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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Le danger de l’irrationnel

Nous autres Libanais avons un grand talent pour faire l’autruche. C’est la tête enfouie dans le sable de nos plages que nous râlons après nos responsables, l’incompétence et l’impéritie généralisées, le fait que rien ne marche, que le pays accueille dans le désordre plus de réfugiés qu’il n’en peut contenir, que dans les régions misérables la misère s’ajoute à la misère et la rancœur à la rancœur. Il est normal que le lourd arsenal qui circule de main en main finisse par exploser à la figure de tout le monde.
Le ministre de l’Intérieur reconnaît à demi-mot avoir mal géré l’afflux des réfugiés. Eut-il mieux valu organiser des camps pour les accueillir au lieu de les laisser s’éparpiller sans contrôle et sans assistance dans toutes les régions ? Mais les Libanais sont suffisamment traumatisés par l’idée même des camps pour accepter la création de structures de ce genre. Une fois de plus, le pays est en surchauffe. Tripoli, bien que placée depuis quelques années sous le vocable de Dieu en personne, est toujours la première à servir de soupape. Ce ne sont pas les débats grossiers, venimeux et totalement stériles de nos responsables qui calmeront le jeu.
C’est bien une guerre de religions qui s’étend vers nous depuis la Syrie, l’expression « guerre civile » étant totalement inappropriée sous nos climats qui ignorent ce que « civil » veut dire. D’emblée nous sommes dans l’irrationnel. Comment gérer ce qui se résume à des sensibilités, des croyances, des rites, des appartenances et des traditions exclusives avec les outils du réel? Le fait même de dérober l’argent public devient un acte pieux, dès lors que votre communauté vous défend, en attendant un retour d’ascenseur.
Ingérable, le Liban ? N’est-ce pas Michel Chiha qui déjà le décrivait comme un pays « qui danse au bord du gouffre sans jamais tomber » ? Sauf que cette habitude du vertige est devenue une seconde nature. À tel point que nous semblons, en tant que peuple, avoir abandonné tout effort pour faire bouger les lignes, condamner ce qui est condamnable, exiger, faire valoir nos droits, exercer nos devoirs. Bien que convalescent de sa longue guerre contre lui-même, notre pays chavire encore. Comme toujours, le pire peut arriver à tout moment. Quand nous pensons à l’avenir de nos enfants, nous le voyons ailleurs, sale habitude. Mais que faisons-nous, que donnons-nous pour les garder auprès de nous, forces vives et cerveaux brillants ? Nous soutenons en ronchonnant une classe politique qui n’a jamais su créer ne serait-ce qu’un emploi, se contentant d’exploiter la vache à traire famélique du secteur public pour gaver ses ouailles. Et gageons que si nos députés ne s’offrent pas d’office une prolongation de leur mandat, nous réélirons à peu près les mêmes, par lassitude ou par crainte (souvent justifiée) d’en voir arriver de pires.
Le Liban est un beau pays. Le Liban n’est pas un problème. Le Liban est victime de son incapacité à se penser comme le pays autonome et indépendant d’un peuple soucieux du bien collectif. Nous finirons par apprendre.
Nous autres Libanais avons un grand talent pour faire l’autruche. C’est la tête enfouie dans le sable de nos plages que nous râlons après nos responsables, l’incompétence et l’impéritie généralisées, le fait que rien ne marche, que le pays accueille dans le désordre plus de réfugiés qu’il n’en peut contenir, que dans les régions misérables la misère s’ajoute à la misère et la rancœur à la rancœur. Il est normal que le lourd arsenal qui circule de main en main finisse par exploser à la figure de tout le monde.Le ministre de l’Intérieur reconnaît à demi-mot avoir mal géré l’afflux des réfugiés. Eut-il mieux valu organiser des camps pour les accueillir au lieu de les laisser s’éparpiller sans contrôle et sans assistance dans toutes les régions ? Mais les Libanais sont suffisamment...
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