la première violence, c’est toujours l’autre qui la commet ». (J.-P. Sartre). Que fait l’autre ?
(l’autre religion, confession...). L’autre menace le sujet dans son identité. L’image de soi est menacée, humiliée, dévalorisée, bafouée, l’amour-propre est blessé. Le facteur spécifique, privilégié, susceptible de déclencher la violence, c’est cette menace d’effraction ou de désorganisation qui disqualifie le sujet et atteint si intensément le moi qu’il crée une blessure profonde ou blessure narcissique. Il y a un lien entre le risque vital mettant en cause l’identité du sujet et la violence qui le saisit comme réponse anticipée à la violence qui peut lui être infligée. La violence dépouille l’autre de sa qualité humaine unique. L’autre, par sa menace, peut arracher au cœur de celui qui la subit tout sentiment. Le sujet atteint par la violence retire à celui qui l’a menacé le statut de semblable à lui. Il le déshumanise, il efface son visage et, pour reprendre les termes de Levinas, « voir un visage, c’est déjà entendre : tu ne tueras point ». Le visage de l’autre suscite une tension permanente et en le chosifiant, en lui enlevant son humanité, il sort du champ d’application des règles morales.
Actuellement, la faiblesse du pouvoir central, les turpitudes de l’économie nationale, la corruption à grande échelle, la pauvreté grandissante, la perte des repères nationaux, la peur que toute confession à de l’autre, les ressentiments refoulés, l’histoire mouvementée et souvent sanguinaire, l’absence de leadership ou même de vision commune à ce que pourrait être l’avenir en commun nous poussent à dire que malheureusement, tous les mécanismes d’une énième guerre civile sont présentes et que peut-être seul un modus vivendi entre les deux grandes puissances fait en sorte qu’elle ne s’est pas encore déclenchée à grande échelle. Est-ce à dire qu’il n’existe aucune autre alternative au pays du Cèdre ? Il est certain que si. Il s’agit de rationaliser les ressentiments, les craintes et les haines, et d’essayer d’apporter des solutions aux problèmes qui nous entourent de partout. Il est certain que cette culture de dialogue et de reconnaissance de l’autre dans sa différence n’existe nulle part ailleurs au Moyen-Orient, et cela depuis l’aube de l’histoire. Il est inconcevable que l’élite gouvernante, au moment où elle se trouve libérée de toute influence extérieure dans le sens de l’occupation directe du territoire, se trouve dans l’incapacité d’absorber et de juguler les mécanismes de la guerre civile et du déchirement du tissu national. Un débat en profondeur devrait avoir lieu sur la nature et la fonction de l’État, sur la justice sociale et le rôle futur du Liban. Il faut arriver à des solutions et à l’exécution d’une politique qui vise à engendrer une culture de la paix. Si tout cela n’est que pure chimère, il nous semble que la déconfiture de l’État libanais va prendre son cours et que l’avenir nous réserve probablement de très mauvaises surprises.

