Le groupe d’organisateurs au complet.
Tout au long de ses études, le Pr Bawardi a assemblé un matériel considérable: des enregistrements vidéo, des entrevues qu’il a menées avec plusieurs familles qui ont fait leurs preuves surtout dans le secteur économique, des manuscrits rares comme les Mémoires de l’épicier originaire de Nazareth, Ameen Farah, qui a vécu à Flint, des photocopies de papiers de famille et des registres de l’Église orthodoxe d’Antioche Saint-Georges à Flint, des bulletins paroissiaux, des programmes, des annuaires, ainsi que des dossiers d’auxiliaire...
Tout ce matériel a été utilisé pour mieux cerner et comprendre comment les Arabes ont marqué de leur empreinte l’État du Michigan. Mais ce qui est intéressant dans les études du Pr Bawardi, c’est qu’elles dévoilent la diversité des origines nationales, des niveaux socio-économiques et des degrés d’acculturation des Arabes dans cet État. Selon lui, les premiers immigrants se sont identifiés en tant que Syriens, et lorsque leur pays était menacé par le colonialisme, cette identité s’est consolidée. La plupart d’entre eux étaient d’ailleurs originaires du Liban. Mais les Libanais et les Syriens ne s’excluaient pas mutuellement malgré les fausses perceptions selon lesquelles ils souffraient de sectarisme.
Se basant sur la documentation de quatre organisations politiques datant de la période allant de 1890 à la Seconde Guerre mondiale, le chercheur prouve aussi que les immigrants étaient loin de l’analphabétisme endémique comme tiennent à le répéter certains chercheurs. Les immigrants ont en effet publié des autobiographies et des articles de haute qualité. Ils commémoraient les événements majeurs. Ils ont participé au programme nationaliste qui était déjà bien ancré chez eux. Ces pionniers arabes ont donc travaillé pour combattre le sectarisme, pour concevoir des plans visant à sauver leur bien-aimée Syrie (Bilad al-Cham) des Ottomans, avant l’ère du colonialisme occidental.
Dans un nouveau livre à paraître prochainement, le Pr Bawardi propose aussi un changement de paradigme majeur en ce qui concerne la question de l’acculturation des Arabes. La plupart des spécialistes croient en effet à tort qu’ils sont devenus récemment américains arabes en réponse à l’hostilité politique après la guerre de 1967 à l’égard d’Israël et grâce au travail de certains universitaires d’origine arabe. Mais le Pr Bawardi conteste ce point de vue, évoquant « un long processus d’acculturation qui résulte d’une activité politique dès leur arrivée dans les années 1890, et qui s’est poursuivie en réponse aux crises politiques en Syrie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ». Tout cela a poussé les immigrés à déclarer leur loyauté aux États-Unis. À la fin de la guerre, ils ont retrouvé leur identité d’Américains arabes et fondé des organisations sophistiquées. Actuellement, ils sont devenus le groupe le plus influent du Michigan.


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