Un simple gouvernement d’intérim qui aurait pour unique fonction d’assurer le bon déroulement du scrutin législatif dans les mois à venir me semble être une idée inadaptée à la situation dans laquelle nous sommes. En effet, il me paraît absurde de trouver, pour une crise politique, une solution apolitique. Il est impossible de répondre à des questions de fond par un remède neutre et superficiel qui ne ferait que survoler les besoins vitaux à l’équilibre de notre pays. S’agit-il de pallier les problèmes économiques et sociaux avant même de construire la base de la vie en communauté?
Il faut s’efforcer de redonner une dignité à la fonction et non pas fuir les responsabilités. Certes, le chantier est énorme, mais ce n’est pas une raison pour se contenter de distribuer des sucettes sociales afin de faire taire le peuple. C’est un appel à la préparation d’un gouvernement de rassemblement national; le moment est venu de franchir une nouvelle étape et de se placer résolument au-dessus de toutes les tensions partisanes, à un moment où il faut dialoguer avec les Libanais et réfléchir au-delà de toutes les contraintes qui obscurcissent la vision de la construction d’un Liban unifié.
À force d’être gouvernés par un cheptel incompétent de fiers-à-bras, les Libanais se retrouvent aujourd’hui empêtrés dans une sorte de fange qui souille à l’usure le moral des citoyens. La vie politique libanaise revêt de plus en plus l’aspect d’un défi à l’intégrité. Le besoin est urgent d’avoir un nouveau gouvernement capable de réfléchir à des propositions concrètes, à des mobilisations collectives, de capitaliser tous les combats passés et actuels qui s’inscrivent dans une démarche de changement de la conception même de la politique au Liban. Il est urgent pour nous de créer une caisse de résonance qui puisse déboucher sur des buts futurs. Il est urgent d’intégrer les notions de participation, de contrôle, de transparence, de l’intérêt général dans la politique libanaise. Nous assistons à une corruption perpétuelle et continue ainsi que ponctuelle avec un lot d’affaires qui éclatent, entachant de plus en plus la crédibilité des « élites » politiques du pays. Ces affaires, documentées et instruites, aboutissent à de rares condamnations, et leur retentissement permet d’améliorer, au moins relativement, un certain nombre de mécanismes. Mais en soi, ces affaires ne parviennent pas à faire aboutir à un changement radical du système. Ce qui nous pousse à dire que la corruption n’est pas un épiphénomène, sorte de dérive marginale que l’on pourrait esquiver. C’est en grande partie la raison pour laquelle les Libanais semblent attirés par l’idée d’un gouvernement de technocrates. Mais le danger est de choisir par défaut. Car la corruption n’est pas un fléau propre à la politique, mais un fait social qui existe dans toutes les sphères de la société, y compris chez les technocrates et autres énarques. Il est facile de se faire acclamer en jetant l’anathème sur les gouvernements. Toujours est-il que la politique reste un des moyens dignes; elle nous permet de construire et penser un avenir meilleur. Essayons de saisir cette chance de construire ensemble un gouvernement pour tous qui puisse redonner au peuple confiance en ses dirigeants.
Le véritable enjeu réside dans la revalorisation des portefeuilles ainsi que dans les objectifs du prochain gouvernement. Il ne faudrait pas oublier que l’un des dossiers les plus chauds du moment est celui de la loi électorale.
Nous avons si longtemps été occupés que l’on se retrouve déboussolés dès qu’il s’agit de prendre en main notre propre avenir. Par où commencer? Il s’agit là d’une chance pour nous de décider, exploitons cette opportunité qui se présente, et que nous avons si ardemment voulue, de faire nos propres choix, sans nous soucier des conjonctures et des intérêts extérieurs. Ce n’est pas le moment de se ramollir, mais de saisir cette opportunité à bras-le-corps en affirmant ses aspirations politiques. Je dis bien politiques et non pas techniques! Nous voulons un gouvernement qui nous apprenne à nous gouverner nous-mêmes. Si mauvaise que puisse être la politique, il serait encore pire de la supprimer. Faire du gouvernement une simple administration technique me semble bien réducteur; un gouvernement est une affaire de personnalité, de poigne.
Il serait donc grand temps de se défaire des slogans rassembleurs et des grandes idées révolutionnaires que l’on entend de tous bords et qui ne servent malheureusement que de bouche-trous, donnant l’illusion au peuple d’être écouté alors que les vrais problèmes restent enfouis au fond d’un tiroir que personne n’a le courage d’ouvrir.
J’ai envie de dire: au boulot!
Joy AZZI


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