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Nos lecteurs ont la parole

Le sacré dans le printemps arabe

Paul Ph. EDDÉ
Devrions-nous seulement vouer aux gémonies l’Iran théocratique et expansioniste pour avoir introduit au Liban son « cheval de Troie » – le Hezbollah – qui amplifie dangereusement la confrontation islamiste qui sévit déjà depuis plusieurs années en Irak et bien d’autres pays arabes ? Sur cette toile d’araignée tissée autour de notre mini-pays-mosaïque de 18 confessions se sont greffés les nombreux problèmes d’un État asthénique devenant de plus en plus théorique, et le lourd héritage du scélérat « accord du Caire » de camps palestiniens armés et inamovibles. Penser donc que la situation du Liban soit « alarmante » tiendrait d’un bien naïf euphémisme.
Une lecture dépassionnée des printemps arabes nous amène à constater d’inquiétants avatars.
En Irak, depuis l’invasion américaine et la chute de Saddam Hussein, c’est le triomphe de toutes espèces d’islamismes et la confrontation chaque jour plus sanglante entre chiites (principalement Conseil suprême de la révolution islamique iranienne et Courant islamiste arabe de Moqtada al-Sadr) et sunnites (Parti islamique irakien des Frères musulmans, Conseil des ulémas musulmans, Parti islamique du Kurdistan et el-Qaëda Mésopotamie). En conséquence, l’avenir de l’Irak demeure totalement imprévisible.
En Jordanie, le bon roi Abdallah II est pratiquement l’otage d’au moins deux forces islamistes (les Frères musulmans et le Front d’action islamique d’obédience salafiste). En Égypte, berceau de l’islamisme nouveau, les élections législatives de 2011 ont vu la victoire écrasante des islamistes (le Parti de la liberté et de la justice des Frères musulmans, et « al-Nour » salafiste) qui contrôlent désormais près de 70 % du Parlement. Plus surprenant encore, les États-Unis semblent avoir pris acte de cette nouvelle donne politique constituant un tournant historique dans leur politique étrangère. Au Koweït, la démocratisation a débuté en 1992 après la guerre du Golfe entamée par Saddam Hussein, chassé par les Américains. C’est actuellement une monarchie parlementaire spéciale dotée d’un régime semi-démocratique. Mais là aussi, aux élections de 2012, les islamistes – aidés par les tribus arabes – ont obtenu une victoire écrasante en remportant 34 sièges sur 50 au Conseil de la Oumma. La famille régnante des al-Sabah devra ainsi se résoudre à en tenir compte.
Cette liste des quelques pays arabes, concernant particulièrement nombre de Libanais qui y travaillent, où l’islamisme triomphe, est loin d’être exhaustive.
En conséquence, il nous semble irréaliste de voir apparaître une séparation de la religion et de l’État dans les pays arabes, à supposer même que ces pays consentent à une démocratie toute relative. Il y aurait même un risque que ces pays dérivent par la suite vers des régimes plus rigoureux et théocratiques, appliquant la charia. Il ne faudrait donc pas donner à ces peuples, imprégnés par une culture religieuse gestionnaire du sacré régissant les sphères de leur vie, l’occasion d’une confrontation avec l’État, appelé par conséquent à se cantonner dans sa sphères civile en laissant aux religieux de tous bords la charge de gérer leurs fidèles. À ce sujet, nous n’insisterons jamais suffisamment sur la nécessité pour l’État d’appliquer une « laïcité » bien comprise dans une impérative neutralité. Ce basculement vers une durable démocratie impliquerait la poursuite d’un débat intellectuel permanent avec les tenants de « l’option divine » chère aux peuples de notre région.
Par contre, l’État ne peut que se montrer intransigeant en ce qui concerne tout activisme servant des intérêts étrangers, et particulièrement la détention d’armes de guerre lui enlevant l’indispensable monopole de la force. Nous nous devons en conséquence de nous élever, une fois de plus, contre la position ambiguë et le double langage du Hezbollah qui – sans aucune considération pour l’État libanais – rejette le dialogue démocratique pour imposer ses armes contagieuses de plus en plus sophistiquées et sa vision communautaire et hégémonique, ainsi que ses répétitives dérives.
Le nœud gordien du Hezbollah et son désarmement (pourtant exigé par la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU datant de 2004) demeurent sans contexte LE problème explosif – à résoudre prioritairement, dans la vérité, la lucidité, le courage et l’action pour la viabilité d’un Liban conforme à son histoire, son héritage culturel, son pluralisme, son identité et son message.

Paul Ph. EDDÉ

Informations et état des lieux des forces islamistes – Mathieu Guidère – « Le printemps islamiste » – Éditions Ellipses 2012.
Devrions-nous seulement vouer aux gémonies l’Iran théocratique et expansioniste pour avoir introduit au Liban son « cheval de Troie » – le Hezbollah – qui amplifie dangereusement la confrontation islamiste qui sévit déjà depuis plusieurs années en Irak et bien d’autres pays arabes ? Sur cette toile d’araignée tissée autour de notre mini-pays-mosaïque de 18 confessions se sont greffés les nombreux problèmes d’un État asthénique devenant de plus en plus théorique, et le lourd héritage du scélérat « accord du Caire » de camps palestiniens armés et inamovibles. Penser donc que la situation du Liban soit « alarmante » tiendrait d’un bien naïf euphémisme.Une lecture dépassionnée des printemps arabes nous amène à constater d’inquiétants avatars.En Irak, depuis l’invasion américaine et la...
commentaires (1)

Tout a fait vrai! LE SEUL problème sont les armes du Hezbollah. Le reste se règle démocratiquement et au sein des institutions de l’état.

Pierre Hadjigeorgiou

15 h 36, le 11 juin 2013

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Commentaires (1)

  • Tout a fait vrai! LE SEUL problème sont les armes du Hezbollah. Le reste se règle démocratiquement et au sein des institutions de l’état.

    Pierre Hadjigeorgiou

    15 h 36, le 11 juin 2013

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