La ministre autrichienne des Finances Maria Fekter et son homologue luxembourgeois Luc Frieden. Georges Gobet/AFP
Les ministres étaient appelés à se prononcer sur la révision d’une directive européenne sur la fiscalité de l’épargne, en souffrance depuis 2008. Elle prévoit l’échange automatique d’informations sur les intérêts versés à des personnes physiques non résidentes. La Commission souhaite la renforcer et en étendre le champ d’application, notamment à l’assurance-vie.
L’Autriche et le Luxembourg, qui bloquent le texte depuis plusieurs années afin de préserver leur secret bancaire, n’ont pas complètement levé leurs restrictions, contrairement à ce qu’espéraient leurs partenaires. Or l’unanimité est requise au sein des 27 sur les sujets fiscaux. « Nous pourrons donner notre accord, mais pas aujourd’hui », a déclaré l’Autrichienne, Maria Fekter. Son homologue luxembourgeois, Luc Frieden, a dit qu’il ne pouvait « pas donner le feu vert » à la directive pour le moment. Les deux ministres ont expliqué leur refus par l’exigence d’une « égalité de traitement » avec les pays non membres de l’UE dans la mise en œuvre des mesures prévues par la directive. Mme Fekter a expliqué que son pays ne souhaitait pas qu’on puisse « aller plus loin en Europe si les négociations avec les pays tiers ne sont pas ambitieuses », car « il faut une harmonisation ».
Dans cette optique, le Luxembourg et l’Autriche ont donné leur feu vert à un mandat confié à la Commission européenne pour renégocier les accords fiscaux avec la Suisse, Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Liechtenstein. Ils étaient les seuls pays à s’y opposer. Un accord a donc été trouvé sur ce point. Le commissaire européen chargé de la Fiscalité, Algirdas Semeta, s’est dit « très déçu » de l’absence de consensus pour adopter la directive sur la fiscalité de l’épargne. C’est « un accord que nous aurions dû conclure aujourd’hui », a-t-il regretté. « Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas laisser nos progrès au sein de l’UE dépendre de nos progrès avec des pays tiers ».
M. Semeta espérait capitaliser sur un fort élan dans l’opinion publique, en particulier après les révélations
d’OffshoreLeak sur des détenteurs de comptes dans des paradis fiscaux. Bruxelles veut notamment pouvoir s’attaquer aux sociétés écrans qui dissimulent le réel bénéficiaire des fonds soustraits au fisc. Le ministre français, Pierre Moscovici, avait expliqué avant la réunion qu’avancer sur cette question était « à la fois un impératif moral et un problème de finances publiques ». Il y a « cette urgence parce que l’opinion publique le demande, que la crise est là, que ces comportements sont devenus inacceptables ».
Mais malgré les réticences de l’Autriche et du Luxembourg, le front européen se renforce en faveur d’un partage automatique des données fiscales. Cinq grands pays, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Espagne, avaient demandé il y a un mois à la Commission européenne la mise en place d’un « Fatca » européen, sur le modèle de la loi américaine qui permet d’obtenir toutes les informations sur tous les comptes bancaires, les placements et les revenus à l’étranger de tous les contribuables américains. Ces pays ont été rejoints par huit autres, qui ont insisté mardi dans un communiqué commun sur la nécessité d’une « norme globale pour l’échange automatique d’informations couvrant un large éventail de revenus et d’entités ». Il s’agit de la Belgique, la République tchèque, l’Irlande, des Pays-Bas, la Pologne, du Portugal, la Roumanie et la Slovaquie. Selon une source européenne, le Danemark, la Finlande, la Suède et la Slovénie seraient également prêts à rejoindre le mouvement, isolant un peu plus Vienne et Luxembourg.
(Source : AFP)

