Un manifestant turc à Istanbul le 3 juin 2013. AFP/Gurcan Ozturk
Au terme d'une nouvelle nuit de mobilisation et de violences dans plusieurs villes turques, l'une des plus grandes centrales syndicales du pays, la Confédération des syndicats du secteur public (KESK), a décidé d’entamer mardi une grève de deux jours, en soutien aux manifestants qui s’opposent depuis cinq jours au Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.
"La terreur exercée par l'Etat contre des manifestations totalement pacifiques se poursuit de telle façon qu'elle menace la vie des civils", a jugé la KESK, marquée à gauche, qui revendique 240.000 adhérents.
Après la mort dimanche d'un jeune homme percuté par une voiture lors d'une manifestation à Istanbul, un deuxième protestataire âgé de 22 ans a été tué lundi soir dans un rassemblement à Hatay de plusieurs "coups de feu tirés par une personne non identifiée", a annoncé dans la nuit le gouverneur de la ville, Celalettin Lekesiz. La police a ouvert une enquête sur les circonstances de ce décès, encore mystérieuses.
Hormis les deux personnes décédées dimanche et lundi, les violences des quatre derniers jours ont fait plus de 1.500 blessés à Istanbul et au moins 700 à Ankara, selon les organisations de défense des droits de l'Homme et les syndicats de médecins.
Ces chiffres n'ont pas été confirmés par les autorités. Le dernier bilan rendu public dimanche soir par le ministre de l'Intérieur Muammer Güler faisant état de 58 civils et 115 policiers blessés.
A Istanbul, Ankara ou encore Izmir (ouest), les mêmes scènes d'affrontements se sont répétées dans la nuit de lundi à mardi. Aux jets de gaz lacrymogènes et aux canons à eau de la police ont répondu les jets de pierres et d'objets divers des manifestants, faisant de nombreux blessés. La situation est ensuite revenue au calme.
Au cœur de la protestation qui a débuté vendredi, l'emblématique place Taksim, dans le centre d'Istanbul, a une nouvelle fois été occupée une bonne partie de la nuit de lundi à mardi par des milliers de manifestants qui, bannières rouges au vent, ont réclamé le départ du chef du gouvernement aux cris de "Tayyip, démission !"
En l'absence du Premier ministre en visite officielle jusqu'à jeudi dans les pays du Maghreb, le président turc, Abdullah Gül, et le vice-Premier ministre, Bülent Arinç, se sont réunis ce mardi matin.
A la suite de cet entretien M. Arinç a assuré que "les différences constituent la plus grande richesse de la Turquie (...) notre gouvernement respecte et est sensible aux différents mode de vie". "Je présente mes excuses à tous ceux qui ont été victimes de violences parce qu'ils sont sensibles à la défense de l'environnement", a-t-il ajouté, appelant à l'arrêt des manifestations.
Depuis le début du mouvement, le président et le vice-Premier ministre, issus du même parti islamo-conservateur que M. Erdogan, ont plutôt prôné l'apaisement.
Lundi, M. Gül avait une nouvelle fois appelé au calme en jugeant "tout à fait normales" que se déroulent des "manifestations pacifiques". Et M. Arinç avait regretté dès samedi que le dialogue avec les opposants à la destruction du parc Gezi d'Istanbul, à l'origine du mouvement, n'ait pas primé sur les gaz lacrymogènes.
A l'inverse, contesté comme jamais depuis l'arrivée de son parti islamo-conservateur au pouvoir en 2002, Recep Tayyip Erdogan continue, lui, à défier le mouvement par la fermeté et un brin de provocation.
Avant de quitter la Turquie lundi, il a promis de rester "ferme" en renvoyant aux élections locales de 2014 les manifestants, qui l'accusent de dérive autoritaire et de vouloir "islamiser" progressivement la société turque.
Sûr de son poids électoral dans le pays, le chef du gouvernement a balayé d'un revers de main toute allusion à un "printemps turc". Le Premier ministre turc a également accusé des "extrémistes" ayant des "liens" avec l'étranger de manipuler la contestation.
Volontiers provocateur, M. Erdogan a même jugé, depuis Rabat cette fois, que la situation était "en train de revenir au calme". "A mon retour de cette visite (au Maghreb), les problèmes seront réglés", a-t-il lancé.
La brutalité de la répression, largement évoquée sur les réseaux sociaux turcs, a suscité de nombreuses critiques dans les pays occidentaux, notamment aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'est une nouvelle fois inquiété lundi de l'usage "excessif" de la force par la police.
Signe de l'inquiétude des marchés financiers face à la persistance de la crise, la Bourse d'Istanbul a dégringolé de 10,47% lundi, comme la livre turque.
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Eclairage
"La majorité, c'est toujours Erdogan"
"La terreur exercée par l'Etat contre des manifestations totalement pacifiques se poursuit de telle façon qu'elle menace la vie des civils", a jugé la KESK, marquée à gauche, qui revendique 240.000 adhérents.
Après la mort dimanche d'un jeune homme percuté par une voiture lors d'une manifestation à Istanbul, un deuxième protestataire âgé de 22 ans a été tué lundi soir dans un rassemblement à Hatay de plusieurs "coups de feu tirés par une personne non...



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10 h 07, le 05 juin 2013