De gauche à droite : Pierre Mauroy, l’ancien chancelier allemand Willy Brandt et Shimon Peres, ministre à l’époque. Jean Jaurès/AFP
Appelé à Matignon après l’élection de François Mitterrand en mai 1981, M. Mauroy avait dirigé un gouvernement comprenant pour la première fois depuis la Libération des ministres communistes. Il a mis en œuvre d’ambitieuses réformes économiques, sociales et sociétales (hausse du salaire minimum, droits syndicaux, nationalisations de banques et d’industries, retraite à 60 ans, abolition de la peine de mort, etc.) mais, devant la menace de faillite économique, il a assumé le « tournant de la rigueur » opéré en 1982-1983, auquel s’est résolu à regret Mitterrand. Pierre Mauroy « a été décisif dans le fait de convaincre Mitterrand qu’il ne fallait pas sortir du système monétaire européen et casser l’Europe pour faire le socialisme dans un seul pays », a souligné l’ancien Premier ministre Michel Rocard, qui détint plusieurs portefeuilles dans les gouvernements Mauroy.
Né le 5 juillet 1928 à Cartignies, dans le Nord, auquel il restera fidèle toute sa vie, fils d’instituteur et petit-fils de bûcheron, Mauroy est nourri au lait du socialisme, bercé par le souvenir des grands figures du socialisme français Jules Guesde et de Jean Jaurès. À 16 ans, il adhère aux Jeunesses socialistes et ne quitte plus cette famille politique. Il soutient activement en 1965 François Mitterrand, candidat unique de la gauche contre le général de Gaulle à la présidentielle, et dirige sa campagne à la présidentielle de 1974.
En juillet 1984, Pierre Mauroy quitte Matignon après le retrait d’une loi instaurant un grand service de l’éducation incluant le secteur privé, combattue par l’Église catholique. Après Matignon, Mauroy se replie sur son fief de Lille où il se bat d’arrache-pied pour obtenir le passage dans sa ville du train à grande vitesse (TGV) reliant Paris et Londres. Grâce à ce train, la métropole populaire du nord de la France reliée désormais facilement à Londres et Bruxelles est devenue un centre économique et une étape touristique pour un public international. Pierre Mauroy sera aussi secrétaire national du Parti socialiste de 1988 à 1992 et présidera l’Internationale socialiste de 1992 à 1999.
Cet homme, bon vivant, au physique imposant et à la voix grave, s’était installé dans le rôle de sage de la gauche, proeuropéen farouche, qu’il s’agisse de la création de l’euro et du Traité constitutionnel, et rêvant d’une social-démocratie de la Baltique à la Méditerranée. En 2001, il cède la mairie de Lille à Martine Aubry, dont il avait fait sa dauphine. Elle s’est d’ailleurs dit « bouleversée » hier par le mort de son mentor et salué un « géant ». Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, a, lui, aussi évoqué « une immense figure du socialisme français et international ».
Les hommages unanimes à gauche sont aussi venus du camp adverse. Jean-François Copé, président de l’UMP, a salué « un homme de conviction, un socialiste sincère, qui avait su gagner l’estime de chacun au-delà même de son camp ». Le Premier Ministre socialiste belge Elio Di Rupo a rendu hommage à « un ami », « un homme brillant, visionnaire, profondément engagé en faveur des causes sociales et d’une générosité exceptionnelle ».
(Source : AFP)

