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Nos lecteurs ont la parole

Voyage aux sources de la violence

Par Peter GERMANOS
La plus grande obsession chez l’homme est le désir d’imposer aux autres ses propres convictions. Rien n’égale la frustration de l’homme et anéanti son bonheur que lorsque l’autre mésestime ses croyances et ses idées. « Ce n’est pas l’amour de la vérité, mais le désir de contrôler qui dresse un camp contre un autre. » (Virginia Woolf, Orlando, biographie, Londres, Hogarth, 1928, chapitre 3). Avant d’entamer la rédaction de cet article, je venais de lire l’excellent ouvrage de Peter Slugett intitulé Les Milices du Liban. Il me semble que l’histoire tient le pays du Cèdre dans une tenaille de fer. Sorte de trou noir qui absorbe tout, même la lumière. Le dernier ouvrage d’Ann Hironaka’s montre que les guerres civiles ont augmenté en longévité et en violence. Hironaka’s souligne que la plupart de ces conflits prennent naissance dans les faibles États postcoloniaux. La communauté internationale, exception faite du Kosovo, a tendance à négliger les mouvements scissionnistes et à défendre les frontières des pays telles que conçus par les puissances colonialistes. Les dernières études montrent que la faiblesse de l’État, aussi bien au niveau politique qu’économique, est la principale cause des guerres civiles et des conflits. Un ouvrage de base publié par la Banque mondiale en 2005 explique les mécanismes de déclenchement des guerres civiles. Prenons l’exemple du Liban et de la Yougoslavie, deux pays qui ont vécu sous l’occupation ottomane, occupation qui, tout en sauvegardant les libertés religieuses, a fini par créer un régime ségrégationniste qui identifie les individus selon leur appartenance religieuse et communautaire. Une élite finit par contrôler le système tout en chantant ses méfaits, et accumule ainsi des fortunes colossales, tandis que la majorité de la population croupit dans la misère. Toute tentative sérieuse de changement est généralement détournée par cette même élite en lute interconfessionnelle. L’ouvrage de Sami Offeich, Secular Talk, Secterian Application, demeure une référence dans la matière. Or, « la violence prétend toujours n’avoir pas commencé ;
la première violence, c’est toujours l’autre qui la commet ». (J.-P. Sartre). Que fait l’autre ?
(l’autre religion, confession...). L’autre menace le sujet dans son identité. L’image de soi est menacée, humiliée, dévalorisée, bafouée, l’amour-propre est blessé. Le facteur spécifique, privilégié, susceptible de déclencher la violence, c’est cette menace d’effraction ou de désorganisation qui disqualifie le sujet et atteint si intensément le moi qu’il crée une blessure profonde ou blessure narcissique. Il y a un lien entre le risque vital mettant en cause l’identité du sujet et la violence qui le saisit comme réponse anticipée à la violence qui peut lui être infligée. La violence dépouille l’autre de sa qualité humaine unique. L’autre, par sa menace, peut arracher au cœur de celui qui la subit tout sentiment. Le sujet atteint par la violence retire à celui qui l’a menacé le statut de semblable à lui. Il le déshumanise, il efface son visage et, pour reprendre les termes de Levinas, « voir un visage, c’est déjà entendre : tu ne tueras point ». Le visage de l’autre suscite une tension permanente et en le chosifiant, en lui enlevant son humanité, il sort du champ d’application des règles morales.
Actuellement, la faiblesse du pouvoir central, les turpitudes de l’économie nationale, la corruption à grande échelle, la pauvreté grandissante, la perte des repères nationaux, la peur que toute confession à de l’autre, les ressentiments refoulés, l’histoire mouvementée et souvent sanguinaire, l’absence de leadership ou même de vision commune à ce que pourrait être l’avenir en commun nous poussent à dire que malheureusement, tous les mécanismes d’une énième guerre civile sont présentes et que peut-être seul un modus vivendi entre les deux grandes puissances fait en sorte qu’elle ne s’est pas encore déclenchée à grande échelle. Est-ce à dire qu’il n’existe aucune autre alternative au pays du Cèdre ? Il est certain que si. Il s’agit de rationaliser les ressentiments, les craintes et les haines, et d’essayer d’apporter des solutions aux problèmes qui nous entourent de partout. Il est certain que cette culture de dialogue et de reconnaissance de l’autre dans sa différence n’existe nulle part ailleurs au Moyen-Orient, et cela depuis l’aube de l’histoire. Il est inconcevable que l’élite gouvernante, au moment où elle se trouve libérée de toute influence extérieure dans le sens de l’occupation directe du territoire, se trouve dans l’incapacité d’absorber et de juguler les mécanismes de la guerre civile et du déchirement du tissu national. Un débat en profondeur devrait avoir lieu sur la nature et la fonction de l’État, sur la justice sociale et le rôle futur du Liban. Il faut arriver à des solutions et à l’exécution d’une politique qui vise à engendrer une culture de la paix. Si tout cela n’est que pure chimère, il nous semble que la déconfiture de l’État libanais va prendre son cours et que l’avenir nous réserve probablement de très mauvaises surprises.
La plus grande obsession chez l’homme est le désir d’imposer aux autres ses propres convictions. Rien n’égale la frustration de l’homme et anéanti son bonheur que lorsque l’autre mésestime ses croyances et ses idées. « Ce n’est pas l’amour de la vérité, mais le désir de contrôler qui dresse un camp contre un autre. » (Virginia Woolf, Orlando, biographie, Londres, Hogarth, 1928, chapitre 3). Avant d’entamer la rédaction de cet article, je venais de lire l’excellent ouvrage de Peter Slugett intitulé Les Milices du Liban. Il me semble que l’histoire tient le pays du Cèdre dans une tenaille de fer. Sorte de trou noir qui absorbe tout, même la lumière. Le dernier ouvrage d’Ann Hironaka’s montre que les guerres civiles ont augmenté en longévité et en violence. Hironaka’s souligne que la plupart de...
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