Mais que se passe-t-il? Une phase aurait-elle grillé chez les responsables? Auraient-ils tous disjoncté? C’est une histoire de fous. On pourrait aller ainsi de question en supputation à l’infini, sans jamais obtenir de réponse probante, sauf que ce qui nous arrive est de notre faute.
J’éviterais, quoique l’envie m’en démange follement, de faire comme les petits enfants en tapant du pied sur le sol «Na! C’est bien fait», on a ce qu’on mérite.
Non, les Libanais ne méritent pas ce qui se passe, je ne crois pas que Beyrouth soit Sodome ou le Liban Gomorrhe. Que les agissements de ce peuple qui n’aspire qu’à vivre en paix, dans le calme et la sérénité, aient provoqué quelque part l’ire de Dieu.
Même si, par la docte bouche de quelques esprits chagrins, la faute est tout de go rejetée sur le peuple: «C’est vous qui les avez élus», comme pour clore une fois pour toutes le débat.
Inutile de ressasser le passé et ses erreurs. Remuer le couteau dans la plaie ne servirait à rien, quoique le passé soit une école pour mieux appréhender l’avenir. Encore faut-il ouvrir les yeux et accepter un verdict qui saute aux yeux. Celui de la déconfiture la plus totale d’une classe politique qui a toujours refusé de voir plus loin que le bout de son nez, s’accrochant à quelques prérogatives, se battant comme des chiffonniers, qui pour un siège de plus à l’Assemblée nationale, qui pour tirer à soi la couverture, alors que le navire est sur le point d’être sabordé, faute de capitaine.
Faute de capitaine? Quelle blague, il n’y en a que trop. Officiellement ils sont trois. Mais l’arbre cache la forêt. Combien n’y en a-t-il pas qui, sans paraître sur le devant de la scène, influencent le cours des choses, entre autres certains ambassadeurs, qui soufflent avis et conseils, sous forme d’instructions.
Ce n’est pas les offusquer si, en retour, nous avions exigé, pour obéir à leurs injonctions, un armement adéquat et pour notre armée et notre police. Cela aurait sans doute mis le pays à l’abri des aléas que nous vivons.
Véritable arche de Noé qu’est devenu notre Liban, sauf que l’arche est arrivée à bon port alors que nous avons beau scruter l’horizon, comme Anne nous ne voyons rien venir, sauf les vagues et des nuages noirs qui s’amoncellent au risque de nous emporter tel un fétu de paille.
Pire encore, à bord, c’est la tour de Babel, nul ne comprend le langage de l’autre, la gestuelle remplace la parole, les doigts sont fatigués à force de faire des ombres chinoises, interprétées par chacun selon son humeur ou son
affiliation.
Et l’on s’étonne que, dans cette foire d’empoigne, le parti de Dieu ait choisi de faire cavalier seul, ouvrant une large brèche dans cette coquille de noix ? Peu lui chaut que les autres trépassent, car après lui le déluge. Un déluge de fer, de feu, de misère qu’il est en train de provoquer.
Qui t’a fait roi? Et l’autre de répondre effrontément: Personne ne m’en a
empêché.
Ce n’est donc même pas à la hussarde que le Hezbollah entraîne le pays dans une aventure où il n’a que faire. Qui l’arrêtera après de longues années où, pour avoir un semblant de paix, vaquer à leurs tripotages, nos politiciens ont fait l’autruche et accepté le triptyque: armée, peuple et résistance?
Ce n’est certainement pas sur le parti de Dieu que je jette l’opprobre, mais sur ceux qui se sont crus assez malins pour noyer le poisson, en attendant qu’un moment propice se présente pour renverser la table et sortir du pétrin où ils nous ont enfoncés.
Il ne suffit pas de dénoncer sur les plateaux de télévision et à la une des journaux les chemises noires, la victoire divine de 2006, le coup de force de 2008.
Après avoir gagné les législatives de 2009, il aurait fallu ne pas l’associer au pouvoir, l’admettre dans un gouvernement dit d’union nationale – désunion est plus adéquat –, lui offrant en prime nos têtes sur un plateau en or massif, avec cette superbe trouvaille antidémocratique: le tiers de blocage.
Il aurait fait quoi? Casser la baraque? Détruitre le temple sur nos têtes? Ce pays lui appartient tout autant qu’à nous. Il aurait réfléchi à deux fois avant de prendre quelque malheureuse initiative, quoique son formidable arsenal lui permette, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, d’occuper militairement le pays.
Et après? Aurait-il fait fi de la grogne des communautés du pays, à commencer par la sienne, même s’il la tient d’une main de fer? Je ne veux pas imaginer les traquenards, les pièges, les attentats qui en auraient découlé. C’aurait été un jeu d’enfant, sanglant, que de résister à la Résistance. Les Libanais dans ce domaine furent à bonne école, on n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces.
À ce jeu, la raison du plus fort n’est pas du tout la meilleure. Mais soyons honnêtes, la majorité des parties libanaises ont fait comme la grenouille qui voulait devenir aussi grosse que le bœuf. Elles se sont immiscées dans un conflit qui les dépasse. Et c’est le pays qui risque
d’éclater.
Un retour à la table des négociations serait-il devenu inéluctable? Négocier quoi en fait? L’avenir du pays n’est pas une marchandise, le Liban n’est pas un
caravansérail.
C’est toute une mentalité qu’il faut changer, à commencer par l’accord de Taëf qu’il importe de dépoussiérer, avoir le courage de le revoir de fond en comble, aller au bout des choses, même les plus anodines, prendre à bras le corps les sujets qui fâchent, de manière à bâtir enfin une nation, avec tout ce que ce mot comporte comme obligations, et la prémunir contre les dangers qui chaque jour la guettent.
Le Liban n’est pas un pays, c’est une mission. Ceux qui ont tenté de la remplir ont été prématurément rappelés à Dieu. Mais n’empêche qu’il faut toujours garder espoir.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef