Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Changer les hommes

Molly SELWAN
La déception est grande! L’espoir, longtemps brandi comme une cuirasse opposée à tous les revirements et au défaitisme des responsables, s’amenuise. Il s’estompe, atteint par autant de coups de lance et de coups fourrés donnés dans cette joute implacable des partis en place. Blessée par ce manque de patriotisme, notre confiance est mise à rude épreuve. On a beau vouloir l’ignorer, la réalité nous poursuit et nous traque jusque dans nos derniers retranchements. Elle s’impose à nous avec sa sombre platitude, une lapalissade triste à en pleurer... La seule, l’unique certitude de l’incapacité des Libanais à s’entendre entre eux, alors que l’évidence du manque d’autonomie apparaît au grand jour. En cette période de confusion, entre l’instabilité politique, les menaces terroristes, la débâcle économique et les grèves sociales, le monde semble se projeter dans le chaos.
Si l’évolution doit se faire, il ne suffit pas de changer la manière et le système, il nous faut changer les hommes. Le peuple libanais est fatigué des partis supposés le diriger. Le peuple n’a plus confiance en ses ministres. Le peuple ne veut plus de ces mêmes députés qui reviennent à chaque législative, reproduisant ainsi la même politique et, par analogie, les mêmes fautes. Il nous faut changer les hommes à travers des suffrages qui n’incitent pas les électeurs à choisir une liste, mais un nom avec sa valeur intrinsèque. Les chefs de liste font un chantage en choisissant eux-mêmes leurs futurs colistiers éligibles (sur une base propre à leurs intérêts), qui seront élus ipso facto. Changer l’homme, c’est changer une forme de vote, celle qui défavorise la valeur personnelle aux dépens d’un parti imposé.
Changer l’homme, c’est avoir le courage de choisir des ministres compétents, sur une base de technicité de connaissance et d’intégrité morale, non sur une base communautaire ou sur base d’appartenance à un parti politique quelconque, à moins que les deux n’aillent de pair, étant donné la variété et l’étendue de la composante du tissu libanais. Il nous faut éliminer cette mentalité qui veut que l’on assujettisse les ministres à une politique servile d’alliance extraterritoriale, à travers laquelle le souci du citoyen se perd en vain.
Le problème d’indépendance auquel est en butte notre pays nous interpelle, et nous sommes rattrapés par la conjoncture: un parti libanais d’obédience étrangère se permet de combattre dans un pays voisin, malgré la décision de distanciation du gouvernement libanais... Le président Sleiman se trouve donc face à une insubordination. Quelle attitude compte-t-il adopter? D’un autre côté, comment expliquer le fait que le Hezbollah participe à un gouvernement dont il n’applique pas les décisions ? Pourquoi y participer, sachant que, face à une situation similaire, il va de nouveau négliger l’intérêt du Liban pour celui de l’Iran? À travers ce cas de figure, l’État se retrouve otage d’un parti politique armé devant lequel plient les règles et les lois. Le président de la République essaye autant que faire se peut de modérer l’effet nocif des armes en faisant des déclarations ici et là après chaque infraction. Il a même établi le manifeste de Baabda, dont la proclamation fut approuvée par tous les partis à l’unanimité. Mais cela suffit-il pour prendre un nouveau départ? La nouvelle déclaration ministérielle évoquera-t-elle la triangulation sacro-sainte État-armée-résistance dont l’efficacité depuis un certain temps, comme le triangle des Bermudes, s’applique à faire disparaître tout ce qui peut se rapprocher de la résistance, jusqu’à l’État libanais lui-même?
Si le pouvoir vient du peuple, le nouveau gouvernement devra être issu de la société civile, pas encore corrompue par les turbulences de la politique. Un gouvernement de jeunes technocrates, qui insufflerait un esprit nouveau à notre pays et relancerait l’économie. Quant aux armes, qu’elles demeurent là où elles sont, sans qu’il en soit mention dans les décisions gouvernementales. Le peuple, dans toutes ses branches communautaires, possède des éléments honnêtes et sages parmi les citoyens, pourquoi ne pas faire appel à eux? Il est temps que l’individu soit apprécié à sa juste valeur. Si le Hezbollah est un cas particulier dans la trame du tissu local, il lui faut donc une attention spécifique, et il ne peut en aucun cas être considéré comme un simple parti politique et participer au gouvernement. La confirmation en est rapportée dans le livre de cheikh Naïm Kassem Hezbollah dans la page 270: «... Le refrain concernant la libanisation du Hezbollah ou son intégration dans la vie politique interne n’est qu’une façon de réclamer l’abandon de ses constantes et de la priorité de la résistance...»
Le Conseil des ministres devrait adopter une loi statuant sur la situation politique et militaire du Hezbollah. La promulgation d’une telle loi par la Chambre des députés poserait les limites à ne pas enfreindre par rapport à l’État, étant donné qu’il n’existe pas trace d’une résistance dans notre Constitution.

Molly SELWAN
La déception est grande! L’espoir, longtemps brandi comme une cuirasse opposée à tous les revirements et au défaitisme des responsables, s’amenuise. Il s’estompe, atteint par autant de coups de lance et de coups fourrés donnés dans cette joute implacable des partis en place. Blessée par ce manque de patriotisme, notre confiance est mise à rude épreuve. On a beau vouloir l’ignorer, la réalité nous poursuit et nous traque jusque dans nos derniers retranchements. Elle s’impose à nous avec sa sombre platitude, une lapalissade triste à en pleurer... La seule, l’unique certitude de l’incapacité des Libanais à s’entendre entre eux, alors que l’évidence du manque d’autonomie apparaît au grand jour. En cette période de confusion, entre l’instabilité politique, les menaces terroristes, la débâcle...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut