y a qu’une seule alternative : la liberté ou la mort. Le retour n’est pas envisageable et ceux qui continuent à prêter allégeance au régime sont poussés par la peur de l’inconnu, ce qui nous fait penser malheureusement au syndrome de Stockholm.
En Turquie, les libertés individuelles sont jalousement défendues par une élite laïque depuis presque un siècle. Cependant, il faut éviter de s’extasier devant cet autre Mai 68 qui en a l’allure, mais reste néanmoins initiée par l’extrême gauche turque et surtout par les alévis, amis et supporters des alaouites de Syrie et du Liban.

