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Nos lecteurs ont la parole

La dyade syro-libanaise

Youssef MOUAWAD
Hafez el-Assad n’avait rien inventé en croquant la formule : « Syriens et Libanais forment un seul peuple dans deux États. » Mgr Ignaz Seipel, l’homme fort de l’Autriche entre 1922 et 1929, l’avait précédé sur la voie des liaisons dangereuses, en déclarant que son pays et l’Allemagne constituaient « deux États, une nation » ! De telles formules ne portent pas bonheur. On ne badine pas avec les frontières ; elles se vengent, même avec du retard.
Cependant, à en croire Antoun Saadé, fondateur du Parti populaire syrien (aujourd’hui Parti syrien national social – PSNS.), les populations de Bar al-Cham (la Grande Syrie) constituent une même société mujtama’ et une seule et unique nation oumma. Ces populations étaient censées partager un même destin, lequel fut contrarié par l’accord Sykes-Picot qui traça les frontières artificielles du Proche-Orient post-ottoman. Or rien ne ressemble plus à Tripoli que Lattaquié, et rien ne rejoint Beyrouth comme Damas, ces villes faisant partie d’un même espace culturel et humain dont l’aire d’influence n’a de limites que les remparts naturels (massifs montagneux, déserts, mer, etc.).
La thèse était alléchante et les libanistes n’avaient à lui opposer, au niveau idéologique, que des propositions fumeuses tentant d’accréditer une soi-disant nation libanaise qui s’étendrait du Nahr el-Kabir à Naqoura mais qui, à l’est, s’arrêterait pudiquement au poste douanier de Masnaa.
Avouons-le, ledit concept de nation libanaise n’a pas d’assise sérieuse, pas plus d’ailleurs que le concept de nation syrienne qui, pour être plus consistant, n’en reste pas moins une idéologie, une vue de l’esprit. Pas de nation sur 10 452 kilomètres carrés, c’est entendu ! Mais il y a cependant un pays, le Liban, avec des frontières internationalement reconnues ; et c’est un État souverain, même si moins souverain que d’autres.
D’ailleurs, sitôt le Liban proclamé entité distincte, s’est posée la question des dyades, une dyade étant une frontière commune à deux États contigus. Au fait, y a-t-il une dyade syro-libanaise comme il y a une dyade franco-suisse, franco-belge, etc. ? La querelle n’est pas que théorique ;
elle relève d’ailleurs plus de la géographie humaine que de la géographie physique, tant elle met en jeu des représentations mentales de part et d’autre de la frontière tracée. Or, tout bien considéré, la dyade contestée était poreuse et allait le rester, ce qui facilita les phénomènes d’osmose et de diffusion. En 1949, les insurgés PPS d’Antoun Saadé traversaient la frontière pour s’en prendre à la jeune République libanaise. Rebelote en 1958, quand des irréguliers dépêchés par la République arabe unie avaient pris le même chemin pour prêter main-forte à l’insurrection armée. D’autres incursions allaient suivre, la dernière en date, mais celle-là en sens inverse, étant celle des hezbollahis à Qousseir pour soutenir le régime baassiste dans son œuvre de reconquête du terrain. Qualifier lesdites manœuvres d’entreprise de pacification ou autrement de nettoyage ethnique dépend du parti pris du protagoniste, la ligne de mire de son arme à feu faisant la différence. C’est à force de nous répéter que nous sommes un seul et même pays, dépecé par l’impérialisme à la faveur d’une conjoncture défavorable, que les Syriens, tous les Syriens sans exception, ont attiré chez eux notre milice armée. Pourquoi s’en offusquer, après tout ces volontaires aguerris qui la constituent sont censés être chez eux ? Doit-on protester si, pour une fois, ce sont des troupes libanaises qui interviennent, avec armes et bagages, sur le théâtre des opérations ? Juste retour du balancier ! Du moment que la dyade en question a toujours été perméable, pourquoi ne le serait-elle pas dans les deux sens ? Si l’on est entre nous, comme l’affirmaient en toute sincérité nos frères syriens, rien ne devrait empêcher les uns d’entrer chez les autres comme dans un moulin.
Des précédents, il y en a eu, et lesdits khayo « appelés à la rescousse » s’étaient plutôt comportés sans façons dans l’enclave libanaise. Quinze ans durant, le portrait de Hafez el-Assad a trôné dans le hall d’arrivée de l’aéroport de Beyrouth, à telle enseigne que certains passagers croyaient en débarquant s’être trompés de destination... Mieux encore, le président syrien annonça, lors d’un déplacement en Égypte, la prorogation du mandat d’un président de notre piètre IIe République. Était-ce pour mettre fin aux rumeurs qui couraient dans la presse quant à certaines éventualités ? Non, c’était pour rappeler à la communauté des nations que c’était lui, le commandeur, qui faisait la loi au Liban. En tout état de cause, les Syriens n’étaient-ils pas venus chez nous pour y rester ?...
Alors, rassurons-les vite fait. Nos brigades interventionnistes n’ont nulle envie de se perpétuer chez eux, pour se délecter aux sources de l’arabisme et de son cœur palpitant. Aussitôt l’ordre rétabli, ces cohortes libanaises plieront bagage et rentreront chez elles où l’on est si bien. Il ne leur viendrait jamais à l’idée de réclamer, pour services rendus, la nationalité syrienne alors que les Syriens s’étaient précipités à nos guichets au seul mot de naturalisation.
Alors s’incruster chez eux ? Non, vraiment pas ! D’ailleurs, que ferait un Libanais au pays des horizons bouchés ?

