Chercher les rébus dans les images enchevêtrées...
Tout nouveau, tout beau, l’espace 392Rmeil393 se taille une catégorie à part. Situé dans les jardins d’un palais «sursockien» adjacent, un charmant pavillon en pierre et sa végétation alentour accueillent désormais des expositions d’artistes, mais aussi une plateforme, un forum, une voix, un lieu dédié aux talents émergents qui n’ont pas frayé leur chemin dans le réseau des espaces commerciaux traditionnels ni dans celui des lieux alternatifs et intellectuels. C’est ainsi que l’a voulu son concepteur Alfred Sursock Cochrane, épaulé par l’organisatrice d’événements artistiques et artisanaux Nayla Bassili et par le curateur George H. Rabbath.
Premiers événements accueillis: une conférence de Haroun Farouqi, dans le cadre du Hay Festival Beirut, et, actuellement, une exposition de Tarek Chemaly qui présente huit grands panneaux de pop art aux couleurs explosives.
Ingénieur agricole et économiste de l’environnement, Chemaly affirme s’être «recyclé» en consultant en communication et conférencier d’université dans le domaine publicitaire. Artiste conceptuel à tendance pop ayant exposé dans plusieurs pays, blogueur invétéré (Beirut/NTSC), poète, écrivain et journaliste depuis 1992. Sur son blog, créé en 2007, il traite de divers sujets de société avec un œil et une langue (anglaise) très critiques. Il parle beaucoup de publicité, mais aussi des «murs murs de la ville» ou des «murmures des murs qui racontent les histoires de la ville».
«Le diable se niche dans les détails», affirme l’artiste, en parlant de ses « collages » pop art et de ses superpositions kitschissimes. Dans le titre d’un jingle de radio, les courbes d’une voiture, la ligne d’une pin-up, un paysage marin, un poster des années soixante, des affiches de cinéma égyptien... Nostalgie? Plutôt l’opposé, en ce qui concerne Chemaly qui critiquerait ici les doléances de certains compatriotes sur l’âge d’or de Beyrouth. Explications: «Quand les gens se voient refuser un avenir, ils se tournent obligatoirement vers le passé et le voient alors en rose. En l’embellissant et en ruminant sur le “bon vieux temps”. Mais, sous ce rose sirupeux (comme la barbe à papa) se cachent tous les monstres méconnus du passé qui viennent ramper à la surface pour nous hanter dans nos souvenirs romancés.»
Beyrouth SECAM (Still Endlessly Chaging Against Memory) est donc une invitation à regarder sous la surface, à gratter le vinyle (rose) du souvenir sublimé. Et à rechercher les détails qui clochent, annonciateurs du présent empêtré dans la grisaille. «En jouant sur les visuels stéréotypés, de préjugés sexistes et des images kitsch, mon travail est une recherche pour contester le récit de l’histoire. Cette histoire vue aujourd’hui à travers des lentilles asymétriques», conclut Tarek Chemaly. Les souvenirs, mêmes déformés, ne pourraient-ils pas constituer une des bases de notre mémoire collective ? À méditer devant les images fluos et les enchevêtrures de Beyrouth/SECAM.
Gemmayzé, rue Gouraud, allée Berberi. Jusqu’au 1er juin. De 11h à 19h. Tél. 03-242193.

