Avec l’expiration du délai de dépôt des candidatures, hier à minuit, les tractations politiques se sont intensifiées dans le but de trouver une issue à l’impasse électorale et éviter ainsi un vide institutionnel.
L’une des solutions avancées à cet effet est comme on le sait la prorogation du mandat de la Chambre pour une durée d’un an et demi, un projet initié par le chef du PSP, Walid Joumblatt, et soutenu par le Hezbollah, Amal et même une partie du 14 Mars, mais rejeté par le président Michel Sleiman, le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, et le chef du CPL, Michel Aoun.
Recevant la semaine dernière le ministre démissionnaire de la Santé, Ali Hassan Khalil, dépêché par le président de la Chambre, Nabih Berry, le chef de l’État a fait comprendre à son hôte qu’il est farouchement hostile à une extension prolongée du mandat du Parlement et qu’il reste déterminé à présenter un recours en invalidation d’une telle décision, si jamais elle est prise. Dans le meilleur des cas, il pourrait accepter une prorogation technique de six mois. Son argumentation repose sur le fait que rien ne justifie la non-organisation des élections.
Mais pour la plupart des protagonistes sur la scène locale, dans les circonstances actuelles, cette prolongation semble la seule issue valable.
Une fois n’est pas coutume, les intérêts d’une majorité des deux composantes du 8 Mars et du 14 Mars se recoupent sur ce plan, quoique pour des motifs différents. Et c’est sur cette convergence d’intérêts que l’artisan de cette solution, Walid Joumblatt, est en train de tabler. Au cours du week-end dernier, les contacts se sont intensifiés entre Baabda, Aïn el-Tiné et la Maison du Centre et ont débouché sur une quasi-entente qui semble faire son chemin mais qui reste à peaufiner, parce qu’elle reste assortie de certaines conditions, pour ce qui a trait, entre autres, au dossier gouvernemental. En effet, si la prorogation se confirme, les critères en base desquels le Premier ministre désigné, Tammam Salam, souhaitait former son équipe tomberont. Le Hezbollah et Amal ont cependant refusé de lier les deux dossiers, alors que le courant du Futur a insisté pour que l’entente englobe également l’ensemble du dossier gouvernemental : la présidence du Conseil, la composition de l’équipe, la répartition des portefeuilles et la déclaration ministérielle. Il est intéressant de relever que les contacts se poursuivent à ce sujet.
Selon certaines informations, le président pourrait à la rigueur accepter que le mandat de la Chambre soit prolongé si la Constitution est amendée pour réduire à cinq ans, renouvelables une seule fois, le mandat du président de la République s’il brigue une deuxième investiture, parallèlement à un rééquilibrage des prérogatives des trois pouvoirs, de manière à ce que l’autorité du chef de l’État prédomine en cas de conflits.
À en croire un ancien ministre, l’entente au sujet du mandat parlementaire est sur le point d’être scellée. Les débats portent, selon lui, sur les mécanismes et les garde-fous, mais Nabih Berry attend toujours les résultats des contacts entrepris pour convaincre le chef du CPL, le général Michel Aoun, du bien-fondé de cette mesure, avant de convoquer le Chambre pour jeudi.
Le courant du Futur et le Hezbollah sont tous deux favorables à un report des élections pour 18 mois. Plongé jusqu’au cou dans le bourbier syrien, le parti de Dieu n’a pas le temps de gérer le dossier électoral. Soucieux également, pour les mêmes raisons, du maintien de la stabilité dans le pays, il redoute les éventuelles conséquences, dans l’état actuel des choses, des batailles électorales, sur la rue sunnito-chiite, la rue sunnite en particulier étant chauffée à blanc à cause de ce qui se passe en Syrie. Dans ses milieux, on considère que le tir de deux roquettes contre la banlieue sud, dimanche matin, est un message qui lui a été adressé et qui a été bien reçu.
D’autres réserves sont liées à l’issue même du scrutin. Selon le Hezb, à moins que les législatives n’aient lieu sur base de la formule proposée par le Rassemblement orthodoxe, les résultats des élections ne seront pas favorables, au niveau de la rue chrétienne, à son allié aouniste, ce qui lui portera préjudice en définitive. Aussi préfère-t-il un statu quo qui lui permettrait de continuer à réclamer la reconnaissance du trinôme résistance-armée-peuple dans n’importe quelle déclaration ministérielle ainsi que la minorité de blocage au sein de n’importe quel gouvernement.
Le chef du PSP partage les seules appréhensions sécuritaires du parti de Dieu et a réussi, selon les milieux du courant du Futur, à convaincre Saad Hariri du bien-fondé de ce raisonnement, en dépit des conditions que ce dernier avait posé pour accepter une prorogation du mandat de la Chambre, dont la formation d’un gouvernement sur base des critères fixés par le 14 Mars et non pas par le 8 Mars et l’engagement de toutes les parties à s’entendre sur une loi électorale pour que les élections puissent être organisées à l’expiration des 18 mois.
Sauf que selon certains observateurs, le courant du Futur n’est pas pressé de s’engager maintenant dans la bataille électorale, étant donné la longue absence de son chef qui a affecté négativement la base du parti et favorisé la montée des fondamentalistes au sein de la rue sunnite, face au Hezbollah, sans oublier la prolifération des armes aux mains de ces groupes.
Reste à savoir quelles sont les chances que cette entente partielle autour d’une prorogation du mandat de la Chambre voit le jour, étant donné l’attachement du chef du CPL à l’organisation des élections, et l’opposition manifestée par Bkerké et Baabda à ce projet.
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