En voyant quelques citoyens jeter des œufs et des tomates sur les voitures luxueuses de nos députés, j’étais heureux et amer à la fois. Heureux parce qu’il semble que si chaque Libanais allait au fond de son âme, il trouverait enfin l’énergie de se rebeller. Mais j’étais surtout amer de me rendre compte que les citoyens de mon pays, dans leur majorité, n’ont pas les moyens de s’acheter ces articles alimentaires qu’ils lancent sur des voitures qui ont été acquises avec leur argent. Je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu nos responsables parler de problèmes quotidiens comme le chômage, l’inflation, les taxes et les réformes administratives inexistantes. Nos soucis sont beaucoup plus philosophiques : quel rôle doit avoir le Liban (10 452 kilomètres carrés) dans le conflit syrien (185 180 kilomètres carrés) entre l’axe formé par la Russie et l’Iran (19 millions de kilomètres carrés) versus le vecteur États-Unis-Union européenne (14 millions de kilomètres carrés) ? Excusez mon erreur : je devrais soustraire la superficie de Tripoli de la superficie du Liban puisque personne ne s’en préoccupe et que cette ville est devenue une province syrienne.
Autre particularité du Liban, nos richesses sont synonymes de soucis : comment gérer une si grande diversité ? Que va-t-on faire de nos pétrole et gaz qui suscitent tant de convoitises internes et externes ? Quand nous n’avions pas de telles ressources, Israël et la Syrie voulaient déjà faire du Liban une extension de leurs territoires. Que va-t-il arriver désormais ?
À tous ces politiciens étrangers et nationaux, vous avez démembré, assassiné mon peuple et continuez de le martyriser. Ayez au moins la décence de vous taire et de ne plus montrer vos visages dont nous ne pouvons plus supporter la vue. Laissez mourir mon peuple en silence... Mais prenez garde au réveil de ceux qui n’ont plus rien à perdre.
Anthony SARKIS


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