Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Quel gâchis maronite !...

Par Salim F. DAHDAH
Le sujet qui nous intéresse dans cet article est relatif aux concertations tenues à Bkerké pour déterminer le positionnement des formations politiques maronites vis-à-vis de la nouvelle loi électorale et le grand lynchage médiatique auquel se sont livrés certains de leurs leaders après l’adoption du projet baptisé « Loi de la rencontre orthodoxe » et les positions qu’ils ont prises conséquemment à ce choix. Sans vouloir discuter le bien-fondé de cette proposition, il serait peut-être utile d’essayer de comprendre si la vision politique et le choix stratégique étaient au rendez-vous durant ses discussions et s’ils ont guidé leurs décisions. Ou était-ce uniquement le sentiment d’être dépassé et ramené à une autre dimension nationale que celle que les maronites avaient il y a soixante-dix ans qui a justifié cette joute verbale? Ou bien une surenchère électorale sans aucune perspective nationale, et dont la seule explication serait la « guéguerre » intestine entre des leaders réglant encore aujourd’hui des comptes remontant à la guerre de 1975 ?
Il aurait peut-être été utile pour ces chefs politiques de se rappeler au départ qu’ils appartiennent à une communauté fondatrice du Liban indépendant et qu’ils se doivent de faire des choix qui conforteraient les orientations nationales façonnées par leurs pairs de l’époque. C’est-à-dire le devoir de rester vigilants et veiller à défendre la pérennité d’une nation unique en Orient, par sa formule de cohabitation entre les différentes religions et un lieu de convergence culturelle riche et divers. Au lieu de cela comment interpréter cette attitude défensive qui a amené les actuels partenaires politiques maronites à se replier sur eux-mêmes, comme s’ils cherchaient à se suicider politiquement en adoptant une loi qui, de représentants de citoyens d’une nation, les réduisait à ceux de groupes d’individus qui cherchent à défendre exclusivement leurs identités confessionnelles et leurs appartenances religieuses ?... Cette attitude n’a-t-elle pas été influencée par l’image de ce Liban devenue victime de ses options essentielles relatives à la cohabitation et à la concorde intercommunautaire? La vulnérabilité de cet État, cité en exemple mais aussi ignoré et souvent envahi par des riverains jaloux de sa richesse humaine, sociale et démocratique, n’a-t-elle pas pesé sur les choix de ses personnalités ? En agissant ainsi, n’ont-elles pas failli aux engagements fondamentaux et historiques du patriarcat maronite et des membres de la communauté de l’époque de l’indépendance, qui avaient tout sacrifié pour défendre bec et ongles cette sigha, complément inconditionnel d’une Constitution dont ils avaient été l’un des principaux artisans ? Ne se sont-ils pas rangés de ce fait du côté de ceux qu’ils critiquent au sein d’autres composantes du tissu sociopolitique libanais et à qui ils font assumer la dégradation d’une certaine image de l’identité nationale et la dilution de l’État et de ses institutions pour des intérêts de leurs propres groupes confessionnels? Auraient-ils oublié le contenu de l’Exhortation apostolique et les paroles de Jean-Paul II, qualifiant le Liban de terre message ? N’ont-ils pas été suffisamment prévoyants et avisés des causes et des conséquences des différents printemps arabes, de leurs retombées sur la scène politique interne et de l’attitude que les maronites devraient adopter pour assurer leur pérennité et celle de leurs partenaires au sein de la nation? Bkerké ne s’est-elle pas laissée, elle aussi, influencer par cette inquiétude communicative et limitée à une vision réaliste mais peut-être un peu trop élémentaire des droits spoliés des chrétiens et de la nécessité d’y pallier à n’importe quel prix ?
Les réponses à ces questionns ont été largement couvertes et rapportées par les différents médias. Le citoyen libanais, et le maronite en particulier, ont été déçus par ces déclarations et leurs répercussions contradictoires, qui ont révélé le positionnement des uns et des autres vis-à-vis de la nouvelle loi électorale de façon souvent mensongères et incomplètes. Le tableau n’est guère réjouissant, encore moins convaincant. À ce tournant délicat de notre histoire, les leaders maronites devraient éviter ce gâchis en décidant de moins parler, de se respecter davantage et surtout de s’unir pour mieux servir la nation, leur communauté, et Bkerké, qu’il faudrait à tout prix dégager de leurs zizanies, pour qu’elle puisse mieux assumer ses obligations paroissiales, ici et dans les pays d’émigration, et reprendre son rôle national majeur de conscience de la nation.
La société civile maronite devrait à son tour se mobiliser à la veille des législatives pour adresser à ses leaders des messages clairs et fermes. Les chrétiens du Liban en général et les maronites en particulier, doivent savoir se faire respecter en restant confiants, ouverts et actifs. Ils ont toujours été et resteront le support de cette terre de tolérance et de rassemblement : aujourd’hui plus qu’hier, ils devront être le pont incontournable de cette construction nationale qui englobe tous les partenaires sociaux. Leur interactivité avec les musulmans libanais est indispensable. Sans elle, le Liban de 1943 ne pourrait survivre, et l’histoire de cet Orient, berceau des civilisations, risquerait de perdre l’un de ses piliers fondamentaux.
Le sujet qui nous intéresse dans cet article est relatif aux concertations tenues à Bkerké pour déterminer le positionnement des formations politiques maronites vis-à-vis de la nouvelle loi électorale et le grand lynchage médiatique auquel se sont livrés certains de leurs leaders après l’adoption du projet baptisé « Loi de la rencontre orthodoxe » et les positions qu’ils ont prises conséquemment à ce choix. Sans vouloir discuter le bien-fondé de cette proposition, il serait peut-être utile d’essayer de comprendre si la vision politique et le choix stratégique étaient au rendez-vous durant ses discussions et s’ils ont guidé leurs décisions. Ou était-ce uniquement le sentiment d’être dépassé et ramené à une autre dimension nationale que celle que les maronites avaient il y a soixante-dix ans qui a...
commentaires (5)

