Les délais constitutionnels sont suspendus. Une épée de Damoclès qui comme les serpents siffle sur nos têtes ; et chacun d’y aller de sa trouvaille. Quelle est la différence entre suspension et prorogation ?
Peut-on suspendre une grossesse et la faire repartir sur commande ? Quelque chose ne tourne pas rond dans l’esprit de nos édiles. Et dire qu’ils avaient non neuf mois, mais quatre années pleines pour triturer leurs méninges et pondre une nouvelle loi électorale, qui viendrait combler de bonheur l’ensemble des parties en présence.
Je ne sais pas si ces messieurs savent que le mot élection sous-entend compétition, concurrence, choix. Que quoi qu’il advienne il y aura toujours au bout du chemin un vainqueur et un perdant. Partant de cette démonstration philosophique, il est utopique de croire qu’une loi électorale peut, comme disait l’autre, contenter tout le monde et son père.
Il est encore de ces dirigeants qui, comme le coq, croient que le soleil ne se lève qu’à leur chant. Ils vivent hors de leur temps. À l’heure des réseaux sociaux, il ne suffit plus de descendre de la cuisse de Jupiter pour aspirer à la représentativité nationale.
Quoique présentement il faille l’avouer, les faits démontrent que cette théorie ne tient pas la route. C’est le quidam libanais qui prend ses désirs pour la réalité. Simplet qu’il est !... Ce n’est pas avec un écran, un clavier et un peu de jugeote que l’on bouscule les idées reçues.
D’ailleurs tout a été mis en œuvre pour tuer dans l’œuf les velléités d’émancipation du citoyen, à qui il ne reste plus que les yeux pour pleurer le souvenir de son printemps, rabaissé au niveau d’une vulgaire marchandise que soi-disant on a exportée ça et là et qui à ce jour n’a engendré que morts et désolations.
L’indépendance, la liberté et la souveraineté, ce fut le miroir aux alouettes. Des mots creux. Ils ont uniquement servi à ancrer le Libanais dans un camp contre l’autre. Sans prétendre juger de l’intention de leurs concepteurs, c’était voulu, planifié, téléguidé, écrit sur du papier à musique. Bravo l’artiste !
Quoi de plus simple que d’empêtrer les Libanais dans leurs contradictions ? Un peu de sectarisme par-ci, une dose de pauvreté par-là, un cocktail de vociférateurs en sourdine comme toile de fond ; des armes et quelques grenades jonchant le sol, des pneus qu’on allume aux carrefours ; des rapts, des enlèvements crapuleux.
Pour couronner ce tableau idyllique, des chaînes de télévision qui amplifient en toute inconscience le moindre incident, sous le regard larmoyant du ministre de la police qui, entre deux sanglots, crie à qui veut l’entendre son incapacité à faire appliquer la loi.
Il est temps de donner un bon coup de pied dans cette fourmilière. La loi électorale qui sera – croisons les doigts – promulguée, quelle que soit sa mouture, nouvelle, reprise ou modifiée, doit donner au peuple de ce pays l’occasion de s’exprimer, de sanctionner.
Même si, sans surprise aucune, elle sera créée à la mesure de ceux qui l’auront écrite.
C’est à l’électeur de faire son choix et la différence entre un pays ouvert à tous les vents, perméable à tous les courants, mou, flasque se vendant au plus offrant et une nation forte, unie, résolue à affronter les dangers. Contre ses murs viendront se fracasser les complots qu’on ne cesse de fomenter contre elle.
Envolée lyrique peut-être. C’est pourtant ainsi que je vois mon pays. Petit par sa superficie mais immense par la diversité des communautés qui le forment. Sa culture aux multiples facettes. Son ouverture sur le monde. Sa situation géographique, son histoire. Les souffrances qu’il endure et font toute sa richesse, mais aussi son malheur.
Le malheur de croire à des sornettes : la sécurité à l’amiable, la force du Liban réside dans sa faiblesse, Liban terre d’accueil des opprimés. Tant et si bien que nous avons à plus d’une reprise failli le perdre au profit de ces peuplades déracinées. Le reste étant à l’avenant. Les effets des bourgeons de haine qu’a semés à tous vents le printemps des Arabes ne sont pas encore dissipés.
Les médias évoquent le million de Syriens en refuge sur notre territoire. Déjà, vu la conjoncture, les Libanais ont grand-peine à trouver un emploi leur permettant de vivre dignement. Qu’en est-il avec ce flot de bouches supplémentaires à qui donner et le couvert et le gîte ?
Le rôle du nouveau gouvernement ne sera pas seulement de veiller à la tenue des législatives. Plus encore, sans verser dans la xénophobie, d’avoir le courage de canaliser ces hôtes, les contenir, à l’instar des pays limitrophes, afin qu’ils ne débordent pas et se prennent à rêver comme d’autres l’ont fait à nos dépens, d’une patrie de rechange.
Chat échaudé craint l’eau froide !
Georges TYAN


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