Après le ministre de l’Intérieur, c’était hier au tour du ministre de l’Énergie et de l’Eau, Gebran Bassil, de se rendre au siège de l’ordre des rédacteurs pour un entretien informel avec les journalistes. Avec son franc-parler habituel et son côté fonceur, Bassil répond à toutes les questions sans détour. Il ne cherche pas à plaire, mais à expliquer et à être franc avec les Libanais. Il ne craint ainsi pas de dire que cet été, le courant électrique ne sera pas fourni 24h sur 24, même s’il promet une amélioration. Et c’est avec la même franchise qu’il annonce que pour le Courant patriotique libre, le meilleur, c’est l’adoption du projet orthodoxe, le pire, la prorogation du mandat du Parlement. Entre les deux, il y a d’autres choix, mais le CPL participera aux élections quelle que soit la loi...
Il y a tant de sujets à évoquer avec le ministre Bassil que l’on s’y perd un peu. Non seulement il est à la tête d’un ministère devenu fondamental depuis que l’on parle de gisements gaziers au large de nos côtes, mais il est aussi au cœur des tractations pour une nouvelle loi électorale et pour la formation d’un nouveau gouvernement. Il s’est même rendu à Meerab pour une rencontre avec le chef des Forces libanaises. Et c’est par là que les journalistes présents ont voulu commencer.
Selon lui, cette rencontre n’a pas eu lieu pour la forme, ni dans une circonstance particulière. Elle va beaucoup plus loin et elle est dictée par la conscience d’un danger intérieur programmé et extérieur visible, avec l’enlèvement des deux évêques et les attaques contre les églises. La lutte contre ce danger n’est pas dans le repli sur soi, mais dans l’ouverture sur la base de l’obtention de nos droits. « Nous souhaitons préserver le Liban dans sa double composante chrétienne et musulmane, et nous avons besoin d’être rassurés par nos partenaires musulmans. La loi électorale est un des moyens essentiels pour confirmer la présence chrétienne et la véritable participation. C’est donc ce sujet qui a poussé à la tenue de la rencontre de Meerab. » Gebran Bassil a ajouté que le projet orthodoxe n’est pas celui du CPL ni des Forces libanaises. « Nous ne voulons pas qu’une partie marque des points sur les autres ou qu’une autre se sente lésée. Nous parlons de donner à chaque composante du tissu social libanais ses droits. Nous ne cherchons pas à profiter d’un contexte précis, et cette rencontre n’est pas dirigée contre d’autres composantes libanaises. Nous voulons simplement que chacune ait ses droits, et à nos yeux, le projet orthodoxe le fait, sans nuire à personne. »
Interrogé sur les critiques adressées au CPL d’entraver la formation du gouvernement, Gebran Bassil a répondu que le CPL fait toujours l’objet de critiques car il cherche à récupérer des droits que personne au fond ne veut donner. Le jour où il réclamera des privilèges, les critiques seront justifiées. Mais tel n’est pas le cas. Selon lui, au sujet du gouvernement, le CPL réclame un cabinet d’union nationale où chaque composante sera représentée selon son poids au Parlement. « On a commencé à parler de gouvernement neutre, non politique, mais comment un tel gouvernement pourrait-il mener le pays dans une étape aussi particulière ? Ensuite, on a parlé de noms non provocateurs. Qu‘est-ce que cela signifie ? » s’est demandé le ministre. On encore affirmé que le prochain gouvernement devrait être chargé d’organiser les élections. Mais comment peut-on former un tel gouvernement, alors que nous ne sommes toujours pas d’accord sur la future loi électorale ? De plus, si un problème survenait, le gouvernement ne pourrait-il pas le traiter puisqu’il est chargé des élections ? Ne doit-il pas non plus régler le plus grave problème actuel, celui de l’afflux de déplacés syriens ? » Gebran Bassil a aussi affirmé qu’il comprend que le CPL était exclu du gouvernement du temps de la tutelle syrienne, mais pourquoi veut-on encore l’exclure aujourd’hui ? Il a précisé que son camp a donné un signe de bonne volonté en désignant Tammam Salam à la tête du gouvernement car il est conscient de la gravité de la situation. Mais cela ne signifie pas qu’il doit tout accepter sur le plan de la formation du gouvernement. Il a rappelé, dans ce cadre, que le CPL est toujours pris pour cible. C’est comme s’il y avait une décision pour l’empêcher d’avoir des postes au sein de l’administration. Le gouvernement Mikati avait ainsi préparé 179 noms pour remplir les postes vacants au sein de l’administration, selon le mécanisme en vigueur. Ils n’ont jamais été nommés parce qu’il y avait parmi eux des aounistes...
Le ministre a ensuite répondu aux accusations portées contre le CPL et le 8 Mars de retarder la formation du gouvernement et d’entraver l’adoption d’une nouvelle loi électorale en disant : « Le pire pour nous, c’est la prorogation du mandat du Parlement. Pourquoi voudrions-nous prolonger l’existence d’un Parlement au sein duquel nous sommes minoritaires ? Sans parler du fait que nous sommes avec la démocratie et le fonctionnement des institutions. »
Au sujet du bateau Fatmagül Sultan, Gebran Bassil précise qu’il en parle pour la première fois dans la presse. Il affirme ainsi que ce sujet a été amplifié dans les médias. Ce qui s’est passé, c’est que le bateau est tombé en panne. Mais l’État libanais n’a pas loué le bateau. Il achète simplement le courant électrique qu’il produit, tout en fournissant le fuel nécessaire pour cela. Si le bateau ne remplit pas sa part du contrat, il y a une clause pénale qui le contraint à verser des indemnités si, en un an, il ne fournit pas 93 % du courant acheté par l’État. L’État libanais ne perd donc rien. Les responsables du bateau ont dit que la panne était due au fuel. Nous avons vérifié, et le fuel acheté par le Liban en 2006 répond aux critères normaux. S’il faut le changer pour des raisons propres au bateau, le Liban ne paiera pas un centime de plus que ce qui est prévu dans le contrat. Il n’y a donc pas de scandale et le contrat est bétonné. Mais il est certain que je ne promets pas le courant 24h sur 24 cet été ni même l’été prochain. Je me suis engagé à le fournir en 2015 et je m’en tiens à cette promesse. À ce moment-là, les Libanais économiseront 3,5 milliards de dollars qu’ils versent actuellement aux générateurs. Mais cet été, il y aura forcément une amélioration en dépit de l’augmentation de la consommation due à la présence de déplacés syriens.


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Exclamations : LE MEILLEUR ! LE PIRE ! = " LE MEILLEUR PIRE " !
12 h 11, le 10 mai 2013