Il n'y a pas que ce "gâchis maronite"-ci. Tout communautarisme est un Gâchis pour ce Beau Pays !

Antoine-Serge KARAMAOUN

13 h 11, le 25 mai 2013

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Il n'y a pas que ce "gâchis maronite"-ci. Tout communautarisme est un Gâchis pour ce Beau Pays !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    13 h 11, le 25 mai 2013

  • A toutes ces questions que pose Salim F.Dahdah aux maronites (composante sociale, faut le rappeler pour les aveugles ), j'en ajouterai une mais sans trop me faire d'illusions sur la réponse qui ne viendra jamais, j'en suis sûr, quel intérêt la branche maronite des fl a eu de poignarder l'accord de Bkerké sur la loi Ferzli ?, intérêt communautaire, pas perso, j'entends bien.Sinon pour l'article , il pose les bonnes questions aux interessés, peut être un peu trop de questions, il va finir par les noyer, les pauvres!

    Jaber Kamel

    16 h 03, le 24 mai 2013

  • C'est la constatation du vidage, dans les nations des alentours, de l'élément chrétien plutôt, et la certitude que ce qui s'est passé ailleurs se passera ICI... QUI AVAIT CONDUIT AU PARRAINAGE DU PROJET " Ferzliote " mais, de toute façon, l'approche à moitié du problème par nos HÉROS MARONITES... OU... MARRONS GLACÉS... OU MARIONETTES... CHEZ LES UNS ET CHEZ LES AUTRES... EMPIRA LES CHOSES ET AIGUISA LES APPRÉHENSIONS DES ALLIÉS ?, OU DES MAÎTRES ?, DE CHACUN !

    SAKR LOUBNAN

    12 h 18, le 24 mai 2013

  • Ceci est le Véritable "Libanisme" dont on serait Fier !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    11 h 24, le 24 mai 2013

  • Dans votre article deux phrases m’ont interpellé, qui a mon avis résument le « gâchis maronite » : « Une surenchère électorale sans aucune perspective nationale » « La vulnérabilité de cet Etat n’a-t-elle pas pesé sur les choix de ses personnalités » A qui donc profite ce suicide politique ?

    Nadine Naccache

    10 h 10, le 24 mai 2013

Retour en haut