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Nos lecteurs ont la parole

Je ne suis pas curieux...

Louis INGEA
...Mais je voudrais savoir pourquoi la barge turque recèle des points noirs.
Mieux vaut chanter que déchanter, n’est-ce pas?
Et, sans doute, signaler la chose à la troupe de nos comédiens-diseurs afin qu’ils en tirent une saynète qui fera plus de bien aux spectateurs que les promesses fumeuses des propriétaires de Fatmagül Sultan et de leurs acolytes locaux.
J’écris à la lueur de la chandelle. Parce que, en dehors du périmètre de la capitale et dans les cas de pannes (fréquentes) du générateur, il nous reste heureusement la pâle mais chaude lumière d’une bougie. De quoi vous pousser à la rêverie, sinon vous souffler quelques considérations sur les conditions de notre existence au Liban, en ce XXIe siècle.
En ce moment, je n’ai que des idées... noires, forcément. Et forcément aussi me viennent à l’esprit toutes sortes de rumeurs dont ne sont pas avares mes concitoyens.
Je ne peux rien affirmer évidemment. Il n’empêche que d’aucuns restent, si l’on peut dire, au courant. Et ceux-là racontent, avec un sourire entendu, que la grande barge, couchée comme une hétaïre sur nos vagues bleues, n’en est pas à sa première mésaventure.
Car elle revient de loin, dit-on. De l’un de ces pays du tiers monde où l’on patauge encore, à côté d’une réserve bien protégée de fusées atomiquement équipées (et fleuries, là je ne sais comment) dans une obscurité savante qui requiert, paraît-il, un courant électrique d’appoint. Là-bas aussi, un ministre en exercice aurait concocté le déplacement de la coquette cocotte. Imaginez la suite!
«Mouillant» face au rivage, elle perd, semble-t-il, son énergie accumulée avant de «mouiller» certains parmi ses hôtes.
Ici, on était censé ignorer l’arnaque. La coquine, de son côté, qui n’en est pas à sa première déconvenue après des décennies de services plus ou moins malheureux, a vite fait de se découvrir, toujours dans le tiers monde, une énième cruche. Le Libanais est riche et rompu aux combines. Si conditions détaillées il y avait, il en a vu d’autres. Comme, par exemple, le fait de devoir expédier un échantillon du fuel d’alimentation pour examen et certificat officiels. Voyons! Seul l’échantillon est requis. Pas la vraie marchandise soigneusement entreposée dans ses cuves.
Les dindons que nous sommes pourront ainsi glouglouter à l’aise pour digérer l’énigme. Elle n’est, en tout cas, pas bien difficile à
deviner.
Au petit matin, pour me consoler, j’ai braqué ma paire de jumelles pour admirer, de loin, l’objet du délit. Curieux! Ça darde en l’air, par-dessus le pont supérieur, six cheminées à gauche et seulement cinq à droite. Et je me suis demandé, tout penaud: six et cinq font onze ou font... tonze?
Sauf que la barge est toujours là et l’opération momentanément suspendue.
Me vient alors d’un coup la navrante constatation anecdotique tant de fois entendue: l’opération a réussi... mais le malade est mort.
Dans nos habitudes orientales, on enterre prestement les cadavres. Combien de temps nous faudra-t-il pour embaumer et ensevelir celui-là?

Louis INGEA
...Mais je voudrais savoir pourquoi la barge turque recèle des points noirs.Mieux vaut chanter que déchanter, n’est-ce pas? Et, sans doute, signaler la chose à la troupe de nos comédiens-diseurs afin qu’ils en tirent une saynète qui fera plus de bien aux spectateurs que les promesses fumeuses des propriétaires de Fatmagül Sultan et de leurs acolytes locaux.J’écris à la lueur de la chandelle. Parce que, en dehors du périmètre de la capitale et dans les cas de pannes (fréquentes) du générateur, il nous reste heureusement la pâle mais chaude lumière d’une bougie. De quoi vous pousser à la rêverie, sinon vous souffler quelques considérations sur les conditions de notre existence au Liban, en ce XXIe siècle.En ce moment, je n’ai que des idées... noires, forcément. Et forcément aussi me viennent à l’esprit...
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