« Il y a un degré d’optimisme prudent pour l’avenir de la recherche sur un vaccin contre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) », explique à l’AFP le Dr Carl Dieffenbach, directeur de la division sur le sida (DAIDS) à l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID).
« L’échec – annoncé en avril – du dernier essai clinique (HVTN 505) d’un vaccin expérimental contre le VIH est un revers », reconnaît-il, estimant que cela contribue à distinguer « deux axes assez clairs dans la recherche sur un vaccin ».
Le premier est le suivi de l’essai clinique avec un vaccin expérimental (RV144) mené en Thaïlande en 2009 qui a été le premier à montrer une certaine efficacité avec un taux d’immunisation de 31 %. « Nous avons cherché ces deux dernières années à déterminer les raisons les plus probables qui font que ce vaccin a fonctionné chez certains des sujets et maintenant nous travaillons avec les laboratoires (français) Sanofi Pasteur et (américain) Novartis pour préparer un vaccin qui sera testé en Afrique du Sud en 2014 », précise le chercheur.
La seconde direction de recherche porte sur la découverte de deux puissants anticorps en 2010 « qui pourrait aboutir à l’élaboration d’un vaccin expérimental d’ici à 2018 si tout va bien », dit le Dr Dieffenbach. « Ces deux anticorps sont tellement puissants que leur seule combinaison peut littéralement anéantir – en culture de laboratoire – toutes les souches du virus VIH en circulation dans le monde », souligne-t-il.
Ces anticorps présentent également l’avantage d’être efficaces avec une concentration contenue dans un vaccin, relève-t-il. Mais le problème avec ces anticorps, c’est qu’ils sont rares puisque seulement 10 à 20 % des personnes infectées par le VIH en produisent.
« La recherche se concentre donc actuellement sur l’élaboration d’immunogènes » – des substances capables de provoquer une réaction immunitaire – « qui pourront déclencher la production de ces anticorps en concentration suffisante chez les personnes vaccinées », poursuit le Dr Dieffenbach.
« La première étude clinique préliminaire pour tester ces nouveaux immunogènes pourrait démarrer d’ici un an à un an et demi », indique-t-il. Ce scientifique juge ainsi « ces recherches assez largement prometteuses pour concevoir ces immunogènes et les tester chez des sujets non infectés » pour voir s’ils peuvent déclencher la production des deux anticorps (contre le VIH).
« Chez des personnes déjà infectées, ces anticorps sont inefficaces, mais s’ils étaient présents chez des sujets sains exposés au VIH, il y a de grandes chances qu’ils empêcheraient l’infection », dit-il.
Le Dr Dieffenbach explique la grande difficulté de développer un vaccin contre le VIH par le fait que contrairement à toutes les autres infections comme la variole ou le virus Ebola, il n’y a aucune immunité développée naturellement chez certains sujets. « Il n’existe aucun cas documenté de personne infectée avec le VIH qui a spontanément éliminé son infection », relève-t-il.
« On cherche ainsi à produire un vaccin capable de produire une immunité jamais produite naturellement et c’est le défi auquel nous sommes confrontés », explique le chercheur notant « la grande complexité et diversité du VIH qui est très lent à dévoiler ses secrets ».

