François Hollande et Xi Jinping ont assisté hier à la signature d’une série de lettres d’intention portant notamment sur l’aéronautique et le nucléaire civil. Bertrand Langlois/AFP
Reçu avec tous les égards par ses hôtes chinois, François Hollande a vigoureusement plaidé hier, au premier jour d’une visite de 37 heures à Pékin et Shanghai, pour un « rééquilibrage » des échanges commerciaux. Se disant « impressionné par la renaissance de la Chine » et son développement « considérable » ces 30 dernières années, le chef de l’État a cependant déploré le « déséquilibre » des échanges commerciaux qui doit être « corrigé » non par une réduction des exportations ou des investissements mais, au contraire, « en les relevant encore ».
Il « n’est pas acceptable » que les échanges avec la Chine accusent chaque année « 26 milliards d’euros de déficit », soit 40 % du déficit global du commerce extérieur français, « et ceci depuis plusieurs années », a-t-il insisté, affirmant avoir « abordé franchement la question avec le président chinois » Xi Jinping. En échange de l’ouverture du marché chinois qu’il réclame, François Hollande a toutefois promis à ses hôtes de lever « tous les obstacles, tous les freins » aux investissements chinois en France à la condition toutefois qu’ils « contribuent à la création d’emplois et à l’activité ».
Très attendu sur la question des droits de l’homme, le chef de l’État français a assuré l’avoir abordée avec ses interlocuteurs chinois mais « de manière franche et respectueuse ». « Ce n’était pas le seul but de ce déplacement, a-t-il fait valoir. Nous voulons parler du partenariat politique, de notre responsabilité à l’échelle du monde, de notre relation bilatérale, de notre présence ici, de la présence de la Chine en Europe, de la croissance. » Interrogé sur le cas particulier du prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo, emprisonné depuis 2009, le président français a simplement évoqué, sans le citer nommément, une liste de dissidents chinois établie par l’Union européenne (UE) et sur laquelle il figure.
Pékin vante traditionnellement la force de son lien avec Paris, en dépit des aléas de la relation et des crispations autour de cette question des droits de l’homme, depuis que la France du général de Gaulle a reconnu la République populaire de Chine, le 27 janvier 1964. Perpétuant cette tradition, la nouvelle direction chinoise a réservé à François Hollande la première visite d’État d’un dirigeant occidental à Pékin depuis son arrivée aux affaires le mois dernier, une marque d’égards abondamment soulignée de part et d’autre. Le chef de l’État français, qui circulait à bord d’une somptueuse limousine chinoise « Hongqi » (Drapeau rouge), a été accueilli par Xi Jinping sur le parvis du palais du Peuple, face à la place Tiananmen, avant que les deux dirigeants, réunis sous un dais de velours rouge, ne passent en revue une garde d’honneur, tandis que retentissaient 21 coups de canon et les hymnes nationaux.
Au second plan se tenaient les délégations dont la Première dame chinoise, la chanteuse populaire Peng Liyuan, qui a rang de général dans l’armée chinoise, et Valérie Trierweiler, compagne du président français. « Un proverbe français dit : “Vieille amitié ne craint pas la rouille” », a assuré Xi Jinping, souhaitant des « relations bilatérales encore plus étroites, plus saines et plus dynamiques. »
Toujours au chapitre économique, MM. Hollande et Xi ont assisté à la signature d’une série de lettres d’intention portant, dans l’aéronautique, sur l’achat de 60 Airbus par des compagnies chinoises et, dans le nucléaire civil, sur un projet de construction d’un centre de retraitement des déchets nucléaires similaire à celui de La Hague et une nouvelle tranche de la centrale chinoise de Taishan. D’autres accords ou contrats ont concerné des secteurs reflétant l’évolution du mode de vie chinois : le développement urbain durable, l’agroalimentaire, la santé et l’économie numérique.
Auparavant, François Hollande avait visité une entreprise française, Bernard Controls, qui fabrique à Pékin des équipements destinés à l’industrie nucléaire, pétrolière ou gazière. Cette ETI (entreprise de taille intermédiaire) est l’exemple même des entreprises que la France entend promouvoir sur les marchés extérieurs, à l’image des PME et ETI qui font la force de l’économie allemande.
Après un dîner d’État formel hier, un déjeuner réunira aujourd’hui les deux couples présidentiels. Il s’agit de nouer un « lien personnel » et une « relation de confiance entre eux », explique-t-on de source française.
François Hollande, qui est accompagné de huit ministres, s’envolera ensuite pour Shanghai, la capitale économique de la Chine. Il souhaite, a-t-il dit, que les rencontres franco-chinoises au sommet aient lieu désormais chaque année, alternativement en Chine et en France. L’invitation à Xi Jinping est déjà lancée.
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