Youssef MOUAWAD
Hafez el-Assad n’avait rien inventé en croquant la formule : « Syriens et Libanais forment un seul peuple dans deux États. » Mgr Ignaz Seipel, l’homme fort de l’Autriche entre 1922 et 1929, l’avait précédé sur la voie des liaisons dangereuses, en déclarant que son pays et l’Allemagne constituaient « deux États, une nation » ! De telles formules ne portent pas bonheur. On ne badine pas avec les frontières ; elles se vengent, même avec du retard.Cependant, à en croire Antoun Saadé, fondateur du Parti populaire syrien (aujourd’hui Parti syrien national social – PSNS.), les populations de Bar al-Cham (la Grande Syrie) constituent une même société mujtama’ et une seule et unique nation oumma. Ces populations étaient censées partager un même destin, lequel fut contrarié par l’accord Sykes-Picot qui...
commentaires (2)

Mr. Mouawwad vous soulignez une certaine logique intéressante mais de la a prétendre que "les Libanistes n’avaient à lui opposer, au niveau idéologique, que des propositions fumeuses ..." ou que "ledit concept de nation libanaise n’a pas d’assise sérieuse" je me demande franchement dans quels livres avez vous donc puisé cela? Pas dans ceux de Saade ou Aflak j’espère! Cherchez bien et je vous assure que vous trouverez. Avez vous donc déjà oublié les émissions de Fouad Frem el Boustany? Ce ne sont pas de fumeuse idéologies. Si les musulmans du Liban, eux, n'ont pas voulu s'identifier a leur pays et origine a cause de l'Islam, c'est une tout autre paire de manche. Mais le Liban a une Nation et elle continue d'y représenter la majorité avec le réveille petit a petit et un a un de ses petits. Patience et il y arriveront tous, question de sevrage!

Pierre Hadjigeorgiou

15 h 31, le 11 juin 2013

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Commentaires (2)

  • Mr. Mouawwad vous soulignez une certaine logique intéressante mais de la a prétendre que "les Libanistes n’avaient à lui opposer, au niveau idéologique, que des propositions fumeuses ..." ou que "ledit concept de nation libanaise n’a pas d’assise sérieuse" je me demande franchement dans quels livres avez vous donc puisé cela? Pas dans ceux de Saade ou Aflak j’espère! Cherchez bien et je vous assure que vous trouverez. Avez vous donc déjà oublié les émissions de Fouad Frem el Boustany? Ce ne sont pas de fumeuse idéologies. Si les musulmans du Liban, eux, n'ont pas voulu s'identifier a leur pays et origine a cause de l'Islam, c'est une tout autre paire de manche. Mais le Liban a une Nation et elle continue d'y représenter la majorité avec le réveille petit a petit et un a un de ses petits. Patience et il y arriveront tous, question de sevrage!

    Pierre Hadjigeorgiou

    15 h 31, le 11 juin 2013

  • En gros, c'est tout à fait normal d'être intervenu en Syrie puisqu'ils sont intervenus chez nous...ben voyons! je ne juge pas les impératifs stratégiques du Hezb , et l'opportunité militaire de son intervention vue de son bout de la lorgnette...il y a d'ailleurs à cet égard une hypocrisie absolument étonnante, et un sacré écart entre les conversations privées et les prises de position publiques...mais par contre, le parallèle établi par M. Mouawad est vraiment surprenant...ils sont venus chez nous, donc nous allons chez eux...ben voyons...c'est aussi simple que çà...ben le mieux serait que personne n'aille chez personne et que ceux qui sont chez nous rentrent chez eux...tous...et maintenant...

    GEDEON Christian

    12 h 07, le 11 juin 2013

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