Alors que les spectateurs nous prodiguaient des conseils, nous étions assiégés sous le feu des orgues de Staline et les couteaux des loups.
La guerre syrienne est encore plus dévastatrice. Tout le monde s’y jette à cœur joie; les uns arment, les autres financent, les troisièmes échafaudent des plans géostratégiques, les quatrièmes jouent de realpolitik pour profiter de la conjoncture et il y a malheureusement ceux qui reçoivent les coups, c’est-à-dire la population syrienne, sous les bombes et sous les tentes, et les pays limitrophes, principalement le Liban et la Jordanie, qui ont des structures d’accueil limitées et à qui ceux qui financent à coups de milliards cette guerre ne jettent même pas des miettes.
Quand certaines parties ont sonné le signal d’alarme, disant qu’il fallait réglementer le flux de réfugiés à travers les frontières, d’autres, bien sûr d’un bord politique différent, ont crié au scandale raciste et sectaire. Le résultat est désastreux: le Liban va accueillir deux millions de réfugiés. On peut ne pas être du même bord politique mais au moins être patriote et pouvoir se mettre d’accord sur des questions vitales. Deux millions de réfugiés représentent 50 % de la population du Liban.
Quand le patriarche maronite a prévenu que faire tomber le régime syrien par la violence, vu les dangers de radicalisation de la crise, des voix se sont élevées et continuent de s’élever pour décrier cette attitude alors qu’elle s’est avérée judicieuse puisque les États-Unis, la France et même l’Arabie saoudite réalisent maintenant le danger des groupes extrémistes s’ils accédaient au pouvoir. Un pouvoir qui représenterait un danger pour toutes les communautés, mais en premier lieu pour les communautés chrétiennes; n’ont-ils pas, lundi 15 avril, perpétré un attentat contre une église à Deir ez-Zor après s’être attaqués aux églises de Homs, de Sayednaya et autres?
L’argent qatari peut tout s’acheter, des palaces parisiens aux hommes. Quand certains, aveuglés, diabolisent l’armée nationale, ils ne comprennent pas que c’est le dernier rempart contre la violence au Liban et que si l’on touche à ce dernier rempart, il ne restera plus de donjon pour défendre le dernier carré de personnes qui croient en l’humanité.
Quand pour des calculs à courte vue ils favorisent le fanatisme au lieu d’œuvrer à la concorde entre les communautés ou au moins à la tolérance si la concorde est impossible, ils plantent le dernier clou dans le cercueil du Liban.
Si nous voyons actuellement la fin de la Syrie que nous connaissions, ne nous laissez pas voir la fin du Liban que nous connaissons.
Éloignez, Seigneur, de nous ce calice.
Joseph W. ZOGHBI